X.wiii LETTRE DE M. EITTRÉ
culture. Les folles terreurs disparaissent; les nécessités s'acceptent avec résignation; et un travail incessant qui occupe, en les dirigeant, toutes nos forces morales et intellectuelles, diminue les difficultés et les souffrances de notre existence. C'est là l'œuvre de la civilisation.
La mort et le mal ont été personnifiés sous la forme de deux génies formidables, Tune appartenant plus particulièrement à l'antiquité païenne, l'autre étant plus spécial à l'époque intermédiaire du moyen âge, dont il forme, on peut le dire, un des traits essentiels. Rechercher l'origine et le caractère des conceptions théologiques, afin de montrer qu'elles ont été des degrés nécessaires de l'évolution totale, est un des services considérables de laphilosophie positive, llne telle vérification est à double fin et effectue deux objets : d'un coté, elle nous défend contre la réaction du passé, en indiquant la source naturelle non miraculeuse, historique etnon providentielle, humaine et non divine, des établissements théologiques; d'autre côté, elle nous défend contre l'absolu révolutionnaire, qui anathématise le passé religieux de l'humanité et qui, brisant par là le lien de filiation, fuit la raison de l'histoire et devient singulièrement dangereux.
Il était impossible que les anciens hommes, quand leurs réflexions se fixèrent sur le phénomène de la mort, comprissent dans son rôle cette usure des organes, qui amène la dissolution de la substance vivante. Aussi, transformant un fait naturel, qu'ils n'entendaient pas, en un fait surnaturel qu'ils croyaient entendre, chargèrent-ils de la fonction un être redoutable qui moissonnait régulièrement les générations humaines. Dès lors tout s'explique, le mythe grandiose