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Pour arriver au degré de civilisation qu'elle a atteint, l'Humanité a eu à combattre une multitude d'obstacles qui s'opposaient à son évolution. A tout prix il fallait qu'elle en triomphât, sous peine d'être vaincue par eux.
Les éléments d'abord, puis les différents êtres qui occupent notre globe, et l'organisme humain lui-même, tels sont les adversaires qui se sont constamment employés à entraver le développement de notre espèce. Si l'homme a appris à satisfaire ses besoins ; s'il a acquis des connaissances et groupé des idées; s'il a peuplé la Terre ; s'il a constitué des sociétés et créé des civilisations ; s'il a inventé des instruments et des machines pour faciliter le travail, pour le perfectionner, pour accroître ses relations, pour les étendre, les rendre plus rapides et moins difficiles : c'est à an labeur incessant, c'est à une lutte soutenue non-seulement contre le monde extérieur, mais encore contre lui-même, qu'il est redevable de ces résultats.
Il lui a fallu lutter contre sa propre personne pour élever ses sens, pour faire usage de ses organes, pour dominer ses instincts, pour diriger sa raison. 11 lui a fallu lutter contre les individus de son espèce pour parvenir à s'établir dans chaque pays, pour défendre ses
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progrès contre ceux dont la civilisation était moins avancée que la sienne, pour les faire agréer par ceux qui étaient réfractaires. 11 lui a fallu lutter contre le reste des êtres qui peuplent le globe pour se procurer la nourriture , un abri et la sécurité de sa personne. 11 lui a fallu lutter enfin contre ce que les anciens appelaient les quatre éléments, c'est-à-dire contre la Terre, contre l'Eau, contre l'Air et contre le Feu, et c'est à ces combats journaliers, récompensés par une succession de victoires, que l'Homme a dû ce qu'il est actuellement, et qu'il devra dans l'avenir un état plus parfait et la grandeur vers lesquels le pousse incessamment son activité.
La synthèse des contrariétés subies par l'Homme dans cette lutte est tout entière contenue dans ces deux abstractions : la mort et le mal.
La mort est le terme de l'individu dans son combat pour l'existence ; le mal est la négation ou la limite du bien-être matériel ou du bien moral. C'est en faisant l'historique de ces deux négations, c'est en parcourant la série des faits auxquels elles se rapportent, c'est en un mot en suivant leur évolution que nous les verrons décroître progressivement, bien que par oscillations, en raison directe de l'accroissement continu de la vie et de la Justice parmi les hommes. En même temps que nous observerons ce décroissement, nous remarquerons aussi combien l'idée que l'on a eue de ces négations a changé de signification suivant les différents âges, qui leur ont attribué chacun des origines diverses et les ont rapportées à des événements distincts. A l'aide d'une philosophie qui s'appuie sur les résultats de la science, nous démontrerons qu'elles ne correspondent qu'à des rapports purement naturels et nous
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dégagerons ce qu'on leur oppose de réel selon le critérium positif.
Dans son évolution historique, l'Homme a eu trois manières de concevoir les faits. La philosophie positive s'est inspirée de ces conceptions pour diviser l'histoire en trois périodes, qui sont : \sl période théologique, la période métaphysique et la période positive.
Dans la période théologique ou mythologique, toutes les forces de la Nature, tous ses rapports prenaient un corps dans l'esprit humain, de sorte que toutes les idées se formulaient au moyen de symboles et de personnifications. Dans cette période — nécessaire du reste pour l'éclosion des suivantes, comme l'enfance dans l'individu est nécessaire pour arriver à l'âge viril — clans cette période, ces deux négations suprêmes sont considérées, de même que les autres phénomènes naturels, comme résultant de la volonté d'êtres extérieurs et supérieurs à l'homme.
Toutes les théologies ont considéré le mal comme étant le produit d'un ou de plusieurs êtres surnaturels, et la mort comme le résultat d'une volonté divine, fatale ou providentielle.
Dans la période métaphysique , période de pure transition, on cloute, on cherche, on discute; les personnifications perdent leur corps et se rangent, sortes de fantômes impalpables, dans la catégorie des entités immatérielles ; mais les raisonnements se basent encore sur les à priori de la théologie,
Enfin, dans la troisième période, dans la période positive, ou, comme l'appellent les philosophes allemands modernes, dans Y ère du réalisme, la raison médite, non plus sur les principes théologiques, mais sur des données fournies par l'expérience. Les sciences se
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forment, elles classent et ordonnent les faits, d'où elles induisent des lois; et c'est la comparaison de ces séries de données, c'est la comparaison entre elles de toutes les lois particulières à chaque science qui engendre la véritable philosophie.
Si la véritable philosophie est issue de l'étude comparative des sciences, c'est parce qu'on ne peut philosopher avec profit que sur des matières que l'on connaît et que l'on possède. Philosopher sur ce qui n'est pas connu ou sur ce qui ne le sera jamais, c'est une sorte de stérilité intellectuelle qui ne saurait aboutir qu'à une ontologie chimérique. C'est en raison directe de la détermination des lois de la Nature, c'est en raison de la généralisation de ces lois et de leur application qu'a progressé l'espèce humaine. Le degré de bien-être moral et matériel qu'atteint l'Homme dépend toujours de l'empire qu'il exerce sur la Nature, dont, bien entendu, il forme partie intégrante.
Dans la période théologique, les actions et les réactions qui se succèdent dans l'Univers étaient adorées comme les manifestations d'un ou de plusieurs êtres divins; l'Homme n'avait point de puissance sur elles. Souvent même l'investigation ne lui était pas permise. Les théocraties faisaient bonne garde, car vouloir empêcher le fonctionnement de la Fatalité aurait été un sacrilège.
Après la période de doute et de lutte, après la période des argumentations pivotant autour de l'Absolu, après l'échec de toutes les tentatives de spéculation pure, l'esprit humain s'attache à l'étude de tous les phénomènes qui tombent sous les sens, il se désintéresse de toute opinion préalable, et le succès récompense si bien ses calculs et ses recherches qu'il semble que
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l'Homme va dominer complètement la Nature. Il portait en lui-même le principal obstacle qui s'opposait à ses triomphes. C'était une conception erronée de l'Univers qu'il avait puisée dans une méthode qui le menait à contre-sens.
A partir de cette époque, l'esprit humain ne recherche plus la série d'êtres hypothétiques, supérieurs et éternels, cachés derrière les phénomènes dont un jour il les avait crus la cause; il observe la série des organismes qui s'élève du minéral à l'Homme, ainsi que la série d'actions qui lui est parallèle, depuis la simple action moléculaire jusqu'à la volonté intelligemment consciente du savant. 11 ne confond plus déjà le mouvement d'attraction minérale avec la simple contraclilité des organismes primaires, ni avec l'irritation nerveuse, confusément consciente, d'êtres plus compliqués, ni avec la volonté réfléchie d'êtres plus parfaits. Ce qui, un jour, lui était apparu comme l'effet de volontés surnaturelles, ne lui apparaît plus à cette heure que comme de simples mouvements, des résultais physiques qu'il est en son pouvoir de modifier. La science lui a démontré que la volonté n'existe qu'avec l'organisation, et déjà, sans superstition, il a osé attaquer ce qu'il croyait invincible.
Alors l'Absolu est éliminé de toutes les spéculations humaines. L'Homme n'étudie plus que les rapports des choses et il abandonne les questions d'origine et de fin. La connaissance seule des phénomènes lui est possible, et, qui plus est, lui est profitable. L'Infini, l'Eternité ne sont pas de son ressort. La seule prétention d'introduire ces facteurs dans une question quelconque en rend la solution impossible L'Homme ne pourra jamais dire d'où est sorti l'Univers, il ne pourra ja-