MORT SUBITE PAR PLEURÉSIE, TROP ACENTÈSE
mais principalement aux deux sommets, on senl, au toucher, des noyaux durs comme de la pierre; leur volume varie depuis celui d’un pois jusqu'à celui d’une noix. A la coupe de ces noyaux il ne s’écoule pas de pus et leur couleur ne tranche pas sur celle du parenchyme pulmonaire, qui est complètement putréfié. Ces noyaux présentent tous les caractères du cancer en noyaux du poumon.
Les ganglions du cou, de l’aisselle, ainsi que les ganglions bronchiques ne sont pas tuméfiés.
Les côtes et la colonne vertébrale sont saines.
Le cœur est complètement vide et ses valvules paraissent saines. L'aorte n'est pas athéromateuse.
Les reins sont gros et très putréfiés, mais ils paraissent sains; ils se décortiquent très bien.
L’estomac contient environ 100 grammes d’une matière qui ressemble à de la semouille. La muqueuse de ceL organe présente une putréfaction gazeuse très avancée. Elle n’est ni rouge, ni ulcérée.
La muqueuse intestinale ne présente ni rougeur, ni inflammation.
La rate est très diffluente.
La prostate n’est pas très grosse et parait saine.
En vue d’une analyse chimique, nous avons placé dans des bocaux numérotés et scellés les différents organes.
Conclusions. — 1° La mort du sieur L... est la conséquence d’un cancer des poumons ;
2° Cette affection est fatalement mortelle;
3° Elle se développe lentement, d’une façon latente, et parfois pendant la vie aucun symptôme ne permet d’en soupçonner l’existence ;
4° Les organes digestifs ne présentent aucune lésion qui fasse soupçonner l’ingestion d’une substance toxique;
5° Les accidents observés pendant la vie, l’œdème des membres inférieurs, l’accès de suffocation ultime, sont ceux que l’on observe d’ordinaire dans cette maladie.
O. — Mort subite par pleurésie. — Tlioracentèse.
156. Mort subite dans la pleurésie par thrombose cardiaque et pulmonaire (1). — Militaire. Pleurésie aiguë du côté droit, avec
(1) Daga, De la mort subite dans la pleurésie avec épanchement. Gaz. des hop., 18G3, p. 4G(i.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
épanchement considérable, compliquée de bronchite capillaire à gauche... Cependant, déjà ce militaire entrait en convalescence, et se félicitait de l’amélioration progressive, lorsque se mettant sur son séant pour prendre quelques aliments qu’il réclamait avec instance depuis plusieurs jours, il s’écrie que sa vue se trouble, et tombe rnorL en poussant un dernier râle.
Autopsie. — Du côté droit, quanlité notable de sérosité dans la plèvre. Le poumon est hépatisé et comme carnifié près de l’enveloppe pleurale. On trouve dans l’oreillette droiLe un caillot fibrineux de consistance moyenne qui en remplit la cavité et se prolonge dans les orifices veineux et dans le ventricule droit.
157. Mort subite dans le cours d’une pleurésie chronique par thrombose pulmonaire (1). — Malade atteint d’une pleurésie remontant à un mois, mais dont les symptômes n’avaient pas indiqué un état grave. La mort survint brusquement sans cause connue et dans l’espace de quelques minutes.
L’autopsie montra dans la plèvre droite quelques vestiges d’une ancienne pleurésie. Dans la plèvre gauche, un épanchement assez considérable de sérosité louche avec des adhérences pseudo-membraneuses. Le poumon était réduit à la moitié de son volume normal.
On trouva dans la cavité du ventricule droit un caillot enroulé évidemment exprimé de l’artère pulmonaire, où l’on put suivre son prolongement jusqu’aux troisièmes ramifications de cette artère dans les deux poumons. Aucun caillot ne fut trouvé dans les grosses veines du thorax ou de l’abdomen. Le malade n'avait présenté antérieurement aucun signe d’oblitération vasculaire. La mort paraît due ici à l’oblitération de l’artère pulmonaire.
158. Mort subite dans le cours d’une pleurésie diaphragmatique, sans fièvre, sans dyspnée. Apoplexie pulmonaire (2). — Un homme de 23 ans, d’une bonne santé habituelle, depuis 7 jours, présentait les phénomènes, suivants : Céphalalgie, diarrhée, toux sèche, légère, douleurs dans les jambes, hoquet durant 36 heures après l’administration d’un vomitif, pas de fièvre, pas de dyspnée, aucun signe fourni par l’auscultation et la percussion; aucune altération du cœur, seulement un peu de douleur sous les fausses côtes du côté gauche. Aucune douleur sur le trajet des nerfs phréniques. Grand abattement, vertiges, mais intelligence très nette. Le 8e et le 9e jour, même état. La nuit suivante, après s’être levé et avoir fait quelques pas, il ne peut remonter
(I) Blacliez, Communication à la Société médicale des hôpitaux. Gaz. hebd . , 1861, p. 754.
(’2) Vergely, Bordeaux médical', et Gaz. des hop., 1873, p. 772.
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seul dans son lit ; il y retombe brusquement en poussant un gémissement. Deux heures après il était mort.
Autopsie. — Pleurésie diaphragmatique double. Noyaux apoplectiques dans les deux poumons.
159. Mort subite a la suite d'hydrothorax latent (1). — Un jeune médecin étranger, âgé de 23 ans environ, d’un tempérament nerveux, s’était, il y a 3 ans, soumis à un traitement hydrothérapique, à la suite duquel il avait ressenti des douleurs dans le 6e espace intercostal, qui revenaient par crises et qu’il attribuait à une névralgie intercostale de nature rhumatismale. Il fit un voyage en Italie, revint à Paris. Bientôt il se sentit faible, mal portant, et un jour, à la suite d’une course en voiture et à pied, il avait été pris d’une syncope assez longtemps prolongée.
A cette occasion, M. Lasègue appelé, le trouva pâle, les extrémités froides, le pouls sans réaction. Le soir, l’appétit revint. Le surlendemain, M. Lasègue trouva le malade sur son séant, il avait passé toute la matinée assis et déjeuné de bon appétit. M. Lasègue, examinant alors le cœur (jusque-là on avait différé tout examen), reconnut que cet organe était refoulé à droite du sternum et constata une matité absolue dans presque tout le côté gauche du thorax, l’absence de murmure, de souffle, etc. Cet examen avait à peine duré quelques minutes, le malade se recouchait, lorsqu’il pâlit, poussa un gémissement et tout fut fini.
Il n’y eut pas d’autopsie.
160. Mort accidentelle. Pleurésie purulente. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dilte, substitut, en vertu d’une ordonnance, en date du 18 décembre 1883, etc.
Le cadavre est celui d’un homme de taille assez grande et paraissant assez vigoureux. Il porte sur l’avant-bras droit un tatouage représentant un soldat debout et au-dessous les deux lettres F. D. Les membres inférieurs présentent quelques varices ■et sont légèrement œdématiés.
La putréfaction est à peine commencée. La rigidité cadavérique a complètement disparu. L’œil droit à été énucléé anciennement par une opération chirurgicale. On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Il n’existe pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. Le cerveau se décortique très facilement et ne présente aucune lésion, ni tumeur, de même que le cervelet et le bulbe.
(1) Lasègue, Communication à la Soc. méd. des hôpitaux, séance du 12 novembre 18G2. Gaz. hebtl., 1862, p. 729.
P. Brouardel.
38C> OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
Le larynx, la trachée et l’œsophage sont sains.
Le poumon gauche est fixé à la cavité pleurale, dans toute sonétendue, par des adhérences anciennes. Le poumon droit présente quelques adhérences à son sommet, et sa hase est le siège d’une pleurésie purulente enkystée avec fausses membranes très adhérentes, le kyste renferme environ un litre de pus. Il n’y a pas de tubercules dans les poumons.
Le péricarde est vide. Le cœur contient quelques caillots mous dans le ventricule droit ; le ventricule gauche est vide. Les valvules sont saines. Il n’existe pas d’ecchymoses sous-péricardiques
L’estomac contient quelques grammes de liquide paraissant être de la tisane.
Le foie est sain. La rate, un peu grosse, est saine et n’est pas diffluente. Les reins sont sains et se décortiquent facilement.
Les intestins paraissent sains.
La vessie contient quelques grammes d’urine.
Conclusions. — 1° La mort a été la conséquence d’une pleurésie purulente. Cette pleurésie était déjà ancienne (au moins 3 ou 4 semaines). L’absence de lésion de la paroi thoracique démontre qu’elle n’est pas d’origine traumatique.
2° On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps.
161. Mort subite. Pleurésie. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditle, substitut, en vertu d’une ordonnance en date du 24 juillet 1883, etc.
Le cadavre est celui d’un homme grand et vigoureux, paraissant âgé de 52 ans. La putréfaction n’est pas commencée. 11 n’y a pas d’œdème des membres inférieurs. 11 n’y a pas traces de violences sur les différentes parties du corps.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-conjonctivales. Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Le cerveau un peu œdémateux est congestionné, et l’on constate à la coupe un léger piqueté hémorrhagique.
Les méninges ne sont ni épaissies, ni adhérentes.
L’œsophage et le larynx sont sains.
La cavité pleurale droite est le siège d’un épanchement sérofibrineux assez abondant (1 litre 1/2 environ). Le sommet du poumon droit est adhérent à la plèvre par quelques fausses membranes récentes. Les poumons sont turgides, très œdémateux et les bronches sont remplies de spume de même que la trachée. 11 n’y a pas de tubercules dans le parenchyme pulmonaire. Le poumon gauche ne présente ni adhérences, ni ecchymoses sous-pleurales.
Le péricarde renferme un léger épanchement séreux. Le cœur
PLEURÉSIE, TtTORACENTÈSE.
n’est pas volumineux, les cavités ne contiennent que du sang liquide. La valvule tricuspide est un peu dilatée, mais la valvule mitrale et l’aorte sont saines. Il n’y a pas d’ecchymoses souspéricardiques.
L’estomac renferme quelques grammes de liquide; la muqueuse est légèrement congestionnée.
Le foie est congestionné mais parait sain. La vésicule biliaire ne contient pas de calcul.
La rate est volumineuse et présente de nombreuses adhérences, elle est congestionnée et n’est pas diffluenle.
Les reins sont sains et se décortiquent facilement.
Les intestins sont également sains, ils ne présentent ni étranglement des anses intestinales, ni invagination. Le côlon ascendant est entouré par quelques adhérences péritonéales anciennes.
La vessie est vide et paraît saine.
Les testicules sont sains.
Conclusions. — 1° La mort du sieur M... est la conséquence d’une pleurésie droite.
2° Les individus atteints de pleurésie avec épanchement, même peu considérable, sont exposés à mourir subitement.
3° On ne constate aucune trace de violences permettant de supposer que cette pleurésie soit la conséquence d’un traumatisme.
4° Cette pleurésie est de date relativement récente. Elle peut avoir débulé quinze jours environ avant le décès.
5° Les pleurésies naissent quelquefois sans provoquer de douleur ou de fièvre, aussi a-t-on donné à ces formes le nom de pleurésies latentes. Elles peuvent évoluer et déterminer la mort sans que le malade ou les personnes qui l’entourent soupçonnent l’existence d’une affection quelconque.
162. Mort subite après la thoracentése, chez un malade atteint de maladie chronique des poumons (1). — Homme de 53 ans, robuste. Pleurésie aiguë avec épanchement moyen du côté droit. Dyspnée, face pâle, pouls faible, thoracentése d’urgence. On retire 1 litre et demi de liquide. Pas même de toux pendant l’opération. Aussitôt après, le malade est soulagé, la respiration se fait bien. Pas d’expectoration albumineuse. Neuf heures après l’opération, le malade demande le bassin ; lorsqu’on le lui apporte, on le trouve mort.
Autopsie. — On constate dans la plèvre droite un épanchement séreux d’environ 1 litre et demi. Le poumon gauche est emphysé-
(1) Tennesson, Gaz. des hôp., 1880, p. 1070.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
mateux et le siège d’une pneumonie chronique interstitielle. Le cœur est dilaté et rempli d'un sang noir.
L’auteur de cette observation fait remarquer qu’il a déjà eu l’occasion de signaler les dangers de la thoracenlèse chez les malades atteints de lésions du cœur ou des poumons antérieures à la pleurésie.
163. Mort subite après la thoracentése (1). — Un homme de 52 ans fut atteint d’une pleurésie gauche avec grand épanchement, quinze jours après une fracture méconnue de trois côtes. On se vit dans la nécessité de pratiquer la thoracentése en raison de la dyspnée, de la cyanose, de l’abondance de l’épanchement et du déplacement du cœur refoulé vers la droite. Deux litres d’une sérosité louche, trouble, légèrement rosée furent extraits... A la suite de l’opération, le malade fut considérablement soulagé, il eut cette toux quinteuse qui suit en général la thoracentése pendant 1 quart d’heure seulement et sans expectoration notable. Trois quarts d’heure après, la toux avait cessé, le malade se trouvait très soulagé et venait de causer avec ses voisins, lorsque tout à coup il s’écrie : «Ah! je me sens faible,» et il s’étend sur son lit, fait deux ou trois mouvements du bras, pâlit et meurt.
Rien à l'autopsie. — L’auteur de l’observation attribue cette mort si subite à la syncope, résultat d’une anémie cérébrale qui serait survenue à la suite de l’afflux d’une trop grande quantité de sang dans le poumon décomprimé.
164. Mort subite après la thoracentése. Pleurésie aiguë à gauche. Péricardite sèche (2). — H... entre, dans l’été de 1833, dans la clinique de M. le professeur Forget, à Strasbourg, avec des symptômes vagues et mal définis. On reconnaît, au bout de huit jours, l’existence d’une pleurésie étendue depuis la base du côté gauche jusqu’à 4 centimètres de l’angle de l’omoplate ; signes aigus, large saignée. Huit ventouses scarifiées, diurétiques.
Le lendemain, môme état aigu : nouvelle saignée moins abondante; l’épanchement a augmenté, dyspnée plus intense. A 4 heures du soir orthopnée, cyanose, pouls petit, faible et fréquent. On pratique la thoracentése avec le trocart de Reybard garni de baudruche: on obtient une sérosité jaune, citrine; il n’y a pas d’air introduit dans la plèvre. Après l’extraction d’un litre et demi de liquide, le malade pâlit et se sent faible : on interrompt l’écou-
(1) Legroux, Gaz. des hôp., 1875, p. 702.
(2) Goguel, Des diverses méthodes de paracentèse thoracique et de leurs indications. Thèse, Paris, 1856.— Foucart, De la mort subite ou rapide après le thoracentése. Thèse de Paris, 1875.