LA VOLONTÉ ET LA MÉMOIRE
Appendice de la page 238. — « Le groupe supérieur de ces fonctions, des fonctions intellectuelles et affectives plus ou moins simples, plus ou moins élevées, comme les facultés de sentir et d'avoir conscience de se rappeler, de penser, de vouloir et d'agir... »
Au fond, la volonté n'est qu'une résultante des phénomènes de l'idéation. Elle consiste en la transformation d'un phénomène ou d'une série de phénomènes de mouvement idéal ou représentatif en phénomènes de mouvement réel, c'est-à-dire en actes. Quand un phénomène d'impression plus ou moins complexe produit une série de phénomènes représentatifs, il s'ensuit un conflit, une lutte entre cette série et d'autres séries qui se produisent en
même temps par des impressions acquises, reproduites en vertu d'une association avec l'impression qui produit la première série. C'est la série la plus énergique, la plus puissante, qui sort triomphante de cette lutte. Et c'est de ce triomphe que dérive la volition, quand la série triomphante tend à se transformer en acte. C'est le commandement impératif du vainqueur.
La différence entre les actions réflexes et la volonté consiste en ce que, dans la volonté, il existe toujours le précédent de sa représentation dans la conscience cérébrale, tandis que, dans les actions réflexes, le phénomène d'activité se produit sans l'intervention de la conscience cérébrale. Il faut remarquer que nous disons cérébrale, car il doit y avoir aussi une conscience, confuse, inférieure si l'on veut, dans les ganglions du grand sympathique, et surtout dans les diverses parties de la moelle épinière. Les équivalences morphologiques du cerveau et de la moelle épinière impliquent, logiquement, des équivalences physiologiques. Il y a par suite divers degrés de conscience correspondant aux divers degrés d'organisation.
Quelque chose d'analogue est ce qui se passe avec la mémoire. Elle n'est qu'une propriété de la substance organisée; c'est la tendance que cette substance a à lareproduction d'un mouvement reçu ou d'un état subi. Il y a divers degrés de mémoire, selon les divers degrés d'organisation. Les effets permanents de certains virus, la reproduction de certains états pathologiques des tissus, ne sont qu'un cas rudimentaire de mémoire organique ; la guérison de certaines maladies sans aucun médicament n'est que la tendance à fonctionnner qu'ont les organes, pareillement à la manière dont ils fonctionnaient avant l'état pathologique, c'est-à-dire encore une sorte de mémoire. L'instinct n'est aussi, en dernier résultat, que la mémoire héréditaire, la tendance à reproduire les actes de ses ancêtres sans en avoir une conscience claire.