DIABLE
Constantin avait embrassé la religion nouvelle; le projet de Julien l'Apostat avait échoué ; les philosophes, accusés d'avoir évoqué les génies infernaux et de les avoir consultés sur le terme du règne de Valens, avaient été égorgés par l'ordre de cet empereur (1); la bibliothèque d'Alexandrie avait été mise en feu à l'instigation de Théophile, et le Sérapéon détruit d'après une loi de Théodose. Jésus-Christ régnait sans partage dans l'empire. Désormais, l'Olympe est désert; ses dieux ont péri. Mais les dieux des prairies, ceux des forêts, qui s'abritent sous les verts rameaux; ceux
(1) Tous les philosophes renommés furent persécutés, ainsi que tous les littérateurs illustres. Iamblichus fut poursuivi si cruellement, qu'il finit par s'empoisonner. Le nom seul de philosophe suffisait pour donner lieu aux persécutions. Ceux qui les fréquentaient étaient parfois tourmentés par ce fait, et les gens effarés brûlaient les livres, car le livre même était un instrument propre à fournir la matière d'un procès. D'aucuns renoncèrent à porter des manteaux à franges, de peur qu'on ne les prit pour des mages. Voir Zosime, liv. IV, chap. xiv; Zonaras, Annales, liv. XIII, chap. xvi,p. 32 et 33; Sozomène, liv. VI, chap. xxxv.
Ce ne furent pas seulement les philosophes, les persécutés depuis le coup d'Etat de Nicée, ce furent encore tous les chrétiens dissidents, qui protestaient en affirmant que le Christ n'était pas Jésus, qu'il était seulement une émanation, un écoulement du Dieu Âgathos. Le parti judaïque célibataire triomphateur mit à mort, les dissidents; les pauliciens furent tués, les eunomiens déportés, les gnostiques égorgés, saint Chrysostome et saint Athanase chassés de leurs villes. Les évèques impériaux étaient au-dessus des lois; ils interpolèrent tout ce qui pouvait contredire le symbole de Nicée ; ce qui n'était pas remaniable fut jeté aux flammes.