Mort subite sur la voie publique. Pneumonie suppurée
— Homme relevé sur la voie publique pour être transporté à l’hôpital; il est mort pendant le trajet, le 2 février 1878. Les détails font complètement défaut sur les antécédents.
L’autopsie est faite à la Morgue le 11 février 1878.
L’habitus extérieur du corps présente peu de particularités à noter, sauf l’état d’émaciation très prononcé et une rétraction considérable de l’abdomen qui pourraient faire penser immédiatement à l’inanition comme cause de la mort subite; l’àge doit être de 40 à 45 ans.
Du côté des téguments de la tête, nous ne trouvons qu’une large cicatrice qui occupe la moitié gauche du front, descend sur la joue en avant de l’oreille et atteint presque la mâchoire inférieure. Celte cicatrice est froncée, rétractée, marquée pas des lignes blanches qui tranchent nettement sur la coloration de la peau à côté; elle n’offre pas d’adhérences profondes; cette cicatrice n’est probablement pas de nature très ancienne, car ou trouve en haut un point non encore cicatrisé, à moins que ce nesoit une ulcération récente greffée sur l’ancienne cicatrice.
Les cornées sont complètement dépolies, les iris rétractés, • cachés.
Les membres présentent une flaccidité complète.
L’ouverture de la cavité crânienne n’offre aucune part'.cularilé ► les os du crâne sont épais, les corpuscules de Pacchioni nombreux; les méninges n’offrent ni fausses membranes ni injection; la décortication est facile ; les coupes en divers sens dans la substance cérébrale, le bulbe et le cervelet ne décèlent aucune lésion.
La bouche, le pharynx et la langue ne présentent rien, d’anormal.
Les plèvres offrent des adhérences formées par des fausses membranes anciennes sans épanchement ; ces fausses membranes se montrent à droite eu avant, sur le côté et en arrière; à gauche en arrière seulement.
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Le poumon gauche, composé anormalement de trois lobes, présente une hépatisation grise très nette dans son lobe inférieur, une hépatisation un peu moins avancée dans le lobe moyen ; un fragment de ce tissu tombe immédiatement au fond de l'eau, etc. A droite, hypostase seulement à la partie inférieure, pas de tubercules.
Le cœur a un aspect normal extérieurement : pas de lésions valvulaires, mais caillots cruoriques remplissant le ventricule droit et même le ventricule gauche.
Pas de liquide dans le péritoine; mais on y trouve deux petits corps étrangers, de consistance fibro-cartilagineuse, de coloration blanchâtre, rappelant assez bien les arlhrophytes des articulations; de petits noyaux absolument semblables mais encore adhérents au grand épiploon, démontrent suffisamment que nous avons affaire à une production épiploïque, dont la nature probablement fibro-cartilagineuse s’explique du reste fort bien par l’existence des cellules de cartilage que M. Ranvier a signalées dans cette membrane.
L’estomac, l’intestin, les reins, la rate, les testicules n’offrent rien à considérer; notons cependant la vacuité complète de l’estomac.
Le foie est fortement congestionné, mais ne présente ni dégénérescence graisseuse, ni trace de cirrhose.
En somme, nous sommes en face d’une mort subite dans le cours d’une pneumonie chez un adulte : fait d’autant plus remarquable, que suivant toutes les probabilités, cet individu continuait de marcher malgré sa pneumonie, puisqu’il a été ramassé sur. la voie publique. Rien dans l’état des organes qui permette d’affirmer l'alcoolisme comme ayant pu contribuer au dénouement de celte pneumonie. Tout au plus pourrait-on invoquer Létal d’émaciation si prononcée, la vacuité de l’estomac, etc., pour expliquer celte marche anormale de la maladie. Mais, d’un autre côté, cet individu ne devait pas être si affaibli, puisqu’il avait encore pu se lever et marcher.
148. Mort subite. Pneumonie (48 mai 4S87). — Autopsie faite à la Morgue, d’un inconnu , n° 210, trouvé mort le 9 avril 1878 au matin sur la voie publique à Thiais (Seine). Commissariat de Choisy-Ie-Roi.
Le corps paraît être celui d'un homme de 55 à 60 ans : les cheveux et la barbe sont blancs, mais les poils du pubis sont châtains.
l’as de gonflement des membres inférieurs.
Sur le ventre, traces d’une douzaine de ventouses scarifiées.
Le ventre est rétracté.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
Le testicule droit est atrophié.
Pas de traces de violence.
Thorax , quelques adhérences des plèvres ix droite.
Le cœur est un peu déplacé, plus transversal qu’à l’ordinaire ; il est gros, contient des caillots assez volumineux.
L'artère pulmonaire contient un caillot agonique volumineux mais qui se termine en pointe bifurquée : ce n’est pas un caillot d’embolie. — L'aorte contient un caillot fibrineux également assez long. Pas d’insuffisance des valvules aortiques : un peu d’albérome de la crosse de l’aorte. — Valvule mitrale normale.
Poumon droit va au fond de l’eau. Pneumonie du sommet. Ce poumon avait déjà des adhérences anciennes. La pneumonie s’étend presque à tout le poumon.
Rien dans la trachée.
Ganglions énormes, avec anthracosis.
Abdomen. — Estomac très petit et absolument vide, rétracté.
Vessie, vide.
Foie, sain, un peu granuleux. Pas de calculs dans la vésicule.
Reins, sains, facilement décorliquables. La substance graisseuse est peut-être un peu considérable.
Pâte, nombreuses adhérences avec les parties voisines.
Crâne, pas de fractures.
Cerveau, normal.
La mort est due à la pneumonie.
149. Mort subite. Pneumonie. Présence d’un tampon dans la bouche. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Thibierge, substitut, en vertu d’une ordonnance, en date du 20 avril 1887, etc.
Le cadavre est celui d’une femme petite et maigre, paraissant âgée de 65 ans environ. La putréfaction n’est pas commencée et la rigidité cadavérique n’a pas encore complètement disparu. On ne constate aucune trace de violence sur les différentes parties du corps.
La voûte palatine, de forme ogivale, est en partie détruite. Cette destruction qui commence à 3 centimètres en avant des dents, affecte la forme d’un triangle isocèle, dont le sommet dirigé en avant se trouverait un peu à gauche de la ligne médiane, et dont la base siégerait sur le voile du palais. Ce triangle mesure 4 centimètres de hauteur et la base est de 3 centimètres ; les bords sont formés par les os palatins qui sont assez régulièrement détruits. Par celte ouverture on aperçoit les cornets et la paroi supérieure du pharynx qui est couverte de mucosités et de granulations. La paroi postérieure du voile du palais est un peu abaissée,
EMPHYSÈME TULMONAIRE, H1TISIE, PNEUMONIE, ETC. 379
mais elle existe très nettement avec la luette et les piliers.
Le tampon qui nous a été présenté, et qui servait à cette femme pour obturer cet orifice, est constitué par un morceau de linge pesant G grammes, mesurant 7 centimètres dans son plus grand diamètre et 5 centimètres dans son plus petit.
Il n’y a pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas congestionné, les méninges s’enlèvent facilement. On ne constate aucune lésion, ni tumeur du cerveau, du bulbe ou du cervelet.
L’œsophage est sain.
La trachée contient du muco-pus en assez grande quantité. Les cavités pleurales ne contiennent pas de liquide ; il y a quelques adhérences, mais il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales. La base du poumon gauche est le siège d’une pneumonie: à ce niveau la parenchyme pulmonaire est dur et les fragments de poumon vont au fond d'un vase plein d’eau.
A la coupe des poumons on constate que les grosses bronches sont remplies de muco-pus.
Le péricarde est vide. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Le ventricule gauche contient un caillot mou, le ventricule droit renferme un caillot fibrineux. Il existe un peu de rétrécissement de la valvule mitrale.
Le foie est petit el un peu gras. La vésicule biliaire ne contient pas de calculs hépatiques.
L’estomac renferme un peu de mucosités.
La rate est saine et n’est pas diffluente.
Les reins se décortiquent facilement; la substance corticale est un peu atrophiée.
Les intestins sont sains et ne sont pas congestionnés.
L’utérus est petit et en rétroversion.
La vessie est vide et sa muqueuse est saine.
Conclusions. — 1° La mort de la femme S... est le résultat d’une pneumonie de la base du poumon gauche, survenue chez une personne atteinte d’emphysème et de bronchite chronique.
2° Il est probable que le tampon, qui obturait la destruction de la voûte palatine, s’est déplacé, quand sous l’influence de la fièvre, la femme S... a perdu la notion exacte des faits qui se passaient, que ce tampon déplacé a gêné les actes de la respiration et a entraîné ainsi une asphyxie assez rapide. Toutefois l’affection pulmonaire pouvait seule, également, déterminer la mort.
3e On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps de cette femme.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES