‹ La mort et la mort subiteChapitre 63 sur 139 · ANGINE DE POITRINE · texte numérisé non relu

ANGINE DE POITRINE

traie et aortique saines. Aorle dilatée dans toute la région de la crosse, athéromes. Le tissu cellulaire périphérique est épaissi. Les artères coronaires sont à peu près normales. Le pneumogastrique droit est complètement accolé et adhérent à un gros ganglion péritrachéen sur lequel il est fixé d’une façon intime. Ce ganglion lymphatique, entouré de tissu cellulaire induré, est absolument transformé à son centre en une masse calcaire. Le pneumogastrique adhère en ce point dans une étendue de 2 centimètres. L’exa men histologique d’un fragment de ce même pneumogastriquepris au niveau du point adhérent, ne permet de reconnaître qu’un épaississement de la gaine de ce nerf; les tubes nerveux sont sains.

Intégrité des deux phréniques, intégrité des deux sympathiques. Y a-t-il eu altération des filets propres du plexus cardiaque? on n’a pu le démontrer.

41. Mort rapide par angine de poitrine dite idiopathique ou essentielle (1). — Homme de 30 ans, petit, sec, nerveux, habituellement bien portant, irascible. A la suite de mauvaises spéculations, son caractère s’était aigri. Un jour, après une scène extrêmement vive, il quitta brusquement sa maison et alla jouer à la paume. On remarqua qu’il jouait avec une grande animation. La partie finie, il se rendit au café et but plusieurs verres de bière, puis il entra dans un restaurant et se fit servir à dîner : Il y avait quelques minutes qu’on lui avait servi le potage, lorsqu’on le vit sortir de la salle à manger et tomber sur le seuil en criant. On le releva aussitôt et on le porta sur un lit; il avait vomi le potage qu’il venait de prendre et il se plaignait d’une douleur excessive dans la poitrine. Face pâle et froide, mains froides. Le malade accusait une douleur horrible à la région sternale. La douleur rayonnait à droite et à gauche jusque sur les épaules et les côtés du cou; elle était continuelle, mais s’exacerbant par moments. Quelques vomissements de liquides muqueux et bilieux. Pouls très faible, très précipité. Battements et bruits du cœur extrêmement affaiblis. La région précordiale ne présentait aucune matité anormale. Pas de dyspnée Le lendemain malin, les exacerba-

tions étaient devenues de plus en plus intenses et le malade avait une peur extrême de mourir. La douleur s’irradiait particulièrement dans l’épaule et le bras droits. La face avait toujours la même pâleur, le pouls la même faiblesse.

En auscultant de nouveau le cœur on perçoit distinctement le bruit de souffle doux qui accompagnait le premier bruit.

(1) Dr Surmay, Union ?néd., 18GG, t. XXXI, 2e série, p. 3L

OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES

S’étant enquis alors des antécédents, on apprit que le malade était assez sujet aux palpitations, que, lorsqu’il était très fatigué ou très contrarié, il s’était souvent plaint d’une douleur au cœur.

Le soir, le malade expirait : il avait jusqu’au dernier soupir gardé toute l’intégrité de son intelligence : subitement il s’était tout d’un bond assis sur son lit en jetant un cri et aussitôt il était retombé mort.

Autopsie. — Les deux cavilés pleurales renfermaient une notable quantité de sérosité sanguinolente. A l’incision des poumons, il s’en écoula une quantité considérable de sang noir dont ils étaient gorgés. De tous les vaisseaux pulmonaires s’écoulait en abondance un liquide semblable. Les quatre cavités du cœur étaient complètement remplies d’un sang noir, en partie liquide et en partie pris en gelée très molle ; il en était de même des gros vaisseaux artériels et veineux qui émergent du cœur ou s’y déversent.

Partout l’endocarde était sain, ainsi que les valvules aortiques, pulmonaires et auriculo-ventriculaires. Les gros vaisseaux ne présentaient aucune incrustation, aucune plaque athéromateuse ; il n’y avait ni ossification, ni induration des artères coronaires.

Le foie était gorgé de sang noir, comme les poumons. La surface péritonéale de l’estomac et des intestins présentait elle-même une assez abondante arborisation.

42. Mort rapide par angine de poitrine symptomatique d’aortite (1). — Homme de 32 ans, robuste, syphilitique. Il ressent depuis un mois dans la poitrine des douleurs vaguessurvenant pendant son travail et accompagnées d’irradiations dans le bras gauche, le coude et les deux derniers doigts de la main gauche. Ces douleurs obligentle malade à s’arrêter quelques instants, puis tout se passe etle travail peut être assez rapidement repris. Jamais de palpitations, ni de dyspnée. Pouls régulier,normal.Poumonsetcœur en parfait état. Un matin, il se plaint de nouveau de gène dans la région précordiale avec quelques légères douleurs dans le bras gauche. Il mange cependant avec assez d’appétit, mais on remarque que pendant le déjeuner, le malade ordinairement coloré, était devenu très pâle... Pendant toute la journée, la gêne respiratoire persiste avec des rémissions alternant avec des exacerbations. Le soir, il dîne sans trop se plaindre... Vers 9 heures, il s’éveille brusquement ; il se plaint d’une vive angoisse, il éprouve une douleur atroce avec sensation d’étouffement dans la région précordiale... Pendant ce temps, il devenait violet et portait cons-

(1) Hucliard et Permel, Progrès médical, 1883, p. 7G5.

NÉOPLASMES DU COEUH.

(animent les mains au-devant de la poitrine, comme pour y arracher un poids insupportable. Cet élat de crise douloureuse se prolongea jusqu’à 11 heures et demie : alors le malade était cyanosé et couché sur le côté; il fit encore trois à quatre profondes inspirations et succomba.

Autopsie. — On remarque la couleur violacée du cadavre ; la face paraît bouffie.

Poumons très congestionnés, laissant écouler un sang très noir à la coupe. Absence d’ecchymoses pleurales et péricardiques.

Il existe sur le trajet de l’aorte, depuis sa naissance jusqu’aux piliers du diaphragme, une injection énorme se traduisant par un lacis vasculaire extrêmement marqué. Dans la gaine de l’artère, il existe aussi des ecchymoses.

A l’intérieur de la crosse de l'aorte, il y a des plaques d’aortite, de consistance fibreuse, dont l’une située, au niveau de l’origine de l’artère carotide primitive gauche, a considérablement rétréci le calibre de cette artère. Cette inflammation de l’aorte a aussi produit un rétrécissement considérable du calibre des artères coronaires. Le cœur (myocarde et valvules) a été trouvé parfaitement sain.

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