RUPTURE DU CŒUR. — LÉSIONS DU MYOCARDE
extrémités. Peau froide. Bruits du cœur toujours sourds, lointains, à peine perceptibles. Un soir elle meurt subitement : il y avait à peine 10 jours qu’elle avait commencé à être souffrante.
Autopsie. — Le péricarde étant ouvert, il en sort du sang pur noir, très fluide. Le cœur est de plus recouvert par un caillot fluide, noirâtre. A la face antérieure du ventricule droit on constate une fissure longitudinale d’une longueur de 1 centimètre. Dégénérescence graisseuse du myocarde. Athérome des artères coronaires. Endocardite ancienne.
15. Mort subite par rupture *du cœur ayant simulé un empoisonnement, forme gastro-intestinale (1). — Gaston D... s’était rendu chez un de ses parents ; arrivé dans la demeure de ce dernier, il se plaignit de malaise, de violentes crampes d’estomac; il eut des nausées, des vomissements; la face était fortement colorée ; les lèvres étaient bleuâtres. Après plusieurs heures d’angoisses, il succomba. On crut à un empoisonnement.
Autopsie juridique. — Le ventre est météorisé. Le péricarde est fortement distendu par un caillot volumineux de sang noir. Le caillot enlevé, on aperçoit à la partie moyenne de la face antérieure du ventricule gauche, une solution de continuité linéaire de 23 millimètres de longueur. Une seconde solution de continuité linéaire de 3 centimètres de longueur et parallèle à la première se montre vers le bord gauche du cœur. Ces solutions de continuité communiquent avec la cavité du ventricule gauche. Le tissu du cœur est ramolli. La paroi du ventricule gauche est plus mince qu’à l’état normal. Il y a dégénérescence graisseuse du cœur. L’estomac contient un liquide huileux brun chocolat, trouble, avec grumeaux blancs nombreux. La muqueuse stomacale présente une injection violacée par plaques. Tout l’intestin grêle, qui offre une injection arborisée rouge violacé, contient une abondante quantité de liquide rouge vineux. La membrane muqueuse de l’intestin grêle est parsemée de plaques rouges vineuses et des phlyctènes de 2 millimètres à 2 centimètres d’étendue se montrent sur la membrane muqueuse des parties inférieures de l’iléon...
En présence des phénomènes morbides qui avaient précédé la mort et des lésions du tube digestif, les vomissements pouvaient être le résultatde l’action d’une substance toxique introduite dans l’estomac, et, par les efforts produits, être la cause occasionnelle de la rupture du cœur. On procéda donc à l’analyse chimique des matières vomies et de celles contenues dans le tube digestif et dans
(1) Dr Prosper Delvaux (de Bruxelle?), Gaz. des hop., 18G1, p. 108.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MGDICO-LÉGALES
les principaux viscères. Cette analyse ne révéla la présence (l’aucune substance loxique.
16. Mort rapide par rupture du cœur simulant un empoisonnement, forme gastro-intestinale (1). — Une femme de 45 ans fut prise subitement une nuit, vers minuit, de nausées et de douleurs violentes do, ns la région précordiale. Face rouge, animée. Pouls naturel . Douleur brûlante occupant la région précordiale. Vomissements : elle vomit quelques substances alimentaires, prises à son souper qui a é Lé très peu copieux, et quelques mucosités épaisses. Puis le pouls devint pétri, misérable, intermittent. Les nausées avec des efforts inutiles pour vomir , ainsi que la douleur brûlante de larégion précordiale subsistèrent jusqu’au matin vers 10 heures, heure à laquelle elle expira en s’entretenant avec les personnes qui l’entouraient.
Autopsie. — Péricarde fortement distendu par de volumineux caillots de sang noir. Le cœur est entouré d’une grande quantité de graisse. Il présente deux ruptures, l’une située vers les 2/3 inférieurs du ventricule gauche, l’autre occupant la partie inférieure de la cloison et faisant ainsi communiquer les 2 ventricules. Le cœurlui-même paraissaitsain. L’origine des gros vaisseaux ducœur et les orifices auriculo-ventriculaires étaient dans l’état naturel.
17. Mort subite par rupture du cœur, type de l’angine de poitrine (2). — Homme de 61 ans, d’une santé excellente, n’ayant jamais souffert de palpitations, ni éprouvé aucun symptôme qui indiquât une affection du cœur... Un jour, à la promenade, il ressentit tout à coup au sternum une douleur très vive qui s’étendit le long des bras jusqu’aux deux mains; la respiration ne fut pas gênée, mais pendant une heure, il éprouva un
sentiment de faiblesse et d’anxiété Le lendemain, seconde
attaque absolument semblable à la première... Le soir du même jour, troisième attaque, qui dura 15 minutes avec douleur plus vive, et demi-syncope. .. Le jour suivant, il meurt subitement.
Autopsie. — Quantité considérable de sérosité et caillots sanguins dans le péricarde... Il existait deux perforations du ventricule gauche... Le tissu du cœur était partout très ramolli et flasque... Près du point où la rupture avait eu lieu, l’épaisseur des parois n’excédait pas celle d’un gros drap.
18. Mort subite par rupture du cœur, type de l'angine de poitrine (3). — Homme de 79 ans, encore robuste. A l’âge de 27 ans,
(1) Roché, Journ. des Conn. méd. chir ., 1845, Tome I, p. 241.
(2) Stepheu, Medico-chirurg. Review , London, octobre 1838, et Arch. gén. de méd., 1838, t. 111, 3e série, p. 4G6.
(3) Danuer,B((£L Soc. anat., 2e série t. I, 1853, p. 201.
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rhumatisme articulaire aigu suivi de (roubles cardiaques... L’auscultation du cœur n’a jamais révélé l’existence d’une lésion organique... Une nuit, il fut pris d’une douleur vive, lancinante, occupant la partie inférieure et latérale gauche du sternum, s’irradiant vers le cou et se propageant dans toute l’étendue du bras gauche. En même temps, dyspnée extrême avec imminence de suffocation. Le jour suivant, douleur constrictive siégeant à la partie inférieure du sternum et à la face interne du bras gauche, sur le trajet du nerf cubital. Pouls petit, inégal, intermittent ; battements du cœur sourds et irréguliers... Le lendemain, le malade se trouve beaucoup mieux, les douleurs ont complètement disparu, mais le soir, au moment de monter dans son lit, le malade pâlit, s’affaisse et meurt sans même pousser un cri.
Autopsie. — Cœur volumineux, mou, flasque. Perforation du ventricule gauche dont les parois sont notablement amincies. Tout autour de la perforation et dans une étendue de plusieurs centimètres, les fibres musculaires sont ramollies, converties en une masse gélatineuse qui présente une coloration jaunâtre. Orifices et valvules sains. La déchirure était plus étendue à l’intérieur du ventricule qu’à l’extérieur.
19. Mort subite par rupture du cœur, type de V angine de poitrine (1). — Homme de 70 ans, n’ayant jamais eu ni palpitations, ni étouffements... Depuis la veille, il éprouvait un sentiment de brûlure inexprimable à la région précordiale, avec oppression et pesanteur dans celte partie : il attribuait sa maladie à la fatigue éprouvée la veille enroulant une brouette, remplie de cailloux, dans un endroit rocailleux. Le pouls était naturel, régulier. La respiration était calme, bien que le malade se plaignît d’étouffer. Le malade accusait un maZaise indicible et un sentiment de courbature générale. L’oppression avec sentiment de brûlure dans la région précordiale persista dans la journée... Vers 4 heures du soir, il se promenait dans sa chambre en s’entretenant tranquillement avec les personnes qui l’entouraient, quand tout à coup il tomba raide mort.
Autopsie. — Dans le péricarde, caillots sanguins noirâtres. Cœur recouvert d’une grande quantité de graisse. Rupture du ventricule gauche. Le cœur lui-même paraissait sain (l’observation a été prise en i 844). De même pour les gros vaisseaux et les valvules. Cependant, quelques concrétions peu étendues occupaient l’aorte à quelques centimètres de son origine.
20. Mort très rapide par rupture du cœur (2). — Le professeur
(1) Roche, Journ. des Conn. méd. chir., 1845, Tome I, p. 241.
(2) Prof. F. Trier, coin, faite à la Société médic. de Copenhague, le 6 oct. 1886, Revue de médecine , Gc année, n° 1.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
Panum, âgé de Gt anspassés, avait joui d’une santé irréprochable jusqu’à il y a environ dix ans, époque où il s’était développé une bronchite chronique accompagnée d’un emphysème pulmonaire avec toux, dyspnée s’exagérant au moindre effort, etc
Le 1er mai 1886, à la suite d’une courte promenade en ville, à peine rentré chez lui, il fut accablé d’une douleur violente de la région précordiale et ressentit soudainement une douleur comme si quelque chose se rompait dans la moitié gauche de la poitrine. Il était alors 7 heures du soir. Pendant les heures suivantes, la douleur augmenta de force. Agitation, anxiété. Le malade était pâle, un peu affaissé, les extrémités froides, mais sans sueur. Pouls petit, fréquenl, irrégulier. Parole libre. Respiration médiocrement accélérée. Panum se promena d’une chambre à l’autre, se déshabilla et se coucha. Les douleurs ne tardèrent pas à se propager à la région sternale et à s’irradier dans l’extrémité supérieure gauche, jusqu’aux doigls. Les tentatives qu’il faisait pour prendre des boissons chaudes, du vin, etc., provoquaient des nausées et des vomissements. Vers minuit, à la suite de deux injections de morphine, les douleurs diminuèrent. Sommeil léger, agité. 11 n’y eut de vomissements qu’après l’ingestion du café matinal. Vers 8 heures du matin, il se sentait mieux, s’exprimait librement et voulait se lever. Le pouls élail assez vigoureux, l’expression améliorée. — Une demi-heure plus tard, on entend un son plaintif. En accourant, on le trouva cyanosé, privé de connaissance, affaissé sur le coussin du lit. En peu de minutes, il expira. La veille au soir, en examinant le cœur, la matité précordiale n’avait pas paru augmentée. Des battements tumultueux et un souffle fort et prolongé furent les seuls phénomènes que l’on constata.
Autopsie. — Péricarde distendu par du sang en partie fluide, en partie coagulé. A la face antérieure du ventricule gauche on voit une fente à peu près rectiligne, parallèle au septum et très proche de lui. Parallèlement et unie à celle-ci par une fente transversale on trouve une autre fente plus courte.
Cœur flasque couvert de graisse dont l’épaisseur, à l’endroit de la rupture, atteint 1 centimètre; amincissement considérable du tissu musculaire.
La tunique intérieure de l’aorte présente de nombreuses plaques d’athérome qui existent aussi dans les parois des deux ar-, lères coronaires. Le rameau vertical est le siège d’un rétrécissement. L’artère ouverte, on remarque un thrombus adhérent à la paroi.
Dégénérescence graisseuse du myocarde. Disparition des stries transversales. Point d’hypertrophie du tissu cellulaire interstitiel;
à plusieurs endroits les fibrilles se trouvent déchirées, éloignées les unes des autres par des extravasations sanguines.
21. Mort subite, symphyse cardiaque (1). — Homme de 56 ans, laboureur, trouvé mort un matin dans un fossé bordant une grande route à 4 kilomètres de son domicile. Cet homme, qui était sorti la veille de chez lui vers les 3 heures après avoir bien diné, pour conduire ses vaches aux champs, était étendu la face contre terre, ses sabots sous chaque bras, et les jambes écartées comme un homme qui se dispose à courir.
Autopsie juridique... — Le péricarde très épaissi est int imement adhérent au cœur dans toute son étendue. — Poche formée par du sang organisé, remplissant l’intérieur du ventricule gauche, de manière à former une sorte de second ventricule uni au premier par des adhérences résistantes. — Cette poche de nouvelle formation contenait environ 60 grammes de sang noir, fluide, dans lequel se trouvait un volumineux caillot de sang obstruant en partie l’aorte à son origine. — Les tissus de la dure-mère et les vaisseaux des méninges sont remplis de sang noir. — Le cerveau et le cervelet présentent une injection marquée.
On apprit que depuis une dizaine d’années, cet homme était essoufflé surtout quand il marchait vite ou qu’il gravissait une montagne: quand il était couché, on entendait battre le cœur à plus d’un demi-mètre de distance : souvent il était obligé alors de se tenir assis sur son lit.
Malgré cette incommodité, il se livrait aux travaux de l’agriculture, il avait bon appétit et paraissait se bien porter.