LA MORT SUBITE CREZ LES ENFANTS
nion de M. Marfan, le thymus comprime la trachée; cette compression donne naissance à un petit spasme auquel l’enfant succombe rapidement.
On trouve, dans ces cas-là, des ecchymoses sous-pleurales, des ecchymoses sur le thymus ; vous voyez de suite combien, en présence de ces phénomènes, il est nécessaire de toujours examiner le thymus d’un enfant mort subitement, afin de ne pas laisser planer sur une personne innocente le soupçon d’un crime.
La coqueluche n’a pas, en général, une bien mauvaise réputation dans le public; cependant, elle peut tuer par broncho-pneumonie et par spasme laryngé. M. Ducastel a réuni en 1872 (1), 10 faits de mort subite dans la coqueluche, survenus avant l'àge de 4 ans (2).
Les polypes de la trachée donnent aussi naissance à des spasmes analogues.
Il peut pénétrer enfin dans la trachée et dans les bronches des débris alimentaires : il faut toujours vous assurer de la liberté de ces conduits, dans vos autopsies médico-légales. Parrot a rapporté plusieurs observations de ce genre : il s’agit presque toujours d’un enfant couché sur le dos, qui digère mal, qui a des régurgitations et qui fait passer dans ses voies respiratoires ce qui aurait du rester dans ses voies digestives.
M. Miquel, d’Amboise, cite, sous ce rapport, un cas bien curieux (3).
Il s’agit d’un enfant de 20 mois, dont le père vient de rentrer de son travail. L'enfant crie et le père, qui est de mauvaise humeur, s’approche du berceau et s’écrie : « Tu ne te tairas donc pas, vilain magot! » L’enfant se tait : il était mort. On a dit qu’il était mort à la suite de l’émotion, de la peur que lui avait causée l’exclamation de son père. C’est là le point de départ, évidemment. Miquel, en pratiquant
(1) Ducastel, De la mort par accès de suffocation dans la coqueluche , Paris, 1872.
(2) Obs. 225.
(3) Obs. 227.
LA MOUT SUBITE
l’autopsie du bébé, trouva la trachée remplie d’aliments. L’enfant, à la suite de l’émotion, a eu une régurgitation, il est mort parce que sa trachée s’est obstruée de débris alimentaires.
D. Congestion pulmonaire. — Une autre cause fréquente de mort subite chez les enfants de 5 à 6 mois, c’est la bronchite. Voilà comment la question se pose dans les cas suspects : Un matin, on trouve l’enlant mort dans son berceau et on accuse la nourrice, la mère, la fille mère surtout, d’avoir étouffé l’enfant en le comprimant avec son bras : l’autopsie est ordonnée; voilà les résultats qu’elle donne :
Vous savez que, dans ce qu’on appelle la bronchite capillaire ou le catarrhe suffocant des enfants de Laennec, il se forme par moments des congestions pulmonaires intenses qui mettent la vie de l’enfant en péril pendant quelques heures (1). Quand l’enfant est robuste et qu’il a passé 7 à 8 mois, il est rare qu’il succombe à la première poussée congestive. Mais quand il n’a pas plus de un à six mois, il peut mourir à la première congestion et on trouve alors, à l’autopsie, les taches sous-pleurales de Tardieu (2), de la spume bronchique, dans les bronches, des ecchymoses sous-pleurales. Si l’on examine les poumons, on sent, sous les doigts, des portions de tissu un peu dur, mais mises dans l’eau, ces portions surnagent. Quand vous serez en présence d’un cas pareil, pressez sur ce morceau de poumon que vous avez entre vos doigts; vous verrez sourdre sur la surface de la coupe, de toutes les extrémités des ramifications bronchiques de petites chandelles semblables à du muco-pus : et c’est en effet du muco-pus.
Cette expérience est la seule qui vous permette de reconnaître d’une façon positive l’existence d'une bronchite chez l’enfant nouveau-né ou du premier âge : elle doit toujours être faite quand il y a une accusation de meurtre d’un enfant, elle peut vous aider à sauver une innocente.
(1) Obs. 2’29.
(2) Tardieu, Éludé médico-légale sur l'infanticide , 2e édition, 1880.