‹ La mort et la mort subiteChapitre 5 sur 139 · INHUMATIONS PRÉMATURÉES · texte numérisé non relu

INHUMATIONS PRÉMATURÉES

nion publique. Des pétitions ont été déposées sur le bureau des Chambres, des rapports ont été élaborés à deux reprises différentes, moi-même je suis chargé en ce moment d’en faire un troisième. Cette question, la voici: L’individu, enterré en état de mort apparente, peut-il revivre dans son tombeau? Sauf le cas du Dr Roger, que je vous ai rapporté plus haut, les faits cités ne sont pas très probants. Ce sont les journaux qui les racontent; jamais un médecin n’a été présent; lorsque je lis un fait divers de ce genre dans un journal, je fais ainsi que Bouchut, M. lourdes, M. Armaingaud l’ont fait, une enquête ; j’écris au maire, au médecin des épidémies, je leur demande si les faits sont réels. On me répond ou bien que cette histoire est inconnue dans le pays, ou bien que la personne désignée n’est pas morte et n’a pas été mise en bière.

Cependant je ne pourrais affirmer qu’un individu en état de mort apparente n’ait pu être inhumé. S’il revenait à lui, combien de temps pourrait-il vivre dans son cercueil? Dans une bière ordinaire, en verre, un chien survit de cinq à six heures; mais un chien tient sensiblement moins de place qu’un homme; celui-ci, une fois son cercueil refermé, n’a guère à sa disposition plus de cent litres d’air : il aurait donc la possibilité de respirer pendant 20 minutes. Je ne souhaiterai à personne de passer vingt minutes aussi cruelles.

Ce calcul est basé sur l’activité respiratoire moyenne, chez les personnes dont la nutrition est ralentie comme les hystériques, dont nous avons parlé, la survie pourrait être beaucoup plus longue.

Messieurs,

Etudions maintenant les signes de la mort, ceux qui nous permettront d’éviter les erreurs que je vous ai signalées ; comment peut-on les constater, et qui est chargé d’en faire la constatation?

Je diviserai ces signes en deux catégories : ceux qui se manifestent immédiatement après le décès et ceux qui ne se montrent qu’au bout d’un certain nombre d’heures, tels que la rigidité cadavérique et la putréfaction.

Messieurs, pour affirmer avec certitude la mort dans les premiers moments, tous les auteurs qui se sont occupés de la question ont voulu mettre en lumière un signe pathognomonique; il n’y a pas plus de signe pathognomonique pour déterminer le moment de la mort qu’il n’y en a pour établir le diagnostic de la fièvre typhoïde. De même que pour celleci c’est la réunion des symptômes observés (maux de tète épistaxis, fièvre, diarrhée, taches rosées, etc.) qui assure le diagnostic; de même pour la mort, c’est un ensemble de signes, qui donneront au médecin la certitude absolue, seul il peut en apprécier la valeur.

Voyons quels sont les divers signes que l’on a invoqués tour à tour.

Dans les premières heures, nous n’avons que des signes négatifs, nous assistons à l’abolition des fonctions : Y intelligence est abolie après la mort, mais elle l’est aussi dans une syncope.

L’Insensibilité est générale, elle est complète; mais certaines hystériques, certaines personnes atteintes d’anesthésie générale présentent le même phénomène ; il y a donc là une cause d’erreur, d’autant plus grande que Charcot a démontré

Page 1