‹ La mort et les morts d'après saint AugustinChapitre 14 sur 33 · LE PÉCHÉ ORIGINEL ET LA MORT DE L'AME · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ ORIGINEL ET LA MORT DE L'AME

seul point de vue spirituel — à précipiter le genre humain tout entier d'abord dans les profondeurs du péché originel ou de la première mort, puis dans les abîmes sans fond de l'enfer ou de la seconde mort. Et si un tel désastre a été conjuré en grande partie, l'homme en est redevable à l'intervention gratuite du Verbe incarné.

Rien ne prouve mieux l'étendue sans limite de l'action destructrice du péché d'Adam que son opposition avec l'activité bienfaisante de Jésus-Christ. Pour que cette opposition, sur laquelle repose, l'on peut dire, la théologie de saint Paul, soit exacte, il faut que la mort causée par le premier homme corresponde à la vie qui nous est méritée par les souffrances et la mort de l'homme nouveau.

La doctrine augustinienne sur les suites de la désobéissance primitive est clairement résumée dans ce passage d'un sermon prononcé à l'occasion des fêtes de Pâques (i) : « Cherchons d'où vient la mort, quelle est son origine. Le père de la mort, c'est le péché. Si le péché n'eût jamais existé, personne n'eût été assujetti à la mort. L'homme reçut de Dieu, lors de sa création, une loi, c'est-à-dire un commandement. S'il l'observait fidèlement, il devait toujours vivre ; s'il le transgressait, il devait mourir. En refusant de croire qu'il mourrait en cas de révolte contre la volonté divine, il posa luimême le principe de sa mort, et constata par sa propre expérience la vérité des menaces du Seigneur. C'est de là que nous sont venus la mort, la mortaUté, le travail,

(i) Sermo ccxxxi, 2.

la misère, et, après cette première mort, une seconde, c'est-à-dire, après celle du temps, celle de l'éternité. Tout homme naît assujetti à cette dure condition de la mort et à ces lois tyranniques de l'enfer, à l'exception de Celui qui s'est fait homme pour sauver les hommes de la mort. »

Cet aperçu de la grandeur, sinon de l'infinité, des peines infligées par Dieu au coupable du paradis terrestre et à sa descendance nous jette dans la stupeur. Quoi! un seul instant de révolte est puni d'un supplice éternel, un plaisir rapide est suivi d'un malheur sans fin 1 N'y a-t-il pas disproportion évidente entre la faute et le châtiment?

Ces plaintes contre la Providence, qui attristaient saint Augustin en son temps, nous affligent aujourd'hui. Le dogme du péché originel, et les vérités religieuses qu'il conditionne, demeurent pour beaucoup d'esprits un de leurs grands griefs contre le christianisme. A l'exemple des disciples de Manès et de Pelage, ils traitent le Dieu de l'enfer de Divinité cruelle et barbare, indigne d'une civilisation avancée. Ils acceptent la mort du corps, puisqu'elle est un fait patent, celle de l'âme par le péché, puisqu'elle peut n'être que transitoire. Quant à la seconde mort, à l'éternelle, ils la rejettent avec horreur, comme un épouvantait moral tout au plus bon pour des sauvages. N'avons-nous pas entendu dire à ceux dont je parle : Que l'Église retranche de son Credo l'éternité des peines, et nous croirons à sa parole ?

Ces blasphémateurs, conscients ou inconscients, ne se rendent pas compte qu'en réduisant la justice de

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