JO LA MORT ET LES MORTS
n'est jamais absent, qui vous ont fait remplir les devoirs de charité que vous avez accomplis durant tant d'années, même quand je n'étais pas an milieu de vous ! Que le Seigneur vous garde en paix, et priez pour moi, bien-aimés frères! »
D'après cette lettre, la mentalité d'Augustin est bien la nôtre. Pour lui, comme pour nous, la guerre avec son accompagnement de désastres de toutes sortes, doit être un stimulant pour la charité publique. 11 ne veut pas d'une douleur inactive : plus on est en proie à la souffrance, et plus généreusement faut-il s'adonner aux bonnes œuvres. Les arguments sur lesquels s'appuie sa manière de voir sont irréfutables aux yeux d'un croyant.
Si l'évêque d'Hippone avait à nous écrire, loin de reproduire les reproches qu'il faisait à ses contemporains, au sujet de leur inaction gémissante, il féliciterait la plupart d'entre nous de leur zèle à secourir les victimes de la guerre. 11 applaudirait à cette forme supérieure de la tristesse si conforme à ses propres sentiments.
La conclusion de M. Louis Bertrand vient naturellement sous notre plume : Augustin est bien près de nous. ÎN'est-il pas, en revanche, loin de nous sous d'autres rapports ?
Partageant plus ou moins, avec sa bonté d'âme et sa sensibilité profonde, son courage, son robuste bon sens, sa maîtrise de lui-même en toute circonstance et cet éternel besoin de se dévouer à son prochain qui est le fond de sa nature transformée par la grâce, reflétonsnous ces idées sur la mort et sur l'autre vie?
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Sa foi à l'immortalité de l'âme, à la résurrection de la chair, à la subordination complète de la vie du temps à celle de l'éternité, est-elle la nôtre? Et si le lecteur peut répondre affirmativement, qu'il ne se hâte pas de conclure qu'Augustin est bien près de lui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Quel abîme entre la chaleur de ses convictions religieuses et la tiédeur des nôtres! Il est ce juste, dont parle l'Écriture, qui vit de la foi, alors que nous en vivons si peu. Et pourtant son milieu historique n'était pas plus favorable aux vérités chrétiennes que le nôtre. Le quatrième et le vingtième siècle sont l'un et l'autre caractérisés — Louis Bertrand l'observe — par une orgie d'intellectualisme creux et un débordement de sottises qui, sous le couvert de la philosophie, de la religion ou de la thaumaturgie, prétendent à la conquête des esprits et des volontés (i).
Dans cette mêlée d'idées contradictoires et dans cette floraison de doctrines étranges, Augustin a senti le besoin de se soumettre à une forte discipline intellectuelle et morale. Sous l'impulsion de la grâce divine, il en a choisi une qui avait fait ses preuves, celle du Christ. En même temps qu'il y puisait de quoi étancher sa soif d'infini, il y trouvait aussi de quoi satisfaire son bon sens et son esprit pratique. Cette soumission entière à l'Église a été pour beaucoup dans l'épanouissement de son génie. L'auteur de la Cité de Dieu lui a été redevable de cette sérénité avec laquelle il aborde et discute les questions les phis mystérieuses, plongeant
(i) Louis Bertrand, Saint Augustin, p. lo.
un regard calme dans les profondeurs tumultueuses du cœur humain.
La confiance inébranlable en l'héritière du Christ ici-bas, dans l'infaillibilité de ses décisions et la sagesse de ses commandements, active sa production littéraire, en même temps qu'elle la renforce par l'unité de vues qu'elle lui impose. Sans elle, l'intelligence d'Augustin, ouverte à tout et curieuse de tout, aurait épuisé ses forces dans une course folle à travers mille systèmes philosophiques et théologiques. Sa subtilité dialectique l'aurait entraîné en des discussions stériles, tandis que son besoin d'infini, faute d'aliment capable de le satisfaire, l'aurait poussé vers les sciences occultes.
Cette discipline religieuse, plus indispensable que jamais dans les périodes d'anarchie intellectuelle et de bouleversements sociaux, comme la nôtre, plusieurs d'entre nous en sentent la nécessité, mais n'ont pas le courage de l'accepter pratiquement. Ils cèdent à cette tentation si séduisante pour les esprits supérieurs, de vouloir partager les divagations de leur temps, tout en adhérant aux dogmes du Christianisme : d'où ces vains efTorts pour concilier l'inconciliable, dont nous avons été naguère témoins chez les Modernistes.
L'exemple du converti de Milan le prouve : pour goûter vraiment la Religion, en retirer des fruits utiles, il faut s'y soumettre sans restriction, et de toute son âme, à la suite du fils de Monique. Non seulement il faut être prêt à lui obéir dans les petites et les grandes choses, mais il faut encore l'aimer au point de la mêler si intimement à ses pensées, à ses sentiments, à ses actes, qu'il devienne impossible de vivre sans elle.
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Un des moyens de hâter la réalisation de ce résultat si désirable est d'approfondir la doctrine chrétienne, dont la plupart n'ont qu'une connaissance superficielle. C'est dans ce but qu'à l'école du grand Docteur de l'Occident, nous étudierons, avec quelques détails, le problème de la mort, l'un des plus intéressants et des plus utiles à connaître.
Cette étude sera d'autant plus attachante qu'il s'agit de l'enseignement d'un de ces hommes exceptionnels, chez qui le développement génial de l'intelligence s'est accompli parallèlement à l'épanouissement du cœur, d'un de ces hommes admirables chez qui les facultés intellectuelles sont en équilibre constant avec les facultés morales, en un mot, d'un génie doublé d'un saint»