‹ La mort et les morts d'après saint AugustinChapitre 8 sur 33 · LE PÉCHÉ D'ADAM, CAUSE DE LA MORT · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ D'ADAM, CAUSE DE LA MORT

condamnant aux mines les criminels ordinaires et en punissant du dernier supplice les grands coupables? D'où vient qu'on exalte si magnifiquement les martyrs et qu'on les loue de s'être sacrifiés pour la justice, sinon parce qu'il faut plus de courage pour affronter la mort que la souffrance? Aussi le Seigneur l'a-t-il déclaré : le plus éclatant témoignage d'amour que l'on puisse donner à ses amis est, non de travailler à leur intention, mais de livrer pour eux sa propre vie (i). Si c'est un plus grand dévouement de mourir que de peiner pour ses amis, ne faut-il pas être aveugle pour ne pas voir que le travail est un châtiment moins rigoureux que la mort? »

L'auteur de la Cité de Dieu corrobore sa thèse en combattant l'opinion des néoplatoniciens, aux yeux desquels la séparation de l'âme d'avec le corps, loin d'être un mal, est un bien puisqu'elle délivre l'esprit de sa prison de chair (3).

Le savant Docteur confond ses adversaires avec un argument ad hominem. Il pourrait leur démontrer que ce n'est pas le corps qui est à charge à l'âme, mais le corps corruptible, suivant ce texte de l'Écriture : Le corps corruptible appesantit l'âme (3). En ajoutant cette épithète, l'Esprit-Saint nous fait entendre que ce n'est pas la chair en elle-même qui est un poids pour l'esprit de l'homme, mais cette chair telle que l'a faite le péché, amenant à sa suite le châtiment vengeur.

Au lieu de recourir à ces preuves qui l'entraîneraient

(1) Joan., XV, i3.

(3) De Civitate Dei, XIII, 16.

(3) Sap,, IX, i5.

dans une longue discussion, saint Augustin oppose aux disciples de Platon un témoignage de leur maître en contradiction avec leur doctrine sur la mort. Selon le père de la philosophie grecque, le Dieu souverain, en donnant aux dieux inférieurs des corps naturellement périssables, leur a promis l'immortalité comme une insigne faveur. La mort n'est donc pas un avantage pour l'esprit (i).

L'évêque d'Hippone tire des réflexions précédentes leur conclusion logique. Puisque notre mortalité nous inspire à tous une terreur et une répugnance instinctives, il est impossible qu'elle ait fait partie des caractères innés de notre nature. Nous haïssons la mort et nous la fuyons, donc elle ne nous a pas été donnée pour fm dès l'origine. Quand le Créateur, en créant un être, lui assigne un but, il l'y adapte et le prédispose à l'atteindre.

« La mort de nos amis — écrit saint Augustin (a) — produit en nous une tristesse en quelque sorte naturelle. L'horreur de la mort vient de la nature, non de l'opinion, et la vie de l'homme n'aurait pas eu de fin, si le trépas n'eût été la juste punition de sa faute. Si les animaux eux-mêmes, créés cependant pour mourir, chacun en son temps, fuient la mort et aiment la vie, combien plus l'homme doit-il en avoir l'horreur, lui qui avait été créé pour vivre toujours^ s'il avait voulu vivre sans péché! Aussi, nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment de tristesse quand la mort nous

(i) Cicéron emprunte ces paroles au Timée de Platon, et les cite dans son livre De Universalitate.

(2) Sermones ad popul., serm. clxxii, i.

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