‹ La mort et la mort subiteChapitre 17 sur 139 · LES SIGNES DE LA MOUT. — TEMPÉRATURE POST MORTEM · texte numérisé non relu

LES SIGNES DE LA MOUT. — TEMPÉRATURE POST MORTEM

chacune une main. L’une de ces personnes a la main très chaude, l’autre au contraire a la main froide. Quelle est celle qui se refroidit? C’est la main chaude qui se refroidit et la main froide qui se réchauffe.

Après la mort, la périphérie du corps se refroidit et le refroidissement est plus sensible sous l’aisselle. Lorsque, ensuite, sous l’influence de la tension des gaz qui se forment dans l’abdomen, le sang est refoulé vers la périphérie celle-ci se réchauffe un peu; ainsi que je viens de vous le dire, Guillemot assure qu’au bout de trente heures l’équilibre entre la température rectale et la température périphérique est établi ; je ne parle ici bien entendu que des cas où le cadavre est exposé à l’air extérieur.

Le 28 octobre 1893, M. Bourneville a déclaré, et a publié avec une série d’observations à l’appui, que la température rectale s’abaissait au-dessous de la température extérieure au bout de douze à quatorze heures. Ce sont là des expériences d’hôpital, extrêmement intéressantes, nécessaires, mais qui ont besoin pour acquérir toute leur valeur d’être contrôlées par des observations faites ailleurs que dans nos salles d’hôpital. Il faudrait les reprendre pour les malades qui meurent dans leur lit; si cette seconde série d’expériences donnait les mêmes résultats que la première, le signe certain de la mort serait trouvé. Je sais bien qu’il y a, dans la pratique, certaines difficultés matérielles qu’il faudrait vaincre et dont vous soupçonnez la nature. Mais j’ajoute qu’il faut placer ce signe au premier rang : il n’est utilisable qu’entre les mains d’un médecin, et on devra s’en servir dans les cas douteux. Seulement alors il faut prendre la température à deux reprises, à quelques heures d’intervalle. . .

On a construit des nécromètres, des thanatomètres sur ce principe. Ce sont des instruments gradués qui indiquent la mort certaine, la mort probable, etc., suivant que la colonne de mercure monte ou descend à des points fixés d’avance.

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Ces instruments ne peuvent pas être maniés par des personnes étrangères à la médecine : il en est de leur usage comme des constatations thermométriques pratiquées sur les malades; tous vous savez combien il est malaisé dans la pratique de prendre la température d’un malade, et combien peu les chiffres indiqués par le malade ou par les personnes de son entourage qui ont placé le thermomètre, sont dignes de foi.

Plaque parcheminée. — Brûlures. — Je veux aussi vous dire deux mots de la recherche de la plaque parcheminée. Lorsque sur un cadavre on enlève une portion plus ou moins étendue de l’épiderme, le derme sous-jacent se parcheminé au bout de huit heures à peu près et rend un son sec, lorsqu’on le frappe avec un scapel. Ce n’est pas là un signe facile à constater en dehors de l'hôpital, et il n’a pas de portée pratique par conséquent.

J’en dirai autant des brûlures. On a beaucoup insisté sur les caractères différentiels des brûlures faites pendant la vie ou après la mort. Pendant la vie, la brûlure détermine la production d’une phlyctène, entourée d’une aréole rougeâtre et contenant un liquide albumineux. Lorsque la phlyctène se crève on aperçoit au-dessous d'elle un réseau de petits vaisseaux dilatés. Ces phénomènes sont-ils constants pendant la vie? Y a-t-il toujours de l’albumine dans la sérosité desphlyctènes? Non. Lorsqu’un individu succombe au moment de la brûlure il se produit des phlyctènes, mais pas de congestion. Lors de l’explosion de la rue Béranger, à Paris, madame Mathieu succomba dans un milieu qui dépassa un moment une chaleur de 2 000°. Son corps était couvert de phlyctènes, mais il n’a été possible de constater ni l’aréole rougeâtre, ni la congestion de la peau, ni la présence de l’albumine dans les phlyctènes (1). Cela veut dire tout simplement qu'il faut que l’individu ait encore vécu un temps assez long pour que ces phénomènes puissent se produire.

(I) Brouardel, É tucle médico-légale sur la combustion du corps humain .

( Annales d'hygiène , 1878, 2e série, t. L, p. 509.)

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Sur le cadavre, les brûlures peuvent donner naissance à des phlyctènes : mais il ne se formera pas d’aréole. Laissez tomber de la cire h cacheter enflammée sur un membre que l'on vient d’amputer, vous assisterez à la formation d’une phlyctène.

L’épreuve de la brûlure est donc un signe douteux, et contre lequel je vous mets en garde. On l’emploie volontiers dans le public, et l’on brûle, souvent très grièvement en leur appliquant des fers à repasser brûlants aux talons, les gens de la mort desquels on voulait s’assurer.

D’un autre côté les révulsifs n’agissent plus quelquefois, même quand l’individu est encore en vie : les gens du peuple ne disent-ils pas: « Oh, il est perdu, les sinapismes et les vésicatoires ne prennent plus! » Un signe tout aussi incertain est celui de M. Marteno, de Cordoue ; il conseille de placer à un centimètre de l’extrémité des doigts ou des orteils la flamme d’une bougie ; si la mort est réelle, l’épiderme de la partiedu doigt soumise à l’actionde la flamme se dessèche et se sépare du derme; il se forme une phlyctène gazeuse, qui éclate brusquement, avec un dégagement de gaz parfois assez fort, pour éteindre la bougie. C’est une expérience élégante à présenter dans un cours, mais elle n’est guère probante. La phlyctène explosible peut d’ailleurs se produire pendant les derniers moments de la vie.

J’aime mieux l’emploi du Marteau de Mayor ; c’est un marteau ordinaire que l’on trempe dans l’eau bouillante et que l’on applique, après l’avoir essuyé, sur le creux épigastrique. C’est un excellent moyen pour rappeler à la vie une personne tombée en syncope. Le pis qui puisse arriver, c’est qu’il se forme une ampoule à la place où le marteau a été appliqué. On pourra donc toujours tenter cette épreuve ; mais je ne voudrais pas voir vulgariser l’expérience de l’ampoule explosive de Marteno.

Quelles sont les conclusions à tirer de cet exposé?

Il existe beaucoup de signes excellents qui permettent à

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un médecin de dire : « Cet homme est réellement mort. » Pour peu que le médecin ait des doutes, il doit pratiquer les diverses épreuves que nous venons de passer en revue et au besoin attendre et ne se prononcer que lorsqu’il a une certitude absolue.

Mais quand il n’y a pas de médecin pour constater le décès, il peut arriver que des individus en état de mort apparente aient été crus réellement morts. Il est donc nécessaire, à, tous les points de vue, de confier le soin de juger si une personne est morte ou non, à un médecin: car seul il est capable d’interpréter la valeur des signes et de faire, comme il ferait pour une maladie, un véritable diagnostic.

Le résumé de toutes ces constatations, messieurs, c’est que l’ensemble des signes de la mort nous donne la certitude presque absolue de la mort, si nous sommes médecins, si nous avons réfléchi à la question, et si nous faisons un diagnostic que l’on n’a pas l’habitude de faire et que l’on n’apprend pas à faire dans les hôpitaux. Mais je crois qu’il est bon de rester dans un doute philosophique : nous savons que la mort apparente peut durer un temps plus ou moins long, et que dans trois cas au moins les pendus de Boston et de Pesth et l’inhumée du Dr Roger, des personnes considérées comme mortes ont été rappelées à la vie. Dans les obiloires allemands dont quelques-uns ont plus de cent ans d’existence, où toutes les précautions sont prises, où chaque cadavre à dans la main un cordon de sonnette, une seule fois la sonnette a retenti... la main d’un mort avait agité le cordon de la sonnette au moment où la rigidité cadavérique disparaissant, le bras était retombé.

Il faut donc demander que la constatation des décès soit toujours confiée à un médecin, qui seul est capable d’apprécier la valeur des divers signes que nous venons d’examiner ensemble ; je crois qu’alors les accidents seront, sinon impossibles, au moins infiniment rares, et je suis obligé d’ajouter que s’il y a de très grandes probabilités pour que dans les conditions où se font ou plutôt ne se font pas les

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constatations des décès personne ne soit enterré vivant, il est impossible cependant d’affirmer que cette triste éventualité ne puisse se produire.

Nous arrivons donc à notre tour aux conclusions formulées par l’Académie de médecine à propos du concours institué par le marquis d’Ourches en 1874 (1).

En résumé, dit l’Académie, les signes de la mort sont assez certains pour que toute erreur soit impossible, si on généralise la vérification des décès par un médecin dans toutes les communes de France sans exception et si le médecin est suffisamment apte à faire ce diagnostic. Mais nous sommes obligés de reconnaître : 1° que dans 25,000 communes sur 36,000 cette constatation n’est pas faite (2/3 de la population); 2° que cette partie de la science est trop négligée et que l’attention des médecins n’a pas été appelée avec assez de soin sur ce diagnostic.

Le Dr Àrmaingaud adopte les mêmes conclusions (2).

(1) Devergie, Ann. cl'hyg ., 2° série, t. XXVII, p. 203.

(2) Œuvre de l'enseignement élémentaire, avril 1893.

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