LA PUTRÉFACTION DANS DIFFÉRENTS MILIEUX
depuis les premières constatations. Par chacune des plaies de tète il s’écoulait maintenant un peu de sang liquide, et le médecin, qui accompagnait le parquet, en conclut que ces plaies étaient récentes. L’enquête a démontré au contraire que l’homme s’était jeté dans le gave, la veille au matin (il y avait donc eu suicide), et qu’il avait été retiré de l’eau 24 heures après sa mort.
L’écoulement du sang était dû à la circulation posthume provoquée par la formation et l’accumulation des gaz dans la cavité abdominale. Ce développement ne s’était fait qu’après la sortie du corps de l’eau froide du Gave.
Quand il n’y a pas de plaie par laquelle le sang puisse s’échapper, il se produit dans toutes les parties périphériques une congestion assez notable. Devergie, qui a été l’élève de Bichat et qui est resté jusqu’au bout fidèle aux théories de son maître, a recueilli une foule d’observations médicolégales. Dans l’introduction dont il accompagne celles qui ont rapport à la submersion, il dit que lorsqu’un homme se noie il meurt soit par le cerveau, soit par le poumon, soit par le cœur. Devergie a rangé dans la catégorie des individus ayant succombé à une congestion cérébrale, tous les noyés qui étaient en circulation posthume, et cependant Devergie était un savant et un observateur très érudit et très consciencieux.
Putréfaction dans différents milieux. — Lorsque la putréfaction s’opère dans la terre , l’épiderme se couvre comme dans la putréfaction à l’air de bulles, remplies d’une sérosité sanguinolente; puis l’épiderme se détache par lambeaux; les fossoyeurs prétendent entendre quelquefois, trois semaines après l’inhumation, un bruit dans la tombe; ce bruit serait provoqué par la rupture de la paroi abdominale distendue par les gaz. La tension des gaz intestinaux ne serait pas assez forte pour amener l’éclatement du ventre, si les micro-organismes en liquifiant les tissus n’avaient diminué considérablement leur résistance.
Lorsqu’un corps se putréfie dans l'eau la première tache
LA PUTRÉFACTION
verte qui apparaît ne se montre pas au niveau du cæcum ainsi que cela a lieu quand le corps se putréfie à l’air libre, mais au niveau du sternum : je ne saurais vous expliquer la cause de cette variation. Il est bien plus important de savoir que, malgré la différence du milieu, les phénomènes de la putréfaction au point de vue de la production des gaz et de leur succession sont à peu près les mêmes, puisque ces phénomènes sont régis parce qui se passe dans l’intestin. Seulement comme dans l’eau le cadavre se met bien plus vite en équilibre avec la température ambiante, suivant que cette eau sera plus chaude ou plus froide, les phénomènes de la putréfaction avanceront ou retarderont. Devergie avait coutume de dire qu’en été un cadavre mettait autant d'heures à se putréfier dans l’eau qu’il mettait de jours à se putréfier à l’air libre.
Pour Hoffmann la putréfaction dans l’air a une rapidité de un, dans l’eau de moitié. Il y a lieu de faire remarquer que pendant la submersion l’eau pénètre largement dans le sang (1), que celui-ci se coagule peu ou pas et que les phénomènes de circulation posthume sont chez les noyés portés au maximum, aussi lorsque les corps des noyés sont tirés de l’eau leur putréfaction se fait avec une extrême rapidité.
Les cadavres subissent beaucoup plus fréquemment qu’à l'air libre la transformation graisseuse dans l’eau ; cette transformation est quelquefois complète au bout de cinq à six mois. S’il était resté exposé à l’air libre, le cadavre eut été en putréfaction avant cet espace de temps; s’il avait été mis en terre, il eût fallu compter avec l’état de la bière et les conditions du terrain; la putréfaction aurait pu être ou avancée ou retardée.
Dans l’eau, la putréfaction suit dans son évolution les phénomènes des fermentations intestinales. L’affaire Fenayrou nous en fournit la démonstration. Le pharmacien Aubert fut assassiné à la campagne par les époux Fenayrou, aidés de leur frère. Pour se débarrasser du cadavre, ils le jettent
(I) Brouardel et Vibert, Annales d'hygiène, 3° série, t. IV, p. 462.
dans la Seine après l'avoir entoure de tuyaux de plomb. Ils espéraient ainsi le maintenir au fond de l’eau. Trois jours après Aubert surnageait, toujours entouré de ses tuyaux de plomb. Il faudrait une énorme quantité de plomb pour empêcher un cadavre de remonter à la surface de l’eau ; le seul moyen de le maintenir au fond serait d’ouvrir la paroi abdominale et de trouer les intestins : de cette façon les gaz s'échapperaient librement dès qu’il se produiraient.
Il arrive assez souvent, messieurs, que le médecin-légiste est appelé à étudier la putréfaction des cadavres projetés dans les fosses d'aisance ; ici les observations sont très nombreuses pour les nouveau-nés ; c’est à peine si on en compte sept ou huit pour les adultes.
Lorsque la fosse est peu ventilée, que l’air ne s’y renouvelle que très difficilement, que l'on n’y projette enfin que de l’urine et des matières fécales, les phénomènes de putréfaction s’y développent lentement. Des cadavres enfouis dans une couche épaisse de matières sont quelquefois retirés au bout de cinq ou six mois, intacts, sans présenter aucun signe de décomposition : les colonies microbiennes semblent avoir avorté; c’est surtout sur des nouveau-nés que ces constatations ont été faites.
Mais quand la fosse est traversée par un grand courant d’air, qu’on y verse beaucoup d’eau et surtout de l’eau de savon, quand le siège, comme souvent cela existe à la campagne, est percé de plusieurs trous et que par conséquent il y a une amenée d’air plus forte, la putréfaction suit la même marche que dans l’eau ou à l’air libre.
Retenez seulement ceci : c’est que dans certaines conditions la putréfaction peut être retardée et que Tardieu a pu retrouver, chez un nouveau-né dont le cadavre avait séjourné trois mois dans une fosse, les taches ecchymotiques sur la plèvre et le péricarde, ces taches qui ont été appelées taches de Tardieu et qui prouvaient suivant lui la mort par suffocation. Le petit cadavre n’était pas putréfié.
Alcaloïdes cadavériques. — Messieurs, en même temps
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que s’opère cette putréfaction il se forme à l’intérieur de l’organisme un certain nombre de produits toxiques, des alcaloïdes cadavériques.
Les premières recherches médico-légales ont été faites par Selmi de Bologne, à propos de l’empoisonnement prétendu d’un général. Le médecin expert avait conclu à une intoxication par la delphinine. Selmi refit les expériences et il a trouvé qu’il suffisait de laisser de la viande se putréfier à l’air libre pour pouvoir y retrouver cette prétendue delphinine. Il a poursuivi ses études, il a isolé d’autres alcaloïdes; ces alcaloïdes sont très volatils et par conséquent il y a quelque danger à les respirer. En 1872, M. Armand Gautier étudiant, dans un ordre d’idées tout à fait différent et au point de vue chimique pur, la décomposition des matières albuminoïdes, avait déjà démontré que cette décomposition donnait naissance à des matières toxiques.
Moi-même j’ai été témoin avec Boutmy du fait suivant et j'ignorais absolument, à ce moment, les expériences de M. Arm. Gautier.
Une marchande de volailles de la Halle, n’ayant pas vendu une dinde farcie et craignant qu’elle ne se gâtât, invite ses amis et parents à la manger avec elle; 12 personnes prennent part au repas, aucune ne trouve à la dinde une odeur ou un goût particuliers; la marchande, qui n’en avait pas mangé plus que ses convives est malade dans la nuit et meurt; ses invités furent souffrants, aucun d’eux ne succomba.
Commis par le juge d’instruction, nous examinons la farce qui avait rempli la dinde et nousy trouvons un produit analogue à la conicine ; ce même produit est retrouvé dans les viscères de la morte.
Je répète que cette femme n’avait pas mangé plus de dinde que les autres personnes, mais à l’autopsie nous avons constaté que ses reins étaient malades et ne lui avaient pas permis d’éliminer les toxines.
Nous appelons ptomaïnes les alcaloïdes toxiques qui se produisent dans le cadavre. Quand ils prennent naissance
dans l’organisme avant la mort, ce sont les teucomaïnes décrites par M. A. Gautier.
Autrefois, messieurs, quand des individus tombaient malades après avoir ingéré des substances alimentaires, on en accusait toujours la batterie de cuisine : les casseroles de cuivre étaient mal étamées, et l’acétate de cuivre mis en liberté pendant la préparation des aliments était le grand coupable.
Chose curieuse, celte théorie de l’empoisonnement par le cuivre doit son existence à Jean-Jacques Rousseau; vous savez combien, à un moment donné, les idées émises par lui ont été à la mode, vous savez l’engouement dont elles ont joui; il ne faut pas s’étonner dès lors que celles qu’il a professées sur la nocuité du cuivre aient fait leur chemin. Cependant on oubliait que tous les anciens faisaient leur cuisine dans des vaisseaux de cuivre ; l’étamage des casseroles de cuivre n’a été introduit, dans l’ouest de l’Europe tout au moins, que par les bohémiens qui, les premiers, ont revêtu l’intérieur des vases de cuivre d’une couche d’étain, plus ou moins pur. Enfin, de tous temps et aujourd’hui encore, certaines préparations culinaires ne sont confectionnées que dans des bassines de cuivre non étamées; tel est le cas des confitures, qui n’ont jamais empoisonné personne et qui, cependant, lorsqu’il s’agit de confitures de groseilles, par exemple, peuvent produire des sels de cuivre solubles.
Nous savons aujourd’hui que les ustensiles de cuivre, bien tenus, sont inoffensifs.
Quand les travaux de MM. Selmi, Armand Gautier, Boutmy et les miens eurent été publiés (1), un Allemand, Brieger, fit des ptomaïnes une étude très complète; il les divisa en deux classes ; la première où domine la nervine et dont l’action est convulsivante, la seconde où dominent d’autres substances qui agissent comme des anesthésiques.
(1) Brouardel et Boutmy, Sur le développement des alcaloïdes cadavériques, ptomaïnes {Ann. d'hyg., 1880). — Des ptomaïnes , réactif propre à les distinguer des alcaloïdes végétaux [Ann. d'hyg., 1880). — Conditions du développement des ptomaïnes {Ann. d'hyg,, 1881).
LA PUTRÉFACTION
Il faut retenir de cette classification que certaines ptomaïnes prennent naissance au moment où se forment ces gaz inflammables dont je vous parlais tout à l’heure, et que les effets de ces ptomaïnes présentent tous les caractères que produisent la strychnine et ses sels. Cette identité d’action peut devenir une cause d’erreur dont il faut savoir se préserver.
Un second point, non moins important à préciser, c’est que certains alcaloïdes toxiques, auxquels M. A. Gautier a donné le nom de leucomaïnes , peuvent se produire pendant la vie, dans le cours de certaines maladies. En voici quelques exemples :
En 1884, lors de l’épidémie cholérique qui sévit à Paris, M. Gabriel Pouehet avait institué une série d’expériences sur les urines et les déjections des cholériques. Il avait réussi à extraire de ces matières organiques un certain nombre d’alcaloïdes, que Vulpian présenta en son nom à l’Institut. Au moment où M. Gabriel Pouehet avait enfermé dans des tubes scellés h la lampe les produits de ses expériences pour les remettre à Vulpian, il se sentit indisposé ; il fut très malade, il eut de la dilatation des pupilles, de l’anurie, de l’aphonie, des crampes dans les membres inférieurs; il eut, en un mot, tous les symptômes du choléra, sauf la diarrhée et les vomissements. Il avait été intoxiqué par les produits fabriqués dans son laboratoire, par ces alcaloïdes qu’il avait isolés et qui sont très volatils, et non par des substances élaborées dans son intestin. Quand il entra en convalescence, il eut l’albuminurie et la glycosurie des malades qui guérissent du choléra. Ce n’est pas tout, messieurs. Lorsque M. G. Pouehet, guéri, revint à son laboratoire, il demanda ce qu’étaient devenus et son préparateur et son garçon de laboratoire; on lui apprit que tous les deux avaient été pris des mêmes accidents que lui; comme lui, ils avaient été intoxiqués par les produits extrêmement volatils retirés des déjections cholériques.
Il existe une certaine catégorie d’aliénés, les mélancolique
qui ne vont pas ou qui ne vont que peu à la garde-robe, dont la température est abaissée, dont les extrémités sont cyanosées, dont la vie, est extrêmement réduite, presque végétative. Leurs urines contiennent une quantité considérable de ces alcaloïdes.
Je n’insiste pas, messieurs, je vous fais observer seulement qu’il y a là, au point de vue de l’avenir des études sur l’aliénation mentale, un point très intéressant dont il faut tenir compte et qu’il sera bon d’approfondir.
Yoici un autre cas :
Un pharmacien, qui a désiré que son nom ne soit pas prononcé, se marie. Pendant la nuit de noces, sa jeune femme est prise d’une crise d’épilepsie; les crises se répétant, le pharmacien analyse les urines de sa femme avant, pendant et après la crise; lorsque la crise se préparait, les urines contenaient toujours énormément de ptomaïnes ou de leucomaïnes.
Enfin, messieurs, l’existence de ces alcaloïdes a été démontrée dans les alcools, et non pas seulement dans des alcools de grains, de pommes de terre ou autres, dont la qualité laisse plus ou moins à désirer, mais dans les eaux-de-vie de fruits ou de raisin,
Vous avez entendu parler plus d’une fois, en médecine légale, des intoxications causées par l’ingestion de charcuteries, de viandes altérées. 11 y a là quelque chose de singulier ; partout où ces accidents ont été observés, en France, en Angleterre, en Autriche, en Belgique, en Allemagne, etc., ils se sont produits plus spécialement du 15 avril au 1er juin et du 1er septembre au 12 octobre.
Comment expliquer la production de ces accidents?
Dans certaines villes du Nord, la population ouvrière a l’habitude de manger, le soir, de la chair à saucisse étalée sur du pain. Un jour, à Lille, 70 personnes tombent malades et 7 à 8 meurent, après avoir ingéré de la 'charcuterie prise chez un seul et même charcutier. Les accidents observés avaient une apparence cholériforme.
P. Brouaudel.
LA PUTRÉFACTION
Envoyé en mission à Lille, je constatai chez tous les malades que je visitai, et il y en avait encore une cinquantaine, de la mydriase, de la céphalée, quelques troubles digestifs et une faiblesse extrême. L’enquête révéla les faits suivants : deux charcutiers avaient acheté un porc, mais tandis que les clients de l’un d’eux tombaient tous malades après avoir mangé de la chair à saucisse fabriquée avec l’une des moitiés du cochon, les clients de l’autre restaient absolument indemnes. On ne pouvait donc incriminer une maladie antérieure du porc; la boutique, l’étal et le laboratoire du charcutier étaient propres et bien tenus; il fallait chercher ailleurs. On avait tué le cochon le vendredi, jour où les charcuteries sont fermées à Lille. On avait mis sa chair en vente le samedi 19 et le dimanche 20 mai, et aucun des acheteurs ne fut incommodé. Les personnes, au contraire, qui achetèrent le lundi et le mardi (21 et 22 mai) furent toutes malades et quatre d’entre elles succombèrent ; l’autorité intervint, et la chair à saucisse fut retirée de la vente le mercredi ; ce jourlà et le jour suivant, le charcutier, qui ne voulait pas perdre sa marchandise, en nourrit son personnel; il n’y eut aucun accident.
Nous trouvons des faits identiques dans une observation relatée par un médecin irlandais ; au lieu de chair à saucisse, il s’agit de pâtés, mais les choses se sont passées absolument de la même façon.
C’est qu’en effet, messieurs, les alcaloïdes toxiques n’existent que pendant un ou deux jours (ils n’étaient pas encore formés le samedi et le dimanche, ils avaient disparu le mercredi et le jeudi); il y a une virulence temporaire ; ils ne modifient nullement Codeur ou l’aspect de la viande, et rien ne peut déceler à l’inspecteur l’existence d’une fermentation.
Les faits du genre de ceux de Lille ne sont pas rares, et on a décrit plus d’une fois, sous le nom d’épidémies de choléra ou de fièvre typhoïde, épidémies qui n’ont eu que huit à dix jours de durée, des intoxications causées par les ptomaïnes.
Ces alcaloïdes peuvent se produire avant la mort, chez l’animal comme chez l’homme. H. Bouley a mis ce fait en lumière il y a quelques années, dans un rapport médicolégal. Il s’agissait d’un boucher accusé d’avoir empoisonné diverses personnes auxquelles il avait vendu la viande d’une génisse malade antérieurement. Ce boucher avait en effet acheté une génisse; celle-ci s’était échappée, elle avait été poursuivie, et, après une longue course, elle mourait, forcée par les chiens. Le boucher la débita; 20 à 30 de ses clients tombèrent malades. Il y avait eu, pendant la vie, production d’alcaloïdes toxiques due précisément au surmenage, à l’éreintement de la bête.
Au point de vue de la médecine légale, la recherche de ces
alcaloïdes est extrêmement difficile. Il est, en effet, bien diffi-
cile de se rendre compte si l’on se trouve en présence d’un poison administré dans l’intention de tuer ou d’une ptomaïne développée pendant la putréfaction. Vous allez en juger :
Un gros négociant de Paris achète de la colchicine; peu après, sa femme meurt; un contremaître, qui avait acheté la colchicine pour le compte de son patron, raconte ce fait; on en jase et la coïncidence paraît d’autant plus singulière que, peu après l’inhumation de sa femme, le mari est parti en voyage, emmenant avec lui la première employée de son magasin. Le parquet s’émeut et l’exhumation est ordonnée.
MM. Gabriel Pouchet, Ogier et moi (1), sommes chargés de l’expertise. Yous savez que les réactions de la colchicine sont des réactions colorées ; celles que nous obtenons sont bien les réactions de la colchicine, mais nous n’osons pas conclure à un empoisonnement parce que nous craignons que les réactions de ptomaïnes que nous ne connaissons pas soient identiques et que leur présence, dans les viscères analysés, est possible.
Une nouvelle expertise est ordonnée, et on nous adjoint
(1) Brouardel, Accusation d'intoxication par la colchicine. Affaire Ii.t acquittement , relation médico-légale {Ann. d'hyg., 188G).
LA. PUTKÉFACTION.
M. Schützenberger. Nous n’avions, dans nos premières recherches, utilisé que la moitié des viscères de Mme X. L’autre moitié avait été placée dans des bocaux et réservée. Au moment de la première expertise nous avions pris à la Morgue les viscères d’un cadavre dont la mort remontait à l’époque du décès de Mme X.; nous les avions placés dans des bocaux. Nous recommençons nos recherches, à la fois sur le reste des viscères de Mme X. réservé lors de la première expertise et sur les viscères témoins pris à la Morgue. Les phénomènes de coloration furent identiques dans les deux cas. Nous avions donc bien eu raison de réserver nos conclusions et de ne pas affirmer un empoisonnement par la colchicine, alors même que nous en avions eu les réactions colorées.
Aussi, messieurs, croyez-m’en; quand, dans une expertise, un chimiste pour caractériser le poison recherché vous apportera des réactions colorées et ne vous apportera que celles-là, ne concluez pas; il existe peut-être un millier de ptomaïnes; nous en connaissons une douzaine; l’état actuel de nos connaissances ne nous donne pas le droit d’être affirmatifs, il nous impose au contraire d’extrêmes réserves.
Putréfaction des différents organes. — Nous allons maintenant examiner la marche de la putréfaction dans quelques organes :
L’œil subit des transformations très importantes à connaître. La tache scléroticale de Larcher dont je vous ai déjà parlé paraît tout d’abord, puis l’œil s’affaisse, la cornée et la sclérotique se plissent, la couleur de l’iris se reconnaît en général pendant une douzaine de jours au moment des saisons intermédiaires (printemps et automne), puis l’œil se vide au bout de deux ou trois mois. Ce dernier terme me paraît un peu long.
Par les narines, la bouche, il s’écoule une spume rougeâtre qui souille le visage.
Nous vous avons déjà parlé de la tache verte qui apparaît sur la peau au niveau de la fosse iliaque, des bulles sa-