‹ La mort et la mort subiteChapitre 25 sur 139 · LA CRÉMATION, LA MOMIFICATION · texte numérisé non relu

LA CRÉMATION, LA MOMIFICATION

l’exhumation des six personnes qui avaient composé cette famille et chargea M. Sainte-Glaire Deville de l’analyse chimique; sur les six, quatre avaient succombé à un empoisonnement par l'arsenic, et cela en pleine épidémie cholérique ; grâce à l’analogie des symptômes du choléra et de l’intoxication arsenicale, l’assassin, qui devait hériter, espérait que ses crimes resteraient ainsi à jamais inconnus. Si l’on avait soumis ces corps à la crémation, les recherches toxicologiques eussent été impossibles.

Une autre considération s’impose encore : supposez qu’une personne soit soupçonnée, à tort, d’avoir empoisonné quelqu’un. Si la prétendue victime est inhumée, il sera possible à cette personne de faire éclater son innocence. Si elle a été incinérée, il lui sera impossible de se laver d’un soupçon qui pèsera sur toute son existence.

La commission a décidé, pour répondre en partie à ces préoccupations légitimes des médecins-légistes, que, à Paris, deux médecins seraient chargés de visiter le cadavre qui devra être incinéré et de faire un rapport. Que pourront voir ces médecins? ils seraient bien embarrassés de conclure à une intoxication par l’aspect du cadavre; s’ils ont des doutes, ils pourront pratiquer l’autopsie; l’autopsie, messieurs, dans les cas d’empoisonnement ne révèle souvent rien de précis, et elle ne nous permet pas de conclure; pour avoir une certitude ils seront forcés de demander une expertise toxicologique; cette expertise durera trois mois, et pendant ce temps, toute la famille du défunt sera en proie aux soupçons et aux inquiétudes?

Il y a là un réel danger social, sur lequel je me reprocherais de ne pas insister, surtout au point de vue spécial des soupçons qui peuvent indéfiniment peser sur un innocent, incapable désormais de prouver son innocence.

Embaumement. — Deux mots seulement sur une pratique qui n’est pas fort en usage chez nous : je veux parler de i embaumement ; si ce procédé se généralisait, nous aurions des conservations de cadavres à l’inûni ; les enquêtes médico-

LA MOMIFICATION

légales dans les cas d'inloxication seraient également bien compromises; les règlements défendent, il est vrai, de se servir pour ces opérations, des sels d’arsenic, de sublimé, etc.; mais on ne peut embaumer qu’en employant des substances toxiques; les règlements prescrivent de placer près du corps une fiole contenant les mêmes matières que celles qui ont servi à l’embaumement; cette précaution, destinée à faciliter les recherches, en cas d’enquête, est bonne mais insuffisante.

Je ne vous parle pas du procédé de conservation des corps par la glace; ce procédé qui a trouvé son application dans les appareils frigorifiques de la Morgue (1), n’est applicable que dans des instituts anatomo-pathologiques.

Momification. — La putréfaction qui est le mode habituel de destruction des corps, n’est pas le seul. Dans certaines circonstances les corps se momifient.

La momification était voulue chez les Égyptiens, qui entouraient les cadavres de bandelettes serrées, imprégnées de substances aromatiques et probablement antiseptiques. Ces momies sont très bien conservées, vous en avez vu dans les Musées et peut-être chez des particuliers assez heureux pour avoir chez eux un des représentants d’une dynastie plus de vingt fois séculaire.

A côté de cette momification voulue, provoquée, il en existe une autre, plus fréquente; les terrains sablonneux des pays chauds, de l’île Maurice par exemple, momifient les corps qu’on leur confie.

La momification peut se faire chez les fœtus, chez les adultes, chez les nouveau-nés : chez les fœtus, elle se fait lorsque la mort est survenue alors qu’ils étaient encore dans l’utérus et que les membranes n’étaient pas rompues; ils peuvent alors rester dans l’utérus, dans les trompes, dans le petit bassin si la grossesse était extra-utérine, pendant des mois et des années ; la momification du fœtus se produit lorsque les germes atmosphériques n’ont pas pu pénétrer jusqu’au cadavre.

(1) Brouardel, Installation d'appareils frigorifiques [Ann. d'hyg., 1879).

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