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CHAPITRE II

Regain d'actualité du problème de la mort. Pourquoi l'étudier à l'école de saint Augustin?

Bien qu'il soit commun à tous les peuples et à tous les temps, le problème de la mort se pose, suivant les époques, de façons différentes et avec plus ou moins de force. Cette variété de positions vis-à-vis de ce problème essentiellement humain est un des principaux facteurs qui permettent à l'historien de distinguer et de caractériser les diverses civilisations. Il est des siècles où la pensée de la mort est si faible qu'elle paraît inexistante, le nôtre n'est pas de ce nombre. Cette idée, loin de lui être indifférente, l'obsède et le trouble.

Le Moyen Age, malgré ses danses macabres et ses innombrables figurations des fins dernières de l'homme, n'a pas connu cette hantise de la mort dont souffrent tant nos contemporains. En ce plein épanouissement de la foi chrétienne, la tombe n'était alors pour personne ce trou noir, cet abîme d'obscurité qu'elle est pour beaucoup aujourd'hui, La foi en l'immortalité de l'âme et en la résurrection de la chair, de nos jours pri-

vilège d'une élite, était populaire et générale. De plus, le renouveau de notre mortelle nature paraissait proche à ces croyants toujours dans l'attente de la fin du monde. L'emprise si forte de l'angoissant problème sur notre temps tient à des causes multiples qu'il est difficile d'analyser, tant elles sont nombreuses. 11 en est de religieuses, d'historiques et de scientifiques. Les luttes intellectuelles qui se livrent autour des religions en général, et du Christianisme en particulier, remettent à l'ordre du jour la question de notre destinée. Tous les penseurs se la posent : les croyants afin de la connaître plus à fond pour mieux la défendre, et les incrédules afin de la démolir, à coup de nouveaux arguments, dans les âmes demeurées fidèles aux anciens dogmes. Qu'on ne nous objecte pas les sceptiques et les dilettantes : malgré leur désir de ne se mêler en rien à ces discussions pour ne pas sortir du paradis de l'insouciance, force leur est d'y prendre part dans une certaine mesure, tant les combats d'idées, qui se livrent depuis ces dernières années, les circonscrivent et les enserrent. Comment demeurer neutre quand des ennemis se battent sans cesse devant vous, derrière vous et à vos côtes? Pour rester absolument étranger aux débats qui se livrent sur le terrain religieux, il faudrait sortir de ce monde, ou y vivre en aveugle et en sourd. En dehors des publications de toute espèce qui s'occupent directement des diverses croyances peur les consolider ou en saper les bases, combien d'autres y font, à tout propos et hors de propos, des allusions qui peu à peu agissent fatalement sur l'esprit du lecteur dans un sens ou dans un autre!

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Une preuve, entre plusieurs, de l'importance prise de nos jours par les questions religieuses et, de ce fait, par le problème de la mort qui s'y rattache, est leur place de plus en plus large dans la littérature, la philosophie, l'histoire et le groupe des sciences psychologiques. Depuis qu'on a rayé de l'enseignement de nos facultés le cours de théologie, jamais on ne s'est autant occupé de religion.

Des motifs d'ordre historique contribuent à cette hantise de la mort qui est la nôtre. Un trait propre aux civilisations trop avancées est la tendance à faire table rase du passé ou, plus exactement, à vouloir comprendre tout mieux qu'autrefois. Voici que, dans cette tentative au-dessus de ses forces, l'intelligence juge utile de se soustraire à l'orientation religieuse qu'elle a suivie depuis des siècles. Pour voler plus haut vers la lumière, cet oiseau commet la folie de se dépouiller d'une de ses ailes : aussi retombe-t-il lourdement sur le sol, au risque de s'y briser, dès qu'il veut s'en affranchir.

L'abandon de la foi s'accompagne, chez l'homme, d'une de ces contradictions qui lui sont familières, d'une recrudescence de ce besoin de merveilleux, de cette soif de l'inconnaissable dont il a été tourmenté dès son apparition sur la terre. De là proviennent le développement des pratiques superstitieuses et le succès des sciences occultes dont l'objectif est d'éclairer de certaines lueurs le mystère delà mort et de l'au-delà.

Des causes scientilîques n'ont pas été étrangères à l'emprise de plus en plus grande du problème de notre destinée sur la mentalité contemporaine. Les découvertes récentes, dues au merveilleux progrès des sciences

expérimentales, ont permis de saisir certains secrets de notre organisme et de notre physiologie. En déchiffrant quelques énigmes de la vie humaine, en parvenant même à en prolonger la durée moyenne de plusieurs années, les savants, hypnotisés par les résultats acquis, ont pensé un instant qu'ils étaient sur le point de découvrir l'explication suprême de notre existence, et qu'ils allaient enfin pouvoir s'en rendre maîtres, l'arrêter momentanément, la remettre en mouvement, voire même la produire à leur guise. Plusieurs se sont crus de bonne foi appelés à devenir les dispensateurs de la vie et de la mort.

Sans doute le temps a relégué déjà cet espoir dans le domaine des chimères, et les chimistes semblent avoir définitivement renoncé à la fabrication artificielle de la cellule vivante. Il n'en demeure pas moins vrai que les faits dont nous parlons ont eu pour conséquence d'attirer, une fois de plus, l'attention générale sur le problème de la mort.

Dans un ordre d'idées différent, et toujours sur le terrain scientifique, l'essor de l'archéologie, avec sa mise à jour d'innombrables monuments funéraires, avec ses révélations déconcertantes sur l'antique Égygte, a donné, lui aussi, un regain d'actualité au mystère de la destinée humaine.

Ajoutons encore que les échanges d'idées entre les peuples, multipliés par la facilité des moyens de communication, ont produit un résultat semblable. Ces rapprochements internationaux ont apporté nécessairement un alTlux de vie aux questions d'un intérêt mondial, tel que le problème de la mort.

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Voici que depuis deux ans, qui ont semblé, à nous qui les vivons, deux siècles, des événements d'une gravité exceptionnelle et d'un caractère sans précédent font plus que jamais de la mort l'objet de l'attention universelle. L'ennemie du genre humain joue dans la guerre des nations un rôle auprès duquel celui joué dans les guerres précédentes n'est rien. Tout est de nature à étendre son action destructrice par delà ses anciennes limites : le nombre des armées, leurs effectifs si considérables, et surtout la violence inouïe des engins dont les combattants disposent à profusion. Sans insister davantage sur les nouveaux armements, l'on est en droit d'aiïîrmer, de notre temps, qu'il est, jusqu'à cette heure, l'apogée du règne de la mort. C'est dire qu'en aucune circonstance la question de la destinée humaine ne s'est posée d'une façon plus tragique.

A l'exemple des Pères, dont les écrits sur la résurrection future rassuraient les fidèles au sujet des corps des martyrs mangés par les fauves dans les amphithéâtres, des écrivains chrétiens ont répété aux parents et amis des victimes de la guerre les nobles encouragements et les paroles pleines d'espérance de leurs devanciers. L'auteur du présent ouvrage, afin d'atteindre ce but plus sûrement, prend pour guide saint Augustin, nourrissant l'ambition d'initier le lecteur à la doctrine du grand Docteur sur l'angoissant problème de la mort ei: sur nos devoirs envers les âmes des trépassés.

Le chapitre précédent a traité de la nature de cet enseignement, de son ampleur magnifique. Son opportunité dans les circonstances actuelles mérite d'être signalée. Le geste qui nous porte à chercher un refuge

sur le cœur du bon évêque d'Hippone e&t naturel à cause de la ressemblance de notre moment historique avec le sien. Cette similitude n'a pas échappé à l'observation si pénétrante de M. Louis Bertrand, qui la signale en ces termes dans le prologue de son Saint Augustin (i) : a Cette existence, — il s'agit de celle de son héros, — le siècle où elle s'est déroulée nous rappellent notre siècle et nous-mêmes. Le retour de circonstances semblables a amené des situations et des caractères semblables : c'est presque notre portrait. Nous sommes tout près de conclure qu'à l'heure présente, il n'est pas de sujet plus actuel que saint Augustin. »

La destinée de l'évêque d'Hippone, écrit encore cet auteur (2), « se confond avec celle de l'Empire finissant. Il a vu, sinon la disparition totale, du moins l'évanouissement graduel de cette chose admirable que fut l'empire romain, image de l'unilé catholique. Or, nous sommes les débris de l'Empire. D'ordinaire, nous nous détournons avec dédain de ces siècles pitoyables qui subirent les invasions barbares. Pour nous, c'est le Bas- Empire, une époque de honteuse décadence qui ne mérite que nos mépris. Cependant, c'est de ce chaos et de cette abjection que nous sommes sortis. Les guerres de la République romaine nous touchent moins que les brigandages des chefs barbares qui détachèrent notre Gaule de l'Empire et qui, sans le savoir, préparèrent l'avènement delà France... Par sa fidélité à l'Empire, Au-

(i) Louis Bertrand, Saint Augustin, Paris, igiS, p. 6.

(2) Ib., p. 8 et suiv. Voir aussi, pour la ressemblance du temps de saint Augustin avec le nôtre, Louis Bertrand, Les plus belles pages de saint Augustin, Paris, ic)i4, p. 25-a8.

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gustin se manifeste déjà l'un des nôtres, un Latin d'Occitanie. Mais des analogies plus étroites le rapprochent de nous. Son siècle ressemble beaucoup à celui-ci. Pour peu que nous entrions dans la familiarité de ses livres, «eus reconnaissons en lui une âme fraternelle qui a souffert, senti, pensé à peu près comme nous. Il est venu dans un monde finissant, à la veille du grand cataclysme qui allait emporter toute une civilisation : tournant tragique de l'histoire, période troublée et souvent atroce, qui dut être bien dure à vivre pour tous et qui dut paraître désespérée aux esprits les plus fermes. La paix de l'Église n'était pas encore établie, les consciences étaient divisées. On hésitait entre la croyance de hier et la croyance de demain. Augustin fut un de ceux qui eurent le courage de choisir et qui, ayant choisi leur foi, la proclamèrent sans faiblir. Un culte millénaire allait s'éteindre, dépossédé par un culte jeune, à qui l'éternité est promise. Combien d'âmes délicates eurent à souffrir de cette scission, qui les détachait de leurs origines et qui les obligeait, pensaient-elles, à trahir leurs morts avec la religion des ancêtres! Tous les froissements que les sectaires d'aujourd'hui infligent aux âmes croyantes, beaucoup durent les éprouver alors. Les sceptiques souffraient de l'intransigeance des autres. Mais le pire, — comme aujourd'hui, — ce dut être d'assister au débordement de sottises qui, sous le couvert de la philosophie, de la religion ou de la thaumaturgie, prétendaient à la conquête des esprits et des volontés. Dans cette mêlée des doctrines et des hérésies les plus extravagantes, dans cette orgie d'intellectualisme creux, ils eurent la tête solide, ceux qui surent

résister à l'ivresse publique. Au milieu de tous ces gens qui divaguent, Augustin nous apparaît admirable de bon sens.

« Cet intellectuel, ce mystique n'était pas seulement un homme de prière et de méditation. La raison prudente de l'homme d'action et de l'administrateur corrigeait en lui les écarts d'une subtilité dialectique souvent excessive. Comme nous nous en flattons, il avait le sens des réalités, il avait la pratique de la vie et des passions. Comparée à l'expérience d'un Bossuet, combien celle d'un Augustin est plus étendue! Avec cela, une sensibilité frémissante, qui est encore la nôtre, la sensibilité des époques d'extrême culture, où l'abus de la pensée a multiplié les causes de souffrance, en exaspérant le besoin de la volupté : u l'âme antique était rude et vaine. >> Elle était bornée surtout. Celle d'Augustin est tendre et sérieuse, avide de certitudes et de jouissances qui ne trompent point. Elle est vaste et sonore : les moindres ébranlements s'y propagent en vibrations profondes et y rendent le son de l'infini. Augustin, avant sa conversion, a les inquiétudes de nos romantiques, les mélancolies et les tristesses sans cause, les grands élans nostalgiques qui bouleversaient nos pères. Il est très près de nous. )>

Ce parallélisme entre le milieu historique de l'évêque d'Hippone et le nôtre, écrit un an avant l'ouverture des hostilités, a pris depuis la guerre un caractère plus frappant de justesse et un faux air de prophétie. Nous vivons bien, à notre tour, une période troublée et souvent atroce, dure à vivre pour tous; nous sommes venus, nous aussi, à un tournant tragique de l'histoire,

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dans un monde finissant, et non à la veille, mais au milieu d un grand cataclysme qui menace d'emporter tonte une civilisation. L'horrible évidence est telle qu'il est inutile d'insister davantage sur ces constatations. Étudions plutôt, à ce dernier point de vue, le siècle d'Augustin et cette Afrique du Nord théâtre de son incessante activité.

Le grand Docteur a connu, comme nous, la tristesse de l'invasion lors du débarquement et delà marche victorieuse des Vandales d'Espagne sur ce sol africain qui lui était si cher. 11 a éprouvé nos sentiments d'indignation et de dégoût en face de barbaries sans nom. Lui aussi considère avec effroi l'extension croissante de la guerre qui englobe peu à peu tous les pays du monde connu.

Les luttes religieuses qu'il mène avec tant de succès contre les Manichéens, les disciples de Pelage ou de Donat et d'autres hérétiques, ne l'empêchent pas de s'intéresser aux combats à main armée, aux phases si changeantes de ce duel qui met aux prises le vieil Empire romain et les Barbares.

Cette vision des maux de son époque l'émeut profondément. Sa nature loyale et bonne frémit à ce contact avec l'hypocrisie et la méchanceté humaines. Son émotion, dont il modère l'expression avec son habituelle maîtrise de lui-même, apparaît néanmoins dans cette lettre si simple adressée au prêtre Victorien (i) pour l'exhorter à souftVir avec résignation les abominations commises par les Barbares au cours de leurs incur-

(i) Epist. CXI. Lettre écrite au mois de novembre /109.

sions en Italie et en Espagne. x\près avoir salué son correspondant des doux noms de frère et de collègue dans le sacerdoce, Augustin écrit : « Votre lettre a rempli mon âme d'une grande douleur. Vous désirez que j'y réponde longuement. De tels maux demandent plutôt des pleurs abondantes et des gémissements prolongés qu'une longue épître. En effet, le monde entier est sous le coup de telles calamités qu'il n'existe pour ainsi dire aucun lieu sur terre où l'on n'ait à déplorer des excès semblables à ceux dont vous me faites le récit. Naguère encore, nos frères ont été massacrés par les barbares dans ces solitudes d'Egypte, qu'ils avaient choisies comme des lieux sûrs, pour établir leurs monastères loin du bruit et du tumulte du monde. Vous n'ignorez pas aussi, je le suppose, les crimes perpétrés dans les différentes régions des Gaules et de l'Italie. Voici que, des provinces d'Espagne épargnées jusqu'à ce jour, arrivent des nouvelles alarmantes (i). Mais est-il besoin de porter si loin nos regards, alors que dans notre pays d'Hippone, qui n'a pas encore connu les horreurs de l'invasion, les clercs et les circoncellions des Donatistes se livrent à de tels vols et à de tels pillages d'églises, qu'en comparaison de leurs violences celles des barbares nous paraîtraient peut-être plus douces?

« Quelle atrocité plus horrible pourrait inventer un barbare que celle de ces impies qui brûlent les yeux de

(i) L'Espagne, qui jusqu'alors avait échappé aux invasions des barbares, avait vu tout à coup fondre sur elle les Vandales, les Alains, les Suèves, etc. Saint Augustin fait allusion ici à ces invasions.

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nos clercs avec delà chaux et du vinaigre, tandis qu'ils mutilent et déchirent leurs membres par d'hideuses blessures? Ces monstres pillent les maisons et les incendient; ils enlèvent les grains, répandent par terre l'huile et le vin... »

Cette page de saint Augustin nous rappelle les comptes rendus de journaux et de publications officielles, au lendemain de l'invasion de la Belgique et du Nord de la France. Ces pillards et ces incendiaires ne nous sont que trop connus. Les supplices, auxquels la lettre fait allusion, ont été reproduits, sinon ceux-ci, d'autres plus cruels encore.

Le langage, aussi ferme qu'ému, du correspondant de Victorien fait penser à l'émotion pleine de dignité avec laquelle le Cardinal Mercier a soutenu le peuple belge dans son extrême affliction. A l'exemple de révêque d'ïiippone, le vaillant archevêque de Malines ne s'est pas laissé abattre par l'adversité. Quel beau spectacle de les contempler l'un et l'autre, à quinze siècles de distance, puisant dans la foi chrétienne le principe d'un courage et d'une confiance semblables!

Les conseils de patience et de résignation qu'adresse le primat de Belgique à ses compatriotes semblent l'écho d'une magnifique lettre dans laquelle le pasteur de l'église d'Hippone fortifie son peuple contre les malheurs qui l'accablent.

Faisons remarquer, à ce propos, un autre trait de ressemblance du Docteur africain avec les plus vaillants d'entre nous. Tout en sentant très vivement les maux de la guerre au point d'écrire que l'homme qui les supporte ou y songe sans douleur est d'autant plus

misérable qu'il a perdu tout sentiment humain, Augustin, loin de se laisser engourdir par la tristesse réagit le plus qu'il peut contre les misères de son temps. Ses larmes, s'il en verse, sont fécondes en œuvres utiles.

Cette attitude virile a été la nôtre durant la plus épouvantable des guerres : au lieu de nous être laissés tout simplement écraser par la plus irrésistible des avalanches, à force de présence d'esprit et de volonté persévérante nous sommes demeurés debout, alors qu'autour de nous s'amoncellent les ruines, debout afin de voir et d'agir. Si l'activité des hommes n'a jamais été aussi grande pour se détruire qu'à notre époque, il est juste de le reconnaître, elle n'a jamais été aussi grande pour remédier aux maux qu'entraîne cette rage de destruction dont la vieille Europe est atteinte. En même temps que les combattants se multiplient, infirmiers et infirmières volontaires accourent de toutes parts et s'organisent en de véritables armées dans le but de vaincre des ennemies redoutables : les maladies et les blessures.

Pourquoi le taire? nous sommes plus à même, peutêtre, que ne l'étaient les diocésains d'Augustin, de comprendre et de pratiquer les conseils qu'écrivait, de Carthage, l'évêque d"Hippone au clergé et aux fidèles de sa ville épiscopale (i) : a J'ai appris que vous vous étiez relâches de votre sainte coutume d'habiller les pauvres. C'est cependant un acte de miséricorde et de

(i) Epist. CXXII. Lettre écrite en ^lo. Augustin prenait alors une part active au concile de Carthage contre les Donatistes, d'où l'on députa à l'empereur les évèques Florent, Possidius, Presidius et Bénénat.

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charité, auquel je vous ai toujours exhortés quand j'étais parmi vous, et auquel je vous exhorte encore. Il ne faut pas vous laisser abattre et décourager par les tribulations des temps où nous vivons, qui arrivent, comme vous le voyez, telles que les a prédites le Christ, notre Rédempteur, qui ne saurait mentir. Elles ne doivent donc en rien diminuer votre zèle pour les œuvres de miséricorde, mais vous rendre au contraire plus actifs et plus ardents à les accomplir. En effet, de même que ceux qui voient leur maison ébranlée jusque dans ses murs menacer ruine, se hâtent de chercher un abri oii ils soient en sûreté, de même les chrétiens qui, sous le coup de calamités toujours plus grandes, sentent approcher la fin du monde, doivent transporter en toute hâte et sans relâche dans le trésor céleste les biens qu'ils se disposaient à enfouir dans le sol. Ainsi pourront-ils, si quelque catastrophe survient, se réjouir d'avoir échappé à l'effondrement de leur demeure. Et si rien de semblable n'arrive, nous n'aurons pas du moins à nous repentir, en mourant, d'avoir confié nos personnes et nos biens au Seigneur, devant lequel nous étions appelés à comparaître. Aussi, mes frères bien-aimés, que chacun de vous, selon ses ressources et ses forces, fasse ce qu'il a coutume de faire, et même avec plus d'empressement que jamais. Au milieu des malheurs qui pèsent si lourdement sur ce siècle, ayez à cœur de retenir et de goûter cette exhortation de l'Apôtre : Le Seigneur est proche, ne vous inquiétez de rien (i). Puissé-je apprendre que ce n'est pas ma présence, mais les préceptes de Dieu, qui

(i) Phil., lY, 6.

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