‹ La mort et le diableChapitre 25 sur 56 · DU SENS AUQUEL NOUS EMPLOYONS LE MOT « CONSCIENCE » DANS LA MORALE · texte numérisé non relu

DU SENS AUQUEL NOUS EMPLOYONS LE MOT « CONSCIENCE » DANS LA MORALE

Appendice aux pages 294 à 298.

Nous employons le mot conscience au sens de degré le plus intelligent de la conscience actuelle, c'est-à-dire comme conscience de la justice. Comme il n'y a aucun état de conscience qui soit complètement dépourvu d'élément intellectuel, la conscience suppose

déjà par elle-même un état supérieur ou inférieur d'intelligence. Quand on prend la conscience sans tenir compte de l'élément intellectuel, on ne fait qu'asservir l'élément de jugement à l'élément de sensibilité. Gomme la conscience ne peut être dépourvue de tout élément intellectuel, il arrive que, lorsqu'on ne fait pas dominer celui-ci, c'est un état imparfait ou rudimentaire de l'intelligence qui devient prépondérant. C'est pourquoi, si l'on n'ajoute pas la justice à la conscience, celle-ci ne sert pas à produire la morale. Une série d'antécédents et de conséquents, posée d'avance, peut conduire à des pratiques immorales en parfaite conformité avec la conscience, comme nous l'avons dit à la page 747. Au contraire, tout acte qui s'opposera aux antécédents et aux conséquents préalablement acceptés, produira, dans l'individu, un état de conscience douloureux qu'on appelle remords , quoique cet acte ne soit pas mauvais. Un catholique qui ne fait pas ce que lui prescrit l'Eglise éprouve du remords ; de même, un bon musulman qui mange du porc. Ces actes, transgressant en effet la loi particulière de la conscience de chacun, produisent le remords, sans qu'ils soient pourtant immoraux. La conscience ne peut servir de base à la morale qu'en tant que sa loi est l'idée de justice. Que la faculté de sensibilité soit subordonnée à la faculté supérieure de l'intelligence, à la détermination d'équivalences et de différences, c'est la condition qui rendra la morale posssible.

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