‹ La mort par la décapitationChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE PRliMirSH · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRliMirSH

ments respiratoires; 4^ arrêt des échanges entre les tissus et le sang.

A vrai dire, je n'ai jamais reiiconiré, dans mes nombreuses expériences sur des chiens décapités, Finhibition complète telle que la constatée M. Brown-Séquard à la suite de la piqûre de la moelle cervicale ou a la suite de l'irritation mécanique du larynx. L'inhibihon est probablement un des éléments qui peuvent intervenir dans la mort par la décollation, surtout en ce qui concerne la suppression de l'activité psychique. Mais, chez les chiens que j'ai soumis à la guillotine, jamais je n'ai observé cette mort sans agonie sans convulsions, qui caractérise la suspension fmmédiate des fonctions et l'arrêt subit des échanges oro-aniques. Toujours, au contraire, j'ai aperçu, dans'^la tête décapitée, ces mouvements qui ont été décrits plus haut et dont il faut maintenant essayer de déterminer l'origine.

Déjà, nous sommes fixés sur la nature de quelques-uns de ces mouvements, sur la valeur des bâillements qui surviennent quelques secondes après la décapitation et qui persistent environ deux minutes. L'opinion de Legallois, qui les regarde comme les représentants des mouvements respiratoires, est tout à fait exacte. La tête de lanimal décapité fait de violents efforts pour respirer : ces efforts sont analogues à ceux d'un animal qui asphyxie.

Il serait sans doute intéressant d'exposer, à propos de ces bâillements, les différentes hypothèses qui ont cours aujourd'hui sur l'existence du centre respiratoire, du nœud vital de Flourens : mais cet examen nous entraînerait beaucoup trop loin. Peu importe d'ailleurs que les mouvements respiratoires puissent persister dans la tête décollée, soit parce que le bulbe rachidien, centre respiratoire, existe encore intact, soit parce que ce même bulbe, siège delà plus grande

LA TÊTE APltÈS LA DÉCAPITATION

puis'^ance inhibitoire, n'a pas 6lé suffisamment m'\ié. Oiielle que soit la théorie acceptée, l'obsei-valion n en démontre pas moins que la lôte décapitée présente de véritables mouvements respiralon-es de la bouche et

des narines. i -i > i

L'interprétation est plus difficile quand il s agitcles mouvements qui se montrent dans la face au moment même où le cou est tranché Ces grimaces, ces convulsions de tous les muscles, ces roulements des veux diffèrent nettement des bâillements décrits plus haut. Nous savons qu'ils ne sont pas volontaires, puisqu'ils se manifestent chez des animaux endormis ; mais nous ne connaissons rien de leur origine.

Pouvons-nous les comparer aux mouvements qui se produisent dans un membre amputé quand on excite le nerf principal de ce membre? Pouvons-nous les regarder comme provoqués par l'excitation directe des nerfs de la face? Non, car la section de la moelle est faite (troisième vertèbre) bien au-dessous de l'origine des fibres du facial, du trijumeau et de l'hypoglosse : ce ne pourrait être, dans ce cas, qu'une excitation à distance, car il n'existe pas de filets de ces nerfs au point où frappe le glaive de la guillotine.

Pouvons-nous les considérer comme des convulsions asphyxiques, analogues à celles qui se produisent au moment où le sang ne peut plus s'oxygéner? Déjà nous savons que la tête se trouve immédiatement dans les conditions de l'asphyxie : il n'y aurait donc rien d'invraisemblable à regarder ces mouvements comme des mouvements asphyxiques.

Mais n'cst-il pas plus exact de les regarder comme le résultat d'une action réflexe dont le point de départ serait dans cette formidalDle excitation de toutes les parties sensibles atteintes par le passage du couteau et abandonnées aussitôt à toutes les causes d'irritation extérieures (action de l'air, action de la température, etc...)? Les nerfs centripètes, dans leurs troncs

1. Paul Loye. Gomplcs rendus de la SocicLc de biologie, 4 juin 1887.

CllAl'ITItE PREMIER

comme dans leurs plus minimes filets, les racines et les foisceaux postérieurs sont violemment excités par la section complète du cou. N'esl-il pas logique de penser que cette terrii)le impression a pu se transmettre à un centre bulbo-prolubérantiel et se réfléchir ensuite sur les fibres du facial, du trijumeau et de l'hypoglosse? Ce qui m'engage à croire que les choses se passent réellement de cette manière, c'est que, faite chez un chien dont la puissance réflexe est abolie par l'action combinée de la morphine, de l'atropine et du chloroforme, la décapitation n'est pas suivie de ces grimaces énergiques de la face.

Nous voilà donc fixés sur la valeur des mouvements qui surviennent dans la tête du chien après la décapitation : les uns sont de simples réflexes, les autres sont des actes respiratoires. Ni les uns, ni les autres ne paraissent être des manifestations de la volonté, de la conscience, de la douleur.

La mort est-elle donc instantanée après la décollation? Non, assurément. Toutes ces grimaces, toutes ces convulsions montrent au contraire que la vie persiste avec une certaine intensité dans les centres nerveux médullaires pendant deux minutes environ. Les derniers actes vitaux des éléments anatomiques disparaissent d'ailleurs beaucoup plus tard. C'est donc une très grosse erreur que de dire que la Vie s'éteint subitement après la séparation de la tête et du corps. Quand nous ferons à 1 homme l'application de ce que ces études expérimentales nous ont appris, nous verrons que toutes les controverses, que toutes les discussions survenues à propos de la guilloline, étaient dues à une erreur et à une confusion. La vie a été confondue avec la conscience, avec le moi. Chaque fois que l'on a vu un muscle se contracter, un visage grimacer, des yeux rouler, on en a conclu que la conscience était conservée, que ces mouvements témoignaient de la douleur ressentie.

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Mais si, précisant mieux la queslion, l'on nous inlermseait sur la persistance de la conscience après la décapitation, nous pourrions alors répondre avec plus de netteté. Nous ne pouvons, dirions-nous, trouver d'autre preuve de conscience chez un animal que dans l'apparition des mouvements volontaires; or, après la décapitation, les mouvements de la face, les convulsions des muscles, les grimaces, surviennent en l'absence de la volonté. Par conséquent les arguments invoqués pour démontrer la persislance de la conscience n'ont aucune valeur : ils prouvent que la vitalité subsiste, ils sont incapables de nous renseigner sur la conservation du moi.

Toutes nos recherches démontrent, au contraire, la perte instantanée de la connaissance. Que la mort survienne par le mécanism'e de l'asphyxie, comme cela a toujours eu Heu dans nos expériences, ou qu'elle arrive par inhibition, le résultat immédiat est le même : c'est l'abolition soudaine des activités psychiques, c'est la mort subite du moi.

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