‹ La mort par la décapitationChapitre 20 sur 59 · lourn. de Brown-Séquard. 18b8, p · texte numérisé non relu

lourn. de Brown-Séquard. 18b8, p

^ CUAPITRE DEUXIÈME

cessation des moiivemeiils respiraLoii-os dos narines, dos Jevres et de la mâchoire inférieure, M. JJrown- ^equard adapte aux quatre troncs artériels delà tôte des canules munies de tubes de caoutchouc ; ces derniers sont en rapport avec un cylindre en cuivre par lequel on injecte à l'aide d'une serin™ du sang chargé d'oxygène. ^ lin deux ou trois minutes, après quelques légères contractions désordonnées, M. Brown-Séquard voit apparaître des mouvements des yeux et des muscles de la face : ces mouvements semblent être dirigés par la volonté. Il prolonge l'expérience un quart d'heure et, durant tout cet intervalle, ces mouvements en apparence volon traire, continuent d'avoir heu. Il cesse r injection et les mouvements disparaissent : ils sont bientôt remplacés par des convulsions des yeux et de la face, par des mouvements respiratoires des narines, des lèvres et des mâchoires et ensuite par les tremblements de l'agonie. La pupille se resserre, puis se dilate, comme dans la mort ordinaire.

Le retour du sang oxygéné a donc fait reparaître des mouvements spontanés dans une tête décapitée qui ne donnait plus signe de vie : elle a même fait renaître des mouvements à apparence volontaire. Cette belle expérience de M. Brown-Séquard réalise admirablement l'idée exprimée autrefois par Legallois

« Si l'on pouvait, disait l'habile expérimentateur, suppléer au cœur par une sorte d'injection et si, en » même temps, on avait, pour fournir h l'injection » d'une manière continue, une provision de sang ar- » tériel, soit naturel, soit fourni artificiellement en » supposant qu'une telle formation soit possible, on ') parviendrait sans peine à entretenir la vie indéfi- » niment dans quelque tronçon que ce soit et parcon- » séquent, après la décapitation, on l'entretiendrait » dans la tôte elle-même, avec toutes les fonctions qui

1. Legallois. Expér. sur le principe de la vie, 1812, p. 13-i.

n,i pprvpau Non seulement on pour- " Œ i. la de celte manière, soil dans la : OU la s toi antre poHioa isolée du corps

"nimal, mais on pou"-! 1 Y ™Pl>e er ajK-e „ snn entière exiinction : on ponrrait la rappeiei ae n n'ê dans le corps entier et opérer par la une resurrèction véritable et dans toute la force de 1 ex- » pression. »

Plusieurs physiologistes ont essayé mais sans le mêm^succès', l répéter l'expérience ^^l ^^^^^^^^

TeChveni, les narines se mirent en contracUon puis enllatation, la bouche s'ouvrit. Mais M. Lussana ne dit pas qu'il ait constaté l'existence de mouvements volontaires: il ne parle que de mouvements spon-

^%tus récemment, dans ses démonstrations à la Faculté de Médecine de Paris, M. Laborde a renouvelé plusieurs fois la même tentative en opérant sur des chiens qu'il décapitait à l'aide d une hachette. Il m a déclaré qu'il avait en effet vu renaître des mouvements spontanés dans la tête, mais qu d hésitait beaucoup à les considérer comme des actes volontaires.

Dans deux notes présentées cette année a 1 Académie des Sciences ^ MM. Hayem etBarrier ont fait connaître les résultats de leurs recherches sur le même sujet. Chez des chiens décti^Mtés au moyen

1 . F. Lussana, la pena di morte per decapitazione, in La Riforma,

^^2!TompteÏ 'rendus de TAcadémie des Sciences, 31 janvier et 14 mars 1887.

'^^ CUAPIÏRE DEUXIÈME

1 1. i T guillotine, ils n'onl jamais

^u leparailre la momdre manifestalion volontaire quand j s attendaient, pour pratiquer l'injection de sang artériel, que la tête ne donnât plus aucun si-ne de vie. Dans ces conditions, ils ont simplement constate 1 existence de contractions fibrillaires dans cerains muscles de la face, de quelques efforts respiraoires, ce quelques réflexes: mais les excitations de la sensibilité générale et de la sensibilité spéciale sont restées sans effet. La tête a semblé profondément endormie. '■

mm'h '^'"^\^[? tout différents quand

MM. Hayem et Barrier, au lieu de pratiquer l'injection de sang artériel au moment où la tête était devenue inerte, ont fait cette opération au moment même où la lete était séparée du tronc. Ils ont disposé l'expérience de façon à ce que la décapitation n'interrompît pas la circulation dans la têle de l'animal: ils ont établi une communication préalable entre les deux carotides du chien destiné h être décapité et Tarière crurale d'un autre chien. Les expérimentateurs ont, dans ce cas, vu les manifestations volontaires persister dans la tête tant que la circulation a été suffisante.

Dans une autre série de recherches, le sang artériel était fourni à la tête décapitée par l'artère fémorale d'un cheval : les dispositions étaient prises comme précédemment, pour que la transfusion fût pratiquée avec la plus grande rapidité. La grande masse du sang du cheval permettait ainsi d'obtenir une irrigation assez prolongée: aussi, en opérant de cette manière, MM. Hayem et Barrier annoncent-ils qu'ils ont pu ressusciter de très remarquables actes volontaires. Ils ont reconnu, en outre, que la possibihlé de ranimer les centres supérieurs de l'encéphale, de faire apparaître des manifestations conscientes et volontaires, cesse entre la onzième et la seizième seconde après la décapitation. Passé cette période, la transfusion

ne .-amène plus que quelques réflexes .et quelques

riefregSt commedes manifestalious de la vo-

^"""a^Nous considérons, disent-ils, comme preuves de » ce fai mportant, la production, pendant la transfusion de mouvements coordonnés complexes d apparence spontanée ou provoqués par l' excitation de » L sensibiUté générale et des sens spéc.aux Nous » rangerons, parmi les manifestations de cet or-

" Les mouvements des globes ^^^^^^'^^^^^^^^^^

« orbites, mouvements spontanés «^J^^^f^^

» l'approche d'une lumière vive, soit par 1 appel de

" !f Le'Lubresauts de toute la tête produits par

des contractions des muscles cervicaux sous lin- » fluence de la douleur ou de la crainte; ^

„ Les déplacements d'ensemble dus aux mêmes „ muscles, portant l'extrémité de la tête alternative- » vement à droite et à gauche, comme pour luir ;

» Les contractions mimées des muscles faciaux . donnant au regard et à la physionomie une expres- » sion particulière de soutTrance et d etlroi;

» Les efforts de lappement notés parfois quand on .) approche une ccuelle d'eau près de la gueu e ;

» Le redressement des oreilles à 1 appel de la

» voix; ' 1

» L'action de croquer ou de rejeter un morceau de » sucre introduit dans la gueule;

» Les efforts de la langue, soit pour se debarras- » ser d'une substance amère mise en contact avec V elle, soitpourlécher le museau; ^ » Enfin, peut-être aussi, la possilidité démettre, )> dans certains cas, des cris plaintifs quand on lait w passer à travers la glotte un courant d'air par le » tronçon de trachée attenant au larynx. »

'^^ CliAI'ITHE DEIJXIRMI':

Devons-nous véritablement voir, dans tous ces mouvements analysés par MM. Hayem et Barrier des témoignages d'une résurreclion de la conscience et une reapparition de la volonté? '

J'ai fait moi-même de nombreuses expériences de transfusion dans des têtes de chiens décapités; mais, je 1 avoue très humblement, je n'ai jamais vu reparaître de manifeslations franchement volontaires A la vérité, je n'ai pratiqué la transfusion que de chien a chien ; je n'ai pas utilisé le grand réservoir san fcuin d un cheval. Mais, dans leurs premières recherches, MM. Hayem et Barrier déclarent que, même avec iè sang venu d un autre chien, ils ont pu provoquer le retour d actes dirigés par la volonté.

J'ai déjà insisté, à propos de l'analyse des mouvements qui surviennent spontanément dans la tête après la décapitation, sur la difficulté de déterminer le caractère, le signe d'un mouvement volontaire. Ici, cette difficulté se présente à nouveau : nous retombons donc dans les discussions de l'objectif et du subjectif, c'est-à-dii-e dans un domaine oii les arguments scientifiques ne peuvent guère trouver place. Peut-être, en décapitant un chien anesthésié et en lui transfusant du sang chargé de chloroforme, pourrions-nous, comme nous avons essayé de le faire pour la détermination des mouvements consécutifs à la décapitation, séparer les actes volontaires des phénomènes indépendants de la volonté. Mais cette expérience n'a pas été réahsée et la difficulté reste entière.

Aussi est-il permis de ne pas souscrire absolument aux interprétations données par MM. Hayem et Barrier, de ne pas regarder comme provoqués par la volonté des actes qui peuvent survenii- en dehors de son influence. Les mouvements spontanés des globes oculaires, les soubresauts de toute la tête pVoduits par des contractions des muscles cervicaux, les déplacements d'ensemble portant la tête cà droite et à gauche,

LA TlhE AIMIÈS LA DÉCAPITATION

les conl.-actions mimées des muscles faciaux etc., n'ont" en à faire avec le retour de la conscience. Ces Z vèmènîs-làpeuvent semanifesterégalementaprès

rdéc^Hat onfles uns pendant vingt secondes les lulres pendant près de deux minutes : s'ils etaien véritable^' es actes volontaires, nous devrions donc ronc ure que cette volonté persiste pendant un cerfaiu t mps api és la séparation de la tête e du corps Oi toiUce que nous avons appris dans le chap. re n écedent nous a montré que cette conclusion es îàusse de tous points : nous connaissons maintenant H valeur de tous ces mouvements.

I dée de finalité, que MM. Hayem elBarr.er ajoutei^ àïa description ie chacun de n'est peut-être pas ngoin^eusement scientifique c contractions mimées des muscles faciaux donnai l au re W et à la physionomie une expression particuit;-e de soutTraiicJ et d'effroi, les déplacements d ensemble portant la tête de droite à gauche comme poui hîi7 • » mais, c'est là absolument le langage qu au siècle dernier Sœmmering, OElsner et Sue tena.en pour démontrer la persistance de la conscience chez rhomme après la décapitation ; mais ces mouvements existent dans fasphyxie, dans fépi epsie, dans apo- • nlexie, alors que toute influence de la volonté est hors de cause. Nous ne sommes donc pas autorisés a les regarder comme des manifestations volontaires.

Parmi les autres mouvements spontanés, décrits par MM. Hayem et Barrier comme étant diriges par Ici volonté, il en est qui peuvent être tout aussi bien considérés comme de simples réflexes adaptes et cte- (cnsifs. Tels sont les efforts de la langue pour se dei)arrasser d'une substance amère mise en contact avec efle tefle est faction de croquer ou de rejeter un morceau de sucre introduit dans la gueule. Ces actes peuvent survenir sans participation de l'écorce cérébrale : ils sont du même ordre que ceux que provoquait M. Yulpian après l'ablation des hémisphères cérô-

'^^ CDAPITRE DEUXIÈME

braiix; ils ont leurs analogues dans les mouvements que nous exécutons pendant notre sommeil alors qu un corps étranger s'introduit dans notre bouche « La possdDdité d'émettre, dans certains cas, des cris plaintifs quand on fait passer, à travers la glotte un courant d'air parle tronçon de trachée attenant aii larynx », est-ce bien là réellement une preuve delà résurrection de la volonté? D'abord, est-ce la possihihté ou le fait lui-même qui sert de preuve Et puis les cordes vocales ne peuvent-elles pas se rapprocher plus ou moins sous l'influence d'un courant d'air d'intensité variable? D'autre part, pendant les mouvements respiratoires que la tête exécute après la translusion la glotte modifie h chaque instant son ouverture : le courant d'air, rencontrant les cordes plus ou moms écartées, ne devra-t-il pas produire un son plus ou moins aigu, auquel on pourra reconnaître le caractère d'un cri plaintif sans que l'animal en ait la moindre conscience ?

Dans les arguments invoqués par MM. Hayem et Barrier, il en est un toutefois qui plaide en faveur du retour possible de la volonté. Ces expérimentateurs disent, en effet, qu'cà l'appel de la voix la tête a redressé les oreilles et a tourné les yeux : ce sont véritablement là des mouvements volontaires. Mais ces' actes s'accomphssent aussi d'une façon spontanée, sans appel de la voix; les globes oculaires remuent après la décapitation, les muscles auriculaires se contractent sans provocation extérieure, de sorte que l'existence de ces mouvements eux-mêmes peut ne rien prouver. 11 n'y a peut-être là qu'une simple coïncidence.

La critique que je me permets d'adresser aux conclusions de MM. Hayem et Barrier paraîtra, il me semble, très légitime à tout expérimentateur. Nous manquons, il est vrai, de critère pour distinguer un acte volontaire d'un acte qui ne l'est pas ; mais nous avons le droit d'être très exigeants à propos des signes

oVnn nous propose, alors qu'il s'agit d'une quesr/-r.si oT. ^^que c^Ue de la survie de la cousc.euce

l= l.fd?raoitalion. Les expériences, si remarqua- X du res e C je donne ici une courte analyse, bles du reste, uoii j absolument les conclu-

ne me paraissent pas juslUiei aosoiu ^

feT sonre'^S'tà'ams les plus ha'biles et les plus distingués.

Pour me metlreaulanlque faire se peulàl'abri de ces Prreurs possibles d-inlerprétalion, j'ai prié M\1. Dasf 1!^! ,lC e de vouloir bien assister iiune expérience d^lrani ion anXgue à celles que praUcina.eul au déburde leurs recherches MM. Hayem et Barner

l^^uimaT ransfuseur était un fort terre-neuve dont Vnne dés carotides fournissait le sang aux deux caro-

i es de la tête décollée d'un petit chien. L'expérience

ét'iit ,W de façon à Ij; X7tard\p

dernière trois ou quatre secondes au plus tard api es

la chute du couteau. ^ , . „♦

lu itôt après la décollation, les mâchoires sont foi"t éeirtées et les paupières sont convulsive ment agitées: puis les bâillements se manifestent ^vec de^légers mouvements des narines La sens.bimé de la cornée persiste : le moindre souffle sur 1 œil provoque le clignement des paupières. Mais il ne se se produit aucun mouvement d'apparence volontaire ; l'approche d'un objet quelconque devant 1 oeil de •animal reste sans' effet; le sifflement auprès des oreilles est également sans résultat Et cependan le chien que l'on venait de décapiter s'était montré très vif et très intelligent pendant les quelques jours qu il avail passés au laboratoire.

L'œil a conservé sa transparence ; la pupille, qui est contractée, se rétrécit encore davantage a 1 approche d'une lumière. ■ • , Les mouvements spontanés et réflexes continuent

Page 1