‹ La mort et la mort subiteChapitre 8 sur 139 · LH S SIGNES DE LA MOUT. — MOTILITÉ · texte numérisé non relu

LH S SIGNES DE LA MOUT. — MOTILITÉ

soleil, ces objets n’ont donné que des images très vagues. Bien des obstacles s’opposent d’ailleurs à ce que ces résultats expérimentaux entrent jamais dans le domaine de la médecine légale, l’animal, en effet, doit être tué brusquement et sa rétine doit être photographiée immédiatement après la mort. Ces conditions sont difficilement réalisables en médecine légale, et nous ne pouvons admettre contrairement à ce qui s’observe chez les animaux que vingt-quatre ou quarante-huit heures après la mort, on retrouve sur la rétine d’un individu assassiné la reproduction de la dernière scène du drame auquel il a succombé.

Motilité. — L 'immobilité de la mort qu’on a invoquée est un signe classique; on a voulu donner la même valeur à la chute de la mâchoire inférieure qui suit immédiatement le moment de la mort et dont on empêche la production en entourant la tète d’un bandeau jusqu’à ce que la rigidité cadavérique se soit établie. Ce signe n’est pas constant; on peut mourir la bouche fermée dans le tétanos, dans l’empoisonnement parla strychnine, dans l’hystérie.

Un jeune homme vient un jour demander à un pharmacien, dont, heureusement pour lui, on n’a jamais su le nom, de la strychnine pour tuer son chat. Le pharmacien délivre le poison demandé; mais en rentrant chez lui, le jeune homme change d’avis, il ne veut plus tuer son chat. Avant de serrer dans un tiroir le paquet de strychnine que le pharmacien lui a remis, il veut savoir quel goût celte poudre peut avoir; il mouille son doigt, le trempe dans la poudre et le lèche; il meurt au milieu de convulsions atroces, la mâchoire fermée, les biceps et les psoas globuleux et contractés.

Messieurs, quand on meurt, on tombe horizontalement; pas toujours cependant ; les exceptions ont été presque toutes observées sur les champs de bataille; quand la moelle cervicale est atteinte un peu au-dessous du bulbe, l’individu frappé peut conserver sa situation, être en quelque sorte subitement changé en statue, si, au moment où il est frappé, il est en équilibre. Je puis vous citer, comme exemple, ce colonel

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anglais chargeant à Inkermann à la tête de son régiment, le sabre à la main; la tête est emportée par un boulet; il continue néanmoins à charger, fixé sur son cheval qui le ramène au camp avec les restes de son régiment. Le fait fut immédiatement signalé, mais on conservait quelques doutes sur son authenticité, lorsqu’un des médecins militaires qui avaient assisté à la bataille de l’Alma apporta les photographies d’un Turc, tué au moment ou il faisait sa prière et qu’on avait retrouvé, à genoux et les mains jointes, fixé dans la position dans laquelle il fut frappé.

Pendant la guerre de Sécession, un cavalier du Potomak est surpris au moment où il veut monter à cheval; il est atteint par une balle qui entame la moelle cervicale ; il reste debout, immobile dans la position où il a été frappé, un pied dans l’étrier et la main sur la crinière de son cheval qui n’a pas bougé. Il fut photographié dans cette position.

Un soldat français a été retrouvé, pendant la guerre de 1870, assis sur le bord d’un ruisseau, buvant dans son bidon ; ce soldat avait été décapité par un boulet, la mâchoire inférieure désarticulée pendait sur le cou.

Les blessures de la moelle cervicale peuvent donc entraîner une rigidité complète et immédiate du cadavre, et la stabilité de la position qu’occupait le blessé au moment de sa mort.

Le même fait s’est produit à Bazeilles, mais dans des conditions différentes. On a pu photographier un fantassin prussien, en train de tirer, le fusil appuyé sur une barre de fer; ce soldat avait une large blessure au ventre, la moelle n’avait pas été lésée. 11 est mort sans doute par inhibition. C'est le seul exemple de ce genre que je connaisse.

Nous devons recueillir tous ces faits, car ils peuvent avoir leurs applications en médecine légale.

On trouve dans les auteurs anciens, qu’un individu meurt parfois en conservant sur son visage l’impression des sentiments qu’il a éprouvés au moment de sa mort. Fodéré a été plus loin. Il a voulu différencier le suicide et l’assassinat en se basant sur cette constatation. J’ai souvent voulu vérifier le

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fait, messieurs; je n’ai jamais pu constater rien de semblable, ni à la Morgue, ni ailleurs. Il y a probablement dans ce cas des phénomènes psychiques, qui sont du fait du médecin et non pas du fait de la victime. Cela est surtout vrai quand il y a un transport de justice; grâce aux circonstances, au milieu, au bouleversement du mobilier, au sang répandu, à l’altitude de la victime, il se dégage une impression singulière qui influe sur l’esprit du médecin.

Je vous ai parlé de l’affaire Pranzini (1). Lorsque je me trouvai en présence des victimes, il me semblait que le visage de Marie Régnault reflétait une expression d’horreur indicible : elle avait simplement les yeux ouverts et leur fixité était impressionnante.

11 faut vous méfier, messieurs, quand vous serez appelés à procéder à des constatations médico-légales, de celte impression première. Faites, en ce cas, prendre des épreuves photographiques de la victime, car seule la photographie peut faire partager aux magistrats, aux jurés, l’opinion que vous avez et vous permettre de l’apprécier vous-même avec sang-froid. Aujourd’hui la photographie est devenue un art banal, faites-vous, autant que vous le pourrez, accompagner par un photographe dans vos transports; une photographie donne, mieux que toutes les descriptions techniques, l’image exacte d’une blessure.

L’immobilité musculaire s’accompagne du relâchement des sphincters. La contractilité musculaire subsiste encore pendant quelque temps, puis elle disparaît et ne peut plus être ‘ réveillée même par l’électricité. Lorsque Ruhmkorff eut inventé sa bobine, on crut qu’elle pourrait servir à donner un signe certain de la mort; des pétitions affluèrent au Sénat pour demander que des expériences fussent instituées; on alla jusqu’à demander que les prêtres eussent une bobine de Ruhmkorff à l’église et, qu’avant de procéder aux dernières cérémonies, ils missent à l’épreuve la contractilité musculaire des défunts. Ces expériences auraient de sérieux incon-

(I) Voy. p. 3.

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