‹ La mort par la décapitationChapitre 16 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

leur esl perçue, que la (ô(e a conscience de l'horrible section qii elle vient de subir.

Celle dernière conclusion paraîl, au premier abord absolument rigoureuse : mais elle est en opposition complote avec c(3 que nous a appris la description des phénomènes consécutifs à la déca])ilalion. D'où vient donc ce désaccord? Nous avons vu qu'il jjc se manifeste pas le plus léger acte volontaire dès que la tôle est séparée du tronc et nous nous trouvons à présent surpris par un raisonnement d'après lequel la vie conscienle devrait persister pendant une minute au moms après la décollalion.

Il suffit d'examiner d'un peu près le mécanisme de 1 asphyxie pour reconnaître que, comme toujours, les laits ont raison et que l'inlerprétalion a tort. L'oblilération des voies respiraloires est en effet suivie d'une asphyxie assez rapide; mais la décapitation amène une asphyxie incomparablement plus brusque. L'animal, auquel on lie la trachée, possède en réserve une certaine quantité d'oxygène dans son sang: avant que la masse de ce dernier passe à l'état asphyxique, il s'écoule donc un certain temps. Après la décapitation, au contraire, la tête se Irouve immédiatement réduite à la petite portion d'oxygène restant dans le sang des vaisseaux cérébraux : ce n'est plus graduellement, c'est instantanément que ce liquide est appauvri en oxygène et surchargé d'acide carbonique. La réserve existant dans la masse totale du sang n'est plus à la disposition de la tête.

Lions la trachée d'un chien: les efforts inspiratoires dans la face vont se manifester pendant quatre ou cinq minutes. Décapitons un chien : ces mêmes efforts dureront deux minutes au plus.

La rapidité de ces deux modes d'asphyxie n'est donc pas comparable: rien, par conséquent, n'autorise à dire que la vie consciente doive persister pendant une minute après la décollation. Si la mort par la décapilalion n'était simplement qu'une mort par

LA TlîtE Al'RÈS LA DÉl'.Al'lTATlON =•>

nM.hvxie il ne s'ensiiiv.-ait pas que la pensée et la volon^ pussent conlinuer pendant un temps appré-

îlai^ est-il bien exact cV assimiler complfctement ces ae ,x rao 1 de mort ? J'ai fait jusqu'ic. la 1™' « P'"^ 'X à l'asphyxie dans le mécanisme de a décolla- Hon Ta montré qn'.à elle sente elle pouvait expliquer ■rstantàXé de là mort cérébrale. Mais n y a-t-d s nt chose? n'existe-t-U pas dans es "ombrei^ organes lésés par la chnte du couteau, dauties alto rations absolument mortelles .'

Pourquoi donc décapiter, puisque à s'en tenir aux conclusions précédeutes, la décollation equivau a la section des artères qui PO''tent le sang à 1 enceph^^^^ en d'autres termes, pourquoi séparer latete du tioi c, puisqu'il suffit de saiguer l'animal pour obtenir les mêmes effets? L'expérience d'Astley Cooper ne moutre-t-elle pas que la ligature des carotides et des vertébrales produit les mêmes convulsions de la lac^ et amène la mort de la têle à peu près dans le même temps que la décapitalion?

11 y a cependant autre chose que 1 hémorragie que l'asphyxie: cette autre chose, c'est la section de la moelle épinière dans la région du cou ; cette autre chose, c'est un l'acteur très important dans la perle de la connaissance et de la volonté .

Quand nous étudierons ce qui se passe dans le tronc au moment où il est séparé de la tête, nous verrons quelle est l'influence de cette section de la moelle cervicale sur la respiration, sur l'activité du cœur, sur l'excitabihté médullaire, sur les mouvements des membres, etc.. : en exposant l'état actuel de la science sur ce sujet, nous verrons que la ques-

CllAl'lTRE PREMIER

lion aé(é fréquemment étudiée. Mais si nous .avons ce qu. se passe du côté du corps, .près celle opTr" lon nous ne connaissons guère les effets qui se mamfeslent du cô(é delà tête.

L'observation clinique a cependant montré depuis onglemps que les lésions de la moelle cervicale son capab es d amener instantanément la mort - les raclures, les luxadons, les traumalismes des veitebres du cou sont quelquefois subitement mortels. Les individus qui succombent à la suite de ces lésions s éteignent bien souvent sans la moindre a-orne sans les moindres convulsions ; leur mort tranquille et calme, diffère complètement de la mort convulsive et agitée qui caractérise l'asphyxie.

La première explication qui se présente cà l'esprit quand on cherche à déterminer le mécanisme de ces phénomènes, c'est qu'il s'agit là d'une lésion de ce nœud vital décrit par Flourens et placé vers la parlie inférieure du bulbe racliidien. Les expériences du savant physiologiste français ont montré qu'il exiMe dans cette région im point limité dont la destruction produit la cessation des actes respiratoires et entrame ainsi rapidement la mort. Dès lors, ne semble-t-il pas logique de penser qu'un choc sur l'occiput, qu'un traumatisme violent delà nuque, qu'une lésion de la moelle cervicale, sont suivis de l'altération de cette, partie si délicate de l'axe nerveux et provoquent ain'îi la mort immédiate de l'individu ?

L'explicalion qui tend à êire admise aujourd'hui dillere cependant du tout au tout de rinlerprélalion que je viens de rapporler. Les recherches de M. Brown-Séquard, en France, celles de plusieurs physiologistes, à l'étranger, ont jeté une vive lumière sur les effets des lésions et des excitations nerveuses. Elles ont monh'é qu'une grande partie de ces etl'els étaient provoqués par un mécanisme analogue à celui qui produit l'arrêt du cœur quand on excite le nerf vague : ehes ont étendu considérablement le

LA TÊïlî APRÈS LA DÉCAPITATION ^3

olnmn des phénomènes d'arrêt ou d:mhibition, EU uel est ce mécanisme? Par quel processus un ..nn i 1 la réoion occipitale, par exemple, peut-il a Jne la pe e de connaissance, Tarrêt de la respiration 1 itîablissement de l'action cardiaque, etc. A quo. ici ;inP h cessation de ces fonctions, la suppression Te l ac iv té de s organes? Elle serait due d'apr s M Brolvn-Séquard, à une irritation partie du lieu de la îésion ou du point de l'excitation. De ce point, cette ir- Sion e rendrait aux cellules nerveuses possédant '"té qui Ya disparaître : ^ sur ces cel-

I de façon à arrêter, à suspendre complètement ouàdiminuernolablementleur activité propre.

Les effets decerlaines lésions nerveuses neseï aient donc pas le résultat d'une altération organique: ils apparaîtraient simplement comme la conséquence d'un trouble dynamique.

Assurément il existe des fonctions indissolublement liées à l'existence et à l'intégrité d un organe. Que cet organe soit détruit et la fonction cesse : on ne comprendrait pas, par exemple, que la vision put persister si l'œil était enlevé. Mais, dans un grand îiombre de cas, d'après M. Brown-Séquard, si une fonction est suspendue, ce n'est pas parce que 1 organe, qui en était soi-disant le siège, est altère ou anéanti. Si le cœur s'arrête brusquement, dans 1 expérience de Weber, c'est par suite de Texcitalion du nerf vac^ue: si une fonction cesse subitement, c est par suite d'une irritation. De même que certaines excitations peuvent être suivies de la mise en activité d'un organe, de même d'autres excitations peuvent eurayeis peuvent inhiber celte activité.

L'irritation d'un organe peut donc aller, à distance, produire un arrêt, une inhibition : l'irritation, une fois disparue, la fonction peut reparaître graduellement, ce qui démontre bien qu'il ne s'agissait pas de la desiruclion de l'organe essentiel.

CUAl'ITHE WiEMIEn

■ P^''""'' ^y^lf^nK^ neveux ne nos Menl pas ]a mémo puissance de produire ïnl^ion : c est dans la moelle allongée it dans son vo s nage que celle puissance alteinl son pins hnu rieJré Voda poni-quo, une irrilalion porlée' en ce po U est capable de provoquer subitement la mort, d'amener la suspension de l'activité cérébrale, de la fo cl ion resp,ratou-e, etc. Si la piqûre de la région déc ,te par Hourens sous e nom de nœud vital, arrêt; instantanément la respiration, ce n'est pas parce ue e çen re resp„-ato„-e est altéré, c'est parce que le'noint k plus puissant, pour faire naître l'inhibition, a é?é

Essayons maintenant d'appliquer ces notions à la determmalion des phénomènes qui se passent au moment où la tête est décollée. La section daa moellë cervicale produit une irritation qui va se rend e a ix eellules nerveuses de l'écorce cérébrale et qi™ à aiTêter, inhiber leur activité. Cette section est, en effet suivie de la perte de connaissance. Les cellules uer-

Innilf „ ^ ^T''"''' *l.l''.,.^<"'™nl aux mouvements volontaiieset ala sensibilité, ont également leur activité suspendue. La puissance des nerls olfactirs, audili s, gustatifs, est arrêtée : le pouvoir réilexe de la partie médullaire de l'encéphale est notablement dinoiiiclri.

, Répéloiis une expérience que l'on réalise tous les jours dans les laboraloires et dans certains abattoirs Soit a travers la peau, soit après dissection des parties superticielles, piquons ou seclionnons la moelle opiniere d un chien au voisinage du bulbe en enfonçant le stylet enire l'occipital et l'allas. Pratiquons immédiatement l'insufflation pulmonaire de façon à éviter 1 asphyxie. Dès que le stylet a atteint la moelle 1 animal présente des mouvements assez énergiques des muscles de la face : puis la tête tombe presque inerte. Cependant les réflexes persistent encore l'at-

LA TÉTE APRÈS LA DÉCAl-lTATION

fnnrhement de la cornée amène le clignement des touchemeni Li« ^ ^.^^^ endormi :

paupières, .^/f^fj^ ^j^^^^^^^^ „e le réveille de sa tor- ^"r'seTv' r d n e^Silles sont fortement con- Séeï r -t ' moitié iec'ouverts par les paup.eres. Bientôt les rénexes eux-mêmes ^^^^^^ '.^^^ pille se dilate, la cornée perd son poli. La tete reste mnrfp sur le tronc qui contmue a vivre. .

rrconse vé ainsi des chiens pendant plusieur he u^s le cœm^ continuant à battre et la tête res an t S ^ sans vie. Même quand dans une atmosphère chaude, 1 activité ra^^^^^^^ reparaît pas. Dans plusieurs cas, aucun bâillement Sratoli^e ne s'est'montré ap-s la sectnm d a moelle • la tête est morte sans manifestei aulie cnose que de petits mouvements spontanés des lèvres ou nue des réflexes assez afîaibhs.

^ Malheureusement, ces expériences de section médullaire ne peuvent guère se réaliser sans amener une hémorragie, sans être accompagnées dun ét anc ement sanguin de la base du cranc : aussi n est-il pas facile de i^connaître si les phénomènes observes sont dus seulement à la lésion, à l'irritation de la moelle l'ensant éviter cette cause d'erreur, .) ai decouvei t la moelle cervicale d'un chien aneslhésié sur une oncrueur de deux centimètres : puis, le lendemain alors que l'animal était un peu remis de son traumatisme, l'ai coupé la moelle en serrant un tîlquej avais lait passer la veille au-dessous d'elle. 11 s'est produit aussitôt une petite hémorragie due à la déchirure des vaisseaux médullaires : mais cette légère perte de sang n aurait pas été suffisante pour amener la torpeur dans laquelle est tombé l'animal. Le collapsus a été toutetois moins complet que dans les expériences de section directe. Le chien semblait suivre, de ses yeux a moitié fermés, les objets qu'on lui présentait ; il faisait de petits clignements quand on approchait le doigt de ses globles oculaires, sans toucher les cils; il tentait

CHAJ'ITJiE J'REMlER

ù'LlTnlin '1"""'' langue

la bettion de la moelle, oiites ces mmirAci^i;^ ava.enl disparu : la (ête élail morle """''^«^'^"«"^

ei plus complet dans celle cxpéi-ience? La raison en es peut-être dans la différence du point où a ai Vwé fade a section médullaire : la moelle élah en elM Iranchee, non pins entre l'occipital el l'at as mais on n.veau de la deuxième rerlèbre cervicale El T

'^'^.Pf"'"'^^ ét'^i' Pi-aliquée sur un an mal ma lade, alTad)!, par l'opération subie la veille

Quelle pari devons-nous donc faire à la seclion de la moelle dans les elîels de la décapilalion ? J'ai essayé de m en rendre compte par l'expérience suivante

Un chien de 15 kil. est aneslliésié par le chlore forme. Pendant son sommeil, on lui l e 1 s a è es vertébrales, avant leur entrée dans le canal osseux pT""' eonsécuti^rà fâ

Scip l. . ■ '■''P''*' la respiralion

a I f.celle, on u. coupe successivement la peau et les muscles du cou, la trachée, l'œsophage les

sautlV léV;-' ''"«.'V°",'? ^''^ P^''"«^ mol/es d^u 'co côt, erill " T"' de chaque

Uimcdes'^ràEd"""'" ^■""'"''■^^

On laisse l'animal se réveiller et on s'assure un peu M tré'r V^' ' "1 î''^^'' ■"«"vements volontaiœs

le tous les cotés des qu'on lui a enlevé son mors; il e dresse pour s'échapper; il répond au sifflement; 1 détourne la tele quand on présente un verre d'eau (levant ses yeux. Si ou lui introduit de force un mor-

îence ^"'"''^ '"^^

Bref, l'animal est complètement réveillé. Alors, on scie transversalement la colonne verlé-

U TÉTE APRÈS lA DÉCAPITATION

brale et on sectionne ainsi rapidement la moelle épi- !;;,t :« niveau de la^l.^o'^'é.e v^^^^^^^^^^^^^^

'•Tl'ni^lTe^cre fltdiate.en. n.ou—

lll^S^d°ïr. ^^j'i^^tlonTStfes '^/p^ u IrsoTouïe L'approc^ de différents objets, le sifflement aux oreiUes ne sont sui.is d'aucune modifi-

'""^^^J^ après la section, la tête

ne nrésente^ne de petits mouvements des paupières et lèvres^ Le réflexe cornéen subsiste toujours^ Le badigeonnas de la langue avec de la coloquinte J;sle saSs effet; mais un morceau de sucre introdmt tos laTouche de l'animal est aussitôt rejeté avec un

^^^feTendant ce temps, la pression artérielle a mS tient baissé : les battements des camt.d s Tout à peine perceptiloles et, comme es artères ycilebraîel sont coupées, la tête ne reçoit plus une suffisante quantité de sang. Aussi, trois minutes après la section de la moelle, voit-on apparaître un piem ei bàillementsuivid'unedilatation des narines. Puis, durant une minute, on constate l'apparition de cmq autres bâillements. Enfin, toute manifestation spontanée dans la tête s'éteint: le réflexe cornéen est aboli, la pupille se dilate, la cornée commence à perdre son

^^L'excitation mécanique du bout encéphalique de la moelle est sans résultat : l'excitation galvanique de ce même segment produit quelques mouvements des muscles de la nuque ; les muscles de la face ne se contractent pas.

L'autopsie du cerveau a montré que cet organe n'était le siège d'aucun épaiicliement : les vaisseaux contenaient du sang mêlé à quelques bulles d air.

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