‹ La mort et les morts d'après saint AugustinChapitre 18 sur 33 · III · texte numérisé non relu

III

colère, l'autre, des enfants de miséricorde; par l'une, les hommes sont donc esclaves du péché originel, et par l'autre, ils sont affranchis des liens de tout péché. »

Saint Augustin complète son enseignement sur la nécessité du baptême par un paragraphe sur les effets régénérateurs produits par le martyre et la véritable conversion du cœur chez les personnes qui se trouvent dans l'impossibilité de recevoir l'eau baptismale (i). 11 s'appuie pour le prouver sur la parole de Notre-Seigneur au bon larron qui meurt à ses côtés (2) : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui même tu seras avec moi dans le paradis, »

Ces exceptions, loin d'infirmer la thèse soutenue par le Docteur, la confirment. La conversion du cœur, si parfaite soit-elle, ne dispense pas, en effet, par ellemême, de l'obligation d'être baptisé. Augustin en donne une preuve convaincante dans le cas de Corneille et de ses amis, rapporté par les Actes des Apôtres. Cet olhcier romain et ses compagnons, bien qu'ayant reçu l'Esprit-Saint qui se manifeste en eux par le don des langues, reçoivent le sacrement de la régénération spirituelle. Ce fait le démontre — observe justement saint Augustin : — personne, quelque progrès intérieur qu'il ait fait, si haut se fùt-il élevé, avant son baptême, vers les choses de l'esprit, ne doit mépriser le sacrement par lequel Dieu opère spirituellement la consécration de l'homme.

A le considérer dans sa matière et dans sa forme.

(i)De haptismo contra Donatistas, IV, aa. (a) Luc, XXIII, ko.

c'est-à-dire dans l'eau naturelle et dans les paroles prononcées par son ministre, le baptême est quelque chose de matériel, un signe visible de la grâce invisible qu'il produit dans l'âme. Vu, non plus du dehors, mais du dedans, il est une naissance à une vie nouvelle, qui, comme toute régénération, comporte nécessairement la cessation de l'état contraire à celui qui commence. Revivre, c'est mourir à la mort. Pour revivre dans son âme, il faut donc mourir à la mort de cette âme ou au péché. Rappelons-nous le principe si souvent répété : De même que l'âme est la vie du corps, de même Dieu est la vie de l'âme. D'où cette conséquence : le Chrétien revit spirituellement quand il retrouve le Dieu dont il était séparé, tout comme la chair revit quand elle est réunie de nouveau à l'esprit qui l'animait avant qu'elle ne devînt un cadavre.

Au berceau de l'homme et au berceau du Chrétien, nous rencontrons la mort : dans le premier cas, pour la maudire, puisqu'elle est la privation de Dieu ; dans le second cas, pour la bénir, puisqu'elle. est la mort de la mort, et qu'avec elle disparaît l'obstacle à la véritable vie.

Ce point doctrinal est mis en lumière par l'évêque d'Hippone (i) à propos de ce texte de saint Paul (2) : « Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort. » En disant nous tous, l'Apôtre n'excepte ni les enfants, ni personne. Quel sens donner à ces mots : être baptisé en la mort de

(i) Contra Julianum, vi, 3.

(3) Rom., VI, 3.

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