PAS
de vue scientifique, mais négligeables en pratique. La régle générale, c’est que la cellule-œuf qui est à la base de l’organisme, a une origine double, C’est une cellule qui a été fécondée, avant ou après expulsion de l’organisme maternel, une cellule avec qui s’est fondue une cellule correspondante produite par l'organisme mâle. L'œuf fécondé provient donc pour une partie de la femelle, pour l’autre du mâle ; et renferme des éléments fournis, les uns par l’œuf femelle, les autres par le spermatozoïde mâle.
Il y aurait beaucoup à dire sur le passé de la celluleœuf. Car, si jeune qu’elle soit, au moment où nous la prenons, elle a déjà un passé, plein de faits, et prèétant à de nombreuses discussions. Mais ces faits sont d’importance secondaire dans la question qui nous occupe ; aussi resteront-ils dans l’ombre, sauf quelques uns
. dont il sera parlé en passant.
Cette cellule-œuf est le point de départ de tout lorganisme, quel qu’il soit, si simple, ou si compliqué qu’il doive devenir en fin de compte : voilà qui est bien entendu.
Mais à peine assistons nous au début de la vie que déjà le fait de la mort se présente à nous.
Cette cellule, si riche virtuellement, en qui réside tant d'énergie, aux dépens et au moyen de laquelle se constitueront tant d’autres cellules, qui s’aggloméreront en systèmes, tissus et organes si divers, cette cellule, bien que semblant être de la vie condensée, a, en réalité, une trés faible vitalité. Rien n’est plus certain pour les œufs qui sont dans la règle et constituent la majorité, les œufs à qui la fécondation est nécessaire.
L’œuf mûr, non fécondé, est voué à une mort pro- Chaine. Et il est certain que des milliards d'œufs qui se produisent à chaque moment, la proportion quise développe est très inférieure à celle qui ne se développe pas. Chez les échinodermes la mort survient, d’après Jacques Loeb, en un temps qui varie de 4 à 12 heures : pour les œufs non encore mûrs, le délai est plus long, de plusieurs jours : et en ce cas la mort est due aux attaques des insatiables bactéries,
On peut dire que dans l’immense majorité des cas les éléments sexuels qui, pour former un nouvel organisme devraient se rejoindre et se fondre l’un dans l’autre périssent très vite quand la rencontre n’a pas lieu. Il y a des exceptions sans doute, du cas où les produits sexuels peuvent, grâce aux conditions qu’ils rencontrent, rester vivants des semaines et même des mois : mais le plus souvent, dans les conditions fournies par la nature, les produits sexuels isolés ne peuvent guère vivre que quelques jours. T'el est le cas, en particulier pour l’espèce humaine.
À quoi tient cette faiblesse de vitalité des produits sexuels mûrs, œuf et spermatozoïde ?
Jacques Loeb a tenté d’expliquer le fait en supposant, à bon droit semble-t-il, que l’œuf est le siège de deux sortes de processus. L’un est commun à toutes les cellules d’ailleurs, et conduit à la mort de celles-ci, consistant en la formation de substances de déchet, de toxines, qui tuent. Toute cellule est une fabrique de poisons ; nulle ne continue à vivre si les produits mortels de son activité vitale ne sont constamment éloignés. Une ville périrait sous les immondices qu’elle produit chaque jour ; une cellule de même, meurt, si ses
toxines ne sont éliminées au fur et à mesure, d’une manière ou d’une autre. L’autre processus est d’ordre Opposé : il consiste en la formation de substances qui stimulent la division cellulaire et la croissance, ou en l'apport de celles-ci par la fécondation, La situation se résoud en un sens ou dans l’autre, selon les événements, selon que les produits sexuels continuent à s’intoxiquer séparément, ou que réunis, ils se stimulent mutuellement.
Quelle que soit l'interprétation, le fait évident est que l'œuf non fécondé, et l’élément mâle aussi bien, vont droit à la mort, de par leur organisation.
Il est non moins certain qu’on peut expérimentalement retarder la maturation de l’œuf, et éloigner le trépas, pour un temps.
En soi la maturation est un processus menant à la
mort. Elle est accélérée chez les œufs des animaux
marins, par exemple, par l’action de certains éléments de eau de mer, l’oxygène entre autres.
| Dans la nature ce processus de mort est arrêté par la fécondation : mais on peut aussi par une intervenvention expérimentale retarder la maturation et la mort, ét prolonger la vie : par exemple en supprimant l’oxygène, ou bien encore en ajoutant du cyanure de po-
tassium ou un acide, La mort finit néanmoins par sur-
venir, après un certain temps : on ne fait qu’en reculer
léchéance.
D'autre part, on peut, comme il a été dit, par des excitations diverses, donner à l’œuf mûr une certaine impulsion, mais jusqu'ici cétte impulsion ne peut le mener bien loin. Le plus souvent l'œuf mûr stimulé
physiquement ou chimiquement, n’a guère donné que des ébauches, des larves. Peut être va-t-il plus loin chez les échinodermes : il ne va même pas jusque là chez les vertébrés.
Donc l’œuf, provision de vie, abandonné à lui-même, ne demande qu’à mourir. Sa vitalité est très limitée. Celle de l’élément mâle l’est tout autant, et s’il se perd des myriades d'œufs, il se perd encore plus de myriades de spermatozoïdes. |
Mais revenons à l’œuf, sans toutefois quitter la ques-
tion de la limitation de vitalité.
On sait par de nombreuses expériences que cet élé-
ment dont la vitalité restreinte vient d’être mise en évidence est en réalité plus riche qu’il n’est nécessaire.
Un œuf est, le plus souvent, plus gros qu'il n’est.
besoin pour donner l’organisme correspondant normal. Il renferme un excès de matière ; il a été établi avec une certaine prodigalité, trait fréquent dans la nature. Depuis longtemps Nussbaum a fait voir que si on coupe en plusieurs fragments un protozoaire ou un infusoire, chaque fragment est capable de survivre et de se compléter, par régénération, pourvu qu'il renferme, avec le cytoplasme, un peu du’noyau. Seuls les fragments nuclées peuvent se régénérer ; les autres, dépourvus de substance nucléaire, dépérissent et se désagrégent. La
cellule est donc en réalité, non pas une unité élémen-!
taire homogène, mais un complexe hétérogène formé de deux éléments au moins, indispensables l’un à l’autre. Car le noyau ne peut vivre sans cytoplasma, ni le cyto-
plasma sans noyau, pas plus que l’œuf sans spermato-.
zoïde, ou le spermatozoïde sans œuf, Le noyau et le cyto-
plasme ne peuvent vivre qu’associés. Le noyau semble, dit Jacques Loeb, être l’organe d’oxydation de la cellule, sans lequel celle-ci meurt d’asphyxie. En passant notez que ce rôlé du noyau est une condition qui limite les dimensions de la cellule, Supposons que le hasard fit se produire des cellules où le cytoplasme aurait,
par rapport au noyau, des dimensions plus considé-
rables : elles périraient, l’action du noyau ne pouvant s'étendre au-delà d’une certaine distance. Aussi n’y at-il pas entre les dimensions des cellules nerveuses, par exemple, de l'éléphant et celles de la souris, la différence qu'il y a entre les dimensions du corps de ces deux animaux. Et dans la même espèce, l'individu volumineux diffère du plus petit par le nombre des cellules, non par les dimensions de celles-ci.
Ce qui est vrai de la cellule unique formant tout le corps de tant d'organismes simples, cellule qui est à là fois le corps, et l'œuf, l’est aussi de Ia celluleœuf.
Il y a dans chaque œuf de quoi produire plus d’un
individu.
Combien au juste ? On ne peut le dire exactement. Cela doit du reste dépendre de l’espèce. En certains cas
lœuf peut très bien donner deux ou trois embryons,
peut être même jusqu’à huit (1). Mais il n’est pas certain que les huit embryons soient tous capables de devenir des adultes, ni que les adultes issus d’une fraction d’œuf auront toute la vitalité d’un adulte constitué aux dépens de la totalité de celui-ci. Ils sont plus petits,
. sensiblement ;: et même proportionnellement, ayant la
(4) Chez le tatou plus encore, 10 et 12.
1/2, le 1/3 ou le 1/8 des dimensions normales, au moins à l’état larvaire.
L’œuf contient donc plus qu’il ne faut pour le développement de l’organisme, mais peut-être, pas beaucoup plus qu’il ne faut pour le développement d’un organisme ayant la résistance requise pour faire face aux éventualités de l’existence.
Un fait d’un tout autre ordre semble bien indiquer, lui aussi, qu’il n’y a dans un organisme qu’une provision limitée de vitalité : c’est que, par exemple, un fragment d’une petite éponge a plus de vitalité et d’aptitude à la régénération qu’une fragment pris à une éponge de même espèce, plus volumineuse. Les choses se passent comme si deux éponges de même espèce mais dedimensions différentes (peut-être d’âge différent, mais pas forcément) contenaient la même « somme de vie ». De deux fragments égaux des deux, celui qui a été pris à la plus petite doit contenir une proportion de vie plus grande naturellement. À propos de la régénération, qui est, en une certaine mesure, un indice de vitalité, on notera que ce phénomène est plus fréquent chez les organismes de dimensions moindres, et aussi moins différenciés, et plus élémentaires.
Ce qui est vrai de l’œuf semble donc l'être aussi de Porganisme développé.
Ce dernier, chacun le sait, vient tout entier de l’œuf, par des divisions et subdivisions répétées, suivies de la a croissance, par nutrition, et de la différenciation des cellules successivement produites.
Il est donc constitué par un agrégat de cellules, ou d’unités élémentaires, qui sont elles-mêmes des complexes hétérogènes.
Le nombre varie selon l'espèce. Pour l’homme, d’après les évaluations de C. Francke, le total serait d’environ 4.000.000.000.000, en ce qui concerne les cellules fixes : mais il faut tenir compte aussi des cellules errantes, du sang et de la lymphe, qui sont au nombre de 22,.500.000.000.000, en tout par conséquent, 26.500. milliards (1).
L'établissement de cette multitude de cellules, de toutes les cellules fixes en tout cas, et d’une partie des cellules vagabondes, se fait en un temps très rapide, par Le processus bien connu de la division, par le fractionnement de la cellule-œuf en deux cellules filles qui se fractionnent à leur tour, et ainsi de suite selon les modalités qu’on trouvera exposées dans les traités d’embryologie et dont il n’y a pas lieu de s'occuper ici.
C’est une idée assez généralement répandue, prove-
Ljant de travaux de Moleschott, ou de Buchner sauf
erreur, qu’en un laps de sept ans notre corps se renouvelle intégralement. Cette proposition peut s’entendre de deux manières. Elle peut être comprise comme sionifiant qu’étant donné le bilan des entrées et des sorties quotidiennes d'éléments chimiques, nous avons, en sept ans excrété au moins autant d’azote, de carbone, de soufre, de fer, de phosphore, de sel marin, etc. qu’en pouvait contenir le corps. On peut très bien se rallier à l'opinion émise, en faisant toutefois une réserve :
| c'est que la mutation doit être beaucoup plus rapide
pour certains éléments chimiques que pour d’autres, semblant devoir se faire pour certains en quelques se-
(1) Hennecuy, dans La vie cellulaire admet 100 quatrillions,
maines, et en quelques mois ou années peut-être pour d’autres. Comme la mutation est infiniment vraisemblable, comme chaque jour nous excrétons beaucoup d'éléments chimiques, et comme, pour rester en bonne santé, nous devons en absorber autant que nous en excrétons, il y a tout lieu de penser que ce qui sort provient de l’usure des tissus, et que ce qui entre va corriger les ‘pertes dues à cette usure. Cette rénovation chimique doit exister et existe. |
Mais on peut comprendre autrement le renouvellement du corps. On peut entendre qu’il porte non pas seulement sur les éléments chimiques des tissus, mais sur les tissus eux-mêmes ; qu'il y a une destruction progressive, constante, des cellules musculaires, nerveuses, osseuses, et alors les éléments chimiques sortants proviendraient de cette destruction de cellules, les entrants servant à faire des cellules qui remplaceraient les défuntes. Ainsi comprise, la rénovation du corps est plus que douteuse ; et cette conclusion, imposée par différents travaux récents, mérite d’être mise en lumière.
Nous l'avons dit, tout organisme commence par ne consister qu’en une unique et généralement fort petite cellule qui, après la fécondation — parfois sans son concours — se divise en deux autres, ayant d’ordinaire chacune le pouvoir, appartenant à la celluleœuf, de donner, par multiplication, un organisme compplet et normal, mais plus petit. Ces deux cellules se divisent à leur tour, et ainsi de suite, mais les cellules résultantes n’ont plus le même pouvoir : elles se spécialisent et ne sont plus propres qu’à donner des tissus
distincts. L'œuvre se poursuit, les cellules devenant de plus en plus nombreuses, spécialisées aussi, comme le fait voir la suite de leur histoire ; de la sorte'finissen par se constituer les tissus et les organes d’un être complet. Partis d’une cellule nous arrivons en un temps très court à un organisme composé de plusieurs millions et milliards de cellules qui se sont progressivement différenciées et spécialisées.
L'organisme. pour passer d’une cellule unique à ces milliards de cellules, fixes ou mobiles, n’a pu procéder que par multiplication de celles-ci, par la subdivision qui a présidé à la première transformation de l’œuf, cellule unique, en deux cellules. Et la multiplication de celles-ci a, chez l’homme, duré pendant toute la vie embryonnaire. Il s’agit de savoir maintenant si elle dure au delà de ce terme, et c’est ici qu’intervient l’histologie pour trancher la question du renouvellement des tissus,
Son enseignement est fort intéressant ; c'est qu’après la naissance, de façon générale, et chez le sujet à évolution normale, les cellules fixes ne se renouvellent pas, Il y a bien une rénovation des cellules mobiles du sang ; elle se fait même assez vite, en un temps qui varie de quinze à vingt et un jours, Un globule rouge vit 2 ou 3 semaines au plus, (x) après quoi il meurt. Mais d’autres, formés par les organes régénérateurs du sang — la moelle des o$, la rate, etc. — le remplacent aussitôt, pour mourir, EUX aussi, quand leur heure est venue,
(1) D’après les recherches récentes (1924) du japonais Ona il meurt chaque jour chez l’homme 500 milliards de globules rouges, ce qu’en contiennent 100 centimètres cubes de sang, Et il s’en reconstitue tout autant.
Très utiles, ces petites amies sont très éphémères aussi. Les globules blancs, les leucocytes et les phagocytes, ont une durée de vie plus courte encore, selon toute vraisemblance, et dans les glandes c’est par heures seulement qu'il faut compter leur durée de vie. Il y a donc des cellules du corps qui périssent et qui sont remplacées par d’autres ; il y a donc formation de nouvelles cellules, durant toute l’existence, dans certains tissus au moins. Sans doute. Mais les globules du sang constituent un cas exceptionnel et extrême. La rénovation n’est pas accordée au même degré, aux autres catégories de cellules.
Les éléments du corps peuvent donc être divisés en deux groupes principaux. [l y a un groupe de tissus à éléments labiles, c’est-à-dire éphémères, d’existence courte : ceux dont les éléments continuent à se multiplier pendant toute la vie de l'individu, chez quiily a rénovation du premier jour jusqu’au dernier ; le sang est un de ces tissus. Dans la plupart des glandes encore, il y a une rénovation incessante ; il Y en a une aux muqueuses, dont les couches superficielles se détachent sans trève et sont produites à nouveau par la couche profonde. Il y a aussi une rénovation constante de Ia peau ; le travail de destruction de l’épiderme qui tombe, remplacé par un nouvel épiderme fabriqué par la peau ; ce travail qui nous frappe par son intensité et son étendue dans différentes maladies éruptives, existe à l’état normal chez chacun de nous : sans cesse nous faisons peau neuve.
Un second groupe renferme les tissus à éléments stables. Ce sont ceux dont les éléments vont se mul-
DR CE" On ps
tipliant jusqu’à la naissance et même un peu de temps après, mais qui ensuite cessent de se faire. Parmi ces éléments, certains méritent le nom de perpétuels : ce sont la cellule nerveuse et la fibre musculaire striée. La multiplication de ces deux éléments cesse bien avant la naissance : nous naissons avec tout ce que nous pour rons jamais posséder de cellules nerveuses et musculaires, et de façon générale nous ne pourrons reconquérir ce que nous perdrons de ce côté. Les cellules cérébrales de l'adulte sont les cellules mêmes de l’embryon : il ne s'en forme pas chez le premier, en sus de celles qu’apporte le dernier.
Mais, demandera-t-on, comment se fait-il que le cerveau adulte soit plus volumineux que le fætal, que le muscle adulte et exercé soit plus plein que l’embryonnaire ou l'inactif ? La raison est bien simple : c’est que dans la croissance de ces deux tissus, dans l’augmentation de volume qu’ils présentent, l’hypertrophie seule joue un rôle. Les éléments sont petits chez le jeune ; ils grossissent, ils s’hypertrophient avec l’âge et l’exercice, mais ils ne deviennent pas plus nombreux. Chaque cellule prend des dimensions plus considérables, maïs aucune ne se dédouble. La croissance de ces tissus se fait par hypertrophie seulement et non par hyperplasie ou multiplication cellulaire. Dans le groupe des tissus » éléments labiles, au contraire, l’hypertrophie joue un rôle peu important, et l’hyperplasie domine. Le tissu musculaire, à lui seul, qui comprend des éléments très
… différents, nous offre un bon exemple des deux modes
de croissance. La fibre lisse, plus rudimentaire, est apte
à l'hyperplasie, et c'est par celle-ci que s’explique Île
renforcement des parois musculaires de 1a matrice du- rant la gestation. Les fibres lisses existantes se multiplient, et le nombre en est accru en même temps que Île volume. Mais la fibre striée n’est point apte à se multiplier de la sorte. Sur un chien, dont il compta les fibres musculaires (fibres du couturier), d’abord après un repos de 30 jours, puis après une course de 3.218 kilomètres en 80 jours, un physiologiste italien, Morpurgo, a constaté que par l'exercice les faisceaux musculaires étaient devenus huit fois plus volumineux ; mais le nombre des fibres était resté invariable. Il n’y avait eu qu’hypertrophie, sans la moindre hyperplasie.
Pourtant chez les animaux, nombre d’observateurs ont signalé des faits d’hyperplasie des cellules nerveuses ou musculaires striées. Plusieurs cas de ce genre sont relevés, en particulier, par L.-F. Henneguy.
On voit, par exemple, chez les hyménoptères, se produire une augmentation numérique des cellules du cerveau. Mais ces cellules dérivent de neuroblastes préexistants. Chez les fourmis, on voit s’accroître aussi les cellules des ganglions ; mais c’est par développement de cellules préexistantes qui étaient restées toutes petites. Il en va de même chez le ver blanc. De sorte qu’il faut, avec Henneguy, « admettre que certaines cellules des centres nerveux peuvent encore se diviser pendant les premiers stades de la nymphose ». Mais on observera que ces faits, qui se rapportent à des formes larvaires, ne sont nullement en contradiction avec ceux qui concernent l’homme. La production de certaines cellules cesse chez l’homme à l’époque de la naissance ; nous n'avons pas à être surpris que chez les insectes elle se poursuive pendant la vie larvaire qui est en réalité un
en >
LA PRISE DE VIE Lt,
prolongement de la vie embryonnaire. I1 n’y a point opposition entre les phénomènes observés chez l’homme et chez l’insecte larvaire ; au contraire, l'harmonie est parfaite.
Il y a donc des cellules, qui, comme les cellules musculaires striées, ne prennent pas immédiatement leur développement, et. restent petites, latentes, capables néanmoins de prendre plus tard leur essor qui se trouve ajourné. Mais il ne s’en fera plus de nouvelles. C’est fini. Dans le système nerveux central primitif on trouve deux sortes de cellules ; mais une fois qu’une cellule quelconque s’est spécialisée ou bien en élément nerveux, ou bien en nevroglie ou cellule de support, le sort en est jeté. Jamais une cellule nerveuse ne deviendra une cellule de support, ni une cellule de support une cellule nerveuse. Et tandis que cette dernière, une fois fixée reste telle jusqu’à la mort, sans pouvoir se reproduire, la première, fixée aussi en ce sens qu’elle ne peut devenir cellule nerveuse garde son pouvoir de multiplication de cellule à peine différenciée, au plus grand
» dommage des éléments nerveux d’ailleurs qu’elle finit E q
par étouffer.
Cette question des cellules latentes est intéressante ; quelques détails complémentaires ne seront pas inutiles.
Nous l’avons dit : dans les centres nerveux, la fabrication des cellules nerveuses est achevée lors de la naissance, Pourtant, en certains points des cellules apparai-
: tront qui ne sont pas encore là. S’en produira-t-il
donc ? Nullement. Elles existent déjà, rudimentaires, non encore arrivées à leur plein développement ; au
Varigny. L.
bord du cervelet. On les voit se déplacer et se disperser à la surface de l’organe, formant une couche spéciale.
Après la naissance elles se remettent en marche, mais cette fois en s’enfonçant à l’intérieur du cervelet, et c’est là, dans la profondeur, qu’elles deviendront des cellules nerveuses, celles qui présideront à la coordination des mouvements, laquelle s’acquiert progressivement après la naissance, comme le font voir les gestes du nouveau-né, d’abord vagues, indéterminés, et prenant avec le temps un caractère plus précis et plus défini.
Le cervelet naît incomplet, mais les éléments destinés à le compléter ont été produits en même temps que lui, et iront en temps voulu, prendre leur place, puis leur déveléppement final, et jouer leur rôle. Leur période de latence a été courte.
En d’autres cas, la nature procède autrement. Ainsi, sans cesse chez nous, il se fait des globules sanguins pour remplacer ceux qui ont péri, usés, hors d'état.
Ils ne proviennent pas de cellules mises de côté, en.
réserve, en quelque sorte, mais, en partie de la multi plication des globules existants, en partie de la multiplication de cellules spéciales accumulées dans la moëlle
des os, et ailleurs, dès la période embryonnaire, et
qui ont la faculté de produire de ces globules.
Des cellules ayant conservé la faculté de produire des éléments d’un ordre donné se trouvent ailleurs aussi : c’est ainsi que se renouvellent sans cesse les épitheliums et les cellules secrétoires qui, pour une par-
tie au moins, en ce qui concerne ces dernières, sont. sans cesse frappées de mort, beaucoup ne vivant, en.
réalité, que quelques heures,
À côté des cellules très différenciées, comme les nerveuses qui sont toutes fabriquées, ou préparées avant là naïssance et devront sufüre à l'organisme tout la vie durant, et n’ont pour ainsi dire pas encore commencé 4 vivre, il y en a donc qui, à peine nées, doivent périr. Ce sont des cellules peu différenciées dont la production se poursuit durant toute la vie.
Les globules blancs donc il vient d’être parlé en sont un exemple. Leur vie est très courte, On sait leur grand nombre dans les vaisseaux sanguins et les lymphatiques, et leur affinité avec le tissu conjonctif, qui est telle qu’on peut les considérer comme des cellules conjonctives libres et errantes, ou regarder le tissu conjonctif Comme formé de leucocytes assagis, devenus sédentaires ; on sait leur activité dans l'organisme où ils passent leur temps à se jeter sur les substances de déchet et de destruction pour en faciliter l’excrétion, et aussi sur les éléments usés et vieillis de l'organisme, s’emparant de tout ce qui n’est point dans la règle, pour le dévoter, et pour aller ensuite se jeter dans l'intestin, et dispatraître. La carrière de ces globules blancs, leucocytes et phagocytes, est très brève : de quelques jours, quelques Semaines au plus. Ces cellules vagabondes sont d’ailleurs sans cesse remplacées.
Avant même que l’embryon soit né, il a donc déjà vu mourir et remplacer beaucoup de ses phagocytes.
Mais les globules blancs ne constituent pas les seuls éléments à évolution rapide et à vie courte qui sont sans cesse remplacés. I1 ÿ à les globules rouges aussi, qui périssent en abondance, Comme les blancs ils ont la propriété de se diviser, et il y a des organes spéciaux qui en fabriquent, des organes globuligènes, formés de cel
lules qui se divisent et se détachent: le foie, la rate, la moelle des os. Et quand ils sont usés, les phagocytes s’en emparent et les expulsent. La population des cellules errantes de l'organisme est une population purement flottante, qui meurt vite, et où les vides sont incessamment remplis par une production continue d'éléments nouveaux.
Encore leur vie, qui est aussi de quelques semaines au plus, est-elle relativement longue, comparée à celle d’autres éléments : des cellules glandulaires par exemple. Le lait est composé de cellules détachées et désagrégées qui ont vécu quelques heures seulement : il y a donc dans la glande mammaire une incessante pro: duction de cellules nouvelles, et une incessante mort aussi.
C’est encore la mort de façon continue que nous rencontrons dans l’épiderme, fait de cellules profondes transformées, mortes, sans cesse détachées, et sans cesse remplacées. Même phénomène dans les muqueuses dont le revêtement épithélial, lui aussi, se renouvelle constamment.
Le même phénomène se présente de façon frappante quand on considère les faits de l’embryogénie. Car révolution de l'embryon et du jeune — et cela dans la totalité du règne animal — a pour condition la mort non seulement de cellules isolées du genre de celles du sang, mais d'organes entiers. La colonne vertébrale des vertébrés commence par un organe spécial, la notocorde, qui permet à la colonne de se constituer, mais disparaît en totalité par la suite, commençant déjà à retrograder durant la vie embryonnaire.
= en foie NES cles
Chez les batraciens il existe un rein primitif qui ne dure que ce que dure la phase têtard et disparaît ensuite pour faire place au rein véritable. Les mammifères présentent aussi dans les premiers temps de la vie fœtale un rein correspondant au rein médian, définitif de la grenouille, mais cet organe se réduit presqu’à rien avant la fin de la vie embryonnaire.
Disparaissent aussi, à la naissance, chez les mammiféres, certains vaisseaux, qui existaient et étaient nécessaires chez l'embryon : et on sait que le thymus, qui se trouve à [a base du cou chez le nouveau né, est une glande qui s’atrophie par la suite, représentée seujement par des vestiges chez l’adulte.
Au reste comme l’a fort bien observé Keith (Evolutionary Wounds, Brit. med. Jour. 30 Jit. 1921) le nouveauné humain est riche en cicatrices de plaies, en corrections anatomiques indispensables.
Et beaucoup d’exemples similaires pourraient être cités.
Ainsi chez le vivant, à tout âge, même dès la jeunesse, dès la première enfance, il y a une incessante mort de certains éléments, accompagnée d’une production de novo sensiblement proportionnelle de ceux-ci, aux dépens d'organes dont c’est la fonction : c’est le phénomène de la nécrobiose.
Ainsi avant même que la naissance ait eu lieu, beaucoup d'éléments ont déjà achevé leur carrière et péri : des organes, même, qui furent importants, ont disparu. Et enfin, à la base même de la vie, que trouvons nous ? Deux éléments, l’un et l’autre débiles, chétifs, voués à une mort rapide, s’ils ne parviennent à se rejoindre et à mettre en commun leurs ressources,
Dès le début de la vie, par conséquent, le fait de la mort se présente à nous. Dès le début, avant même que soit constitué l’organisme, alors que de celui-ci, tout est à faire, la mort nous apparaît, indissolublement liée
à la vie.
Ce qui résulte des recherches les plus récentes, c’est donc, en somme, que chez l’homme, dans les conditions normales — je laisse de côté les tumeurs, l’inflammation, les accidents suivis de régénération, etc. — une partie de ses tissus, les plus élémentaires d’ailleurs, subit une perpétuelle rénovation, en ce sens que des cellules bien caractérisées se détruisent sans cesse et sont remplacées par d’autres similaires. Mais d’autres tissus ne présentent aucune rénovation : la cellule musculaire striée et la cellule nerveuse en particulier. Nous pensons à soixante ans avec les mêmes cellules qu’à six
Mois ; nous faisons travailler les mêmes fibres muscu-
laires : ces dernières peuvent toutefois se régénérer en cas de lésion, mais seulement (HENNEGUY : La Vie cellulaire) après régression à l’état de cellules embryonnaires, Les cellules les plus spécialisées, les plus hautes fonictionnellement sont donc celles qui ont le plus de
stabilité, et c’est [à ce qui rend plus vulnérables les or-
ganes qu'elles constituent.
Cette spécialisation se fait très vite ; en même temps que se fait la multiplication. Les deux premières cellules ont la même virtualité que la cellule unique qu’elles remplacent : peut-être en est-il de même des quatre cellules résultant des deux antécédentes : mais très vite la spécialisation se produit en certains points. Très vite les descendantes de cellules à physiologie générale et élémen-
LA PRISE DE VIE Eh
taire, identique ou similaire à celle de la cellule-œuf, se spécialisent et différencient en des cellules à phy-
» siologie plus précise, plus limitée, qui ne font plus qu’une partie de tout ce qui pouvaient faire leurs devancières,
mais le font beaucoup mieux, gagnant en aptitude spéciale ce qu’elles perdent en aptitude générale.
Au deuxième jour de l’incubation, déjà, il y a des fibres musculaires chez le poulet, formant un rudiment de cœur qui bat.
En un temps très court, quelques jours seulement, ou voit les descendants de la cellule-œuf, à physiologie générale imprécise, bonne à tout faire, devenir des éléments très différents, à fonction très spécialisée, qui, à la place des nombreuses fonctions possédées par leur devancière n’en possèdent plus qu’une partie, mais s’en acquittent de façon infiniment plus effective.
C'est cette spécialisation qui fait la perfection de
l'organisme,
Mais en se spécialisant les cellules font un sacrifice
| considérable, Eiles perdent la faculté de produire leur
Semblable. Et plus la spécialisation est profonde, plus est complète la perte de cette faculté.
Elle est nulle chez le tissu conjonctif, le moins spé- Cialisé des tissus du corps ; aussi celui-ci — qu'il soit fixe, ou bien consiste en cellules errantes — conserve-t-1l un haut degré l’hyperplasie, la faculté de former des cellules nouvelles.
Celle-ci est déjà moindre chez les fibres musculaires
lisses, mais elle existe encore.
Les cellules hépatiques sont relativement peu spécialisées, aussi en cas de lésion ou de maladie peut-il
s'en produire de nouvelles : faculté qui manque aux cellules musculaires striées plus spécialisées. Le gros- Sissement des muscles par l'exercice est dû non à la production de fibres nouvelles, mais à l’augmentation de volume des fibres existantes, et aussi au développement de fibres jusque là restées rudimentaires. I reste, accolé aux fibres, du protoplasma non différencié qui a conservé la faculté de devenir de la fibre musculaire et de remplacer une fibre détruite, ou de se développer par suite de l’excitation que produit l'exercice.
La faculté des fibres différenciées, de se reproduire, là même où elle se présente le plus longtemps, présente un déclin rapide.
Si l’on étudie l’« indice mitotique » comme l’appelle S. Minot, c’est-à-dire la proportion de cellules qui, dans les différents tissus, se multiplient, par mille cellules par exemple, chez l'embryon, à des époques successives, on constate un abaissement progressif, à quelques Jours seulement d’intervalle.
Pour les cellules nerveuses il tombe à zéro avant la naissance. À la naissance toutes les cellules nerveuses qui existeront jamais existent déjà en fait, ou en puissance, réellement, ou sous forme de germes spéciaux capables de se développer plus tard.
Nos cellules les plus importantes ne connaissent point la rénovation ; celle-ci leur est interdite, Autrement dit, la plus grande partie de notre corps est chose très éphémère ; non seulement les éléments chimiques de nos cellules ne font que passer, mais nos cellules, en majorité, sont transitoires et de vie courte.
Il ÿ a pourtant des parties de nous-mêmes dont nous
pouvons aisément mesurer la longévité. Je veux parler des poils et cheveux. Pendant de longues années, nous conservons la tête garnie de cheveux ; mais il ne faut pas croire que nous portons toujours les mêmes, raccourcis par un bout, et allongés par l’autre.
La vie d’un cheveu est assez courte, s’il est permis de parler de la vie d’une chose morte. Un cheveu, chez l’adulte, dure de deux à six ans.
Dans sa jeunesse, il pousse très vite, relativement, de 2 à 5 millimètres en dix jours. Mais dès qu’il a atteint l’âge adulte, dès qu’il a deux ans, sa croissance se ralentit beaucoup. Et il meurt, c’est-à-dire qu’il se détache et tombe. D’autres, il est vrai, peuvent en prendre la place. Si le follicule pileux que le poil vient de quitter ne se met pas à fabriquer un autre poil, toutefois produit-1l par bourgeonnement un autre follicule pareil qui, lui, produit, un poil nouveau. Du moins, c’est ce qui a lieu « tant que le sujet est en bonnes conditions physiologiques », dit M. L. Jacquet, le distingué dermatologiste. Autrement, le follicule pileux ne produit ni poil nouveau, ni nouveau follicule, et voilà comment on devient chauve. En somme, les cheveux ont une durée individuelle courte, et si la chevelure dure, c’est, simplement que les follicules ont le pouvoir de se reproduire en quelque sorte. I] semblerait, parfois, qu’ils eussent le don de la génération spontanée. Les circonstances propres à le faire croire sont diverses. Il y a d’abord ce fait universel de l’apparition du poil sur le visage masculin, à l’époque de la puberté. Il y a cet autre fait, moins universel heureusement, de Papparition du poil sur le visage féminin, vers la période critique. Et il y a des exemples de femmes prenant de la
barbe à la grossesse ou dans certaines maladies : voir le cas relaté par Bricheteau d’une jeune femme qui, à la suite d’une gastro-entérite, vit son corps se couvrir. tout entier — mains et visage exceptés — d’une toison de poils noirs de 2 ou 3 centimètres de longueur qui, d’ailleurs, ne vécurent que quelques mois, tombèrent, ne furent point pleurés, et ne revinrent pas.
Il n’y a pas pour cela lieu de croire à la possibilité de la formation de novo, chez l’adulte, de follicules. Ce qu'il y a, c’est que beaucoup de follicules existent dans la peau, datant de la période embryonnaire, qui n’entreront en activité que plus tard : à la puberté (affaire de sécrétions internes évidemment) à la ménopause (même observation) ou sous l'influence d’un état pathologique, avec l’âge aussi comme ceux qui donnent les poils des narines et des oreilles chez le vieillard. Sans doute, beaucoup mourront sans avoir vécu, sans avoir fonctionné.
De formations de novo il ne saurait être question dans le corps : tout ce qui peut s’y développer dérive ou bien d’un germe préexistant, ou bien d’un germe venu du dehors. Et manifestement, au cours de notre vie, nous usons de nombreuses générations de cellules, de certaines cellules du moins, car des plus perfectionnées, des plus élevées, nous ne recevons, en naïssant, qu’un nombre limité qui ne peut s’accroître, et c’est sur cette provision qu’il nous faut vivre. Ce qui explique ‘que la vie devienne difficile et enfin impossible,
Très âgées ou bien très jeunes, nées il y a 50 ou 60 ans, ou bien la semaine dernière seulement, toutes ces cellules, d’un pas inégal, mais également sür, vont à la mort, Encombrées de produits étrangers, encrassées
\ pour ainsi dire, elles perdent de leur vitalité. Sans doute aussi du fait de la vie, le rapport nucléoplasmatique va "til diminuant chez elles ; elles s’appauvrissent en » acide nucléinique, l'élément essentiel du noyau, lui-même clément essentiel de la cellule (travaux G. Schaeffer- E. Le Breton) ; leur puissance chimique diminue.
Mais assurément cette diminution est plus ou moins
L rapide. T'elles sont mieux établies que d’autres. Il y “a même des cellules pour ainsi dire immortelles, et il “en sera parlé plus loin ; il y a des infusoires paraissant
ne pas mourir, ou du moins ne mourant que de façon relative — et vivant aussi de la même façon, d’ailleurs ; il y a des cellules somatiques ayant la même immortalité que ces infusoires : celles de l’hydre, les cellules
“cambiales des plantes ; les parenchymes des feuilles de “saule, de bégonia, les cellules de la pomme de terre
“aussi. Mais ce sont là des exceptions qui n’intéressent pas la biologie des êtres supérieurs, et il s’agit là d’une “immortalité acquise par la perte totale de l’individualité :
. le cas est tout autre.
Ce qu'il faut retenir principalement ici, c’est que la
“mort sévit avant même la formation de l’œuf, pendant
le développement de celui-ci en embryon, et avant la
. naissance. Et si l’on interroge l’activité des tissus par la
méthode chimique (Shearer, 1924) on voit que l'embryon
de poulet de 4 jours a plus d’activité que celui de ro
jours. La vie va diminuant, même avant la naissance.