V. — LA PUTRÉFACTION
Messieurs,
L’étude de la putréfaction a un haut intérêt en médecine légale. La putréfaction a pour cause la persistance des phénomènes chimiques qui s’accomplissent dans l’organisme humain après la mort; elle a pour conséquence de singulièrement altérer les apparences des lésions résultant de la maladie ou des blessures.
Elle produit des modifications de coloration, elle transporte du sang dans des régions du corps qui n’étaient nullement congestionnées pendant la vie. Il y a donc là des causes d’erreur pour les médecins qui n’ont pas l’habitude des autopsies et sur lesquelles il faut s’expliquer.
Enfin, grâce à ce que nous savons aujourd’hui des phénomènes de la putréfaction, nous pouvons être amenés à dire au juge d’instruction: l’individu, dont vous me présentez le cadavre, est mort à telle ou telle époque. Les observations de M. Mégnin qui a étudié avec grand soin les insectes qui vivent sur les cadavres et qu’il a d’une façon si pittoresque appelés « les travailleurs de la mort » permettent parfois de préciser les dates d’une façon presque mathématique.
Théorie générale. — Au point de vue théorique l’étude de la putréfaction a pour base les expériences bien connues de M. Pasteur. C’est lui, en effet, qui a démontré la non-existence de la génération spontanée qu’avait défendue avec beaucoup d’autorité F. A» Pouchet (de Rouen). M. Pasteur a opéré sur le sang et l’urine, c’est-à-dire sur des liquides organiques absolument fermentescibles ou putrescibles ; il les a recueillis à l’abri de l’air, dans les veines et dans la vessie, à l’aide de pipettes flambées, fermées ensuite à la lampe. Ces