CHAPITRE DEUXIÈME
ainsi pendant sept minutes ; cà ce moment, il se forme un caillol dans le (ul)e de Iransfusion et la circulalion se IroLive mlerrompue. Les mouvements des mâchoires disparaissent aussitôt; la sensibilité cornéenne est abolie, la pupille se dilate.
Ni M. Dastre, ni M. Laborde, ni moi, nous n'avons donc vu reparaître la moindre manifestation volontaire, lout s est passé, dans celle expérience, comme si les centres buibo-protubéranliels avaient été seuls a fonctionner, sans aucune participation de l'écorce cérébrale La transfusion a paru simplement prolonger 1 état habi tuel de la tête après la décapitation ; les mouvements spontanés ou provoqués sont, en effet, à peu près semblables pendant les deux minutes qui succèdent a la décollation et pendant les quelques instants que dure la transfusion ; ils sont cependant un peu atténués dans ce dernier cas.
En n'établissant la transfusion directe d'animal à ammal que sept minutes après la décollation, ie n'ai vu i;eparaîlre que de très faibles mouvements des mâchoires et de la langue. Des contractions fîbrillaires se sont produites dans les muscles de la face. Pendant toute la durée de la transfusion, c'esl-à-dire pendant une dizaine de minutes, je n'ai obtenu aucun réflexe • 1 excitation de la cornée n'a été suivie d'aucun clionemenl ; la pupille, restée dilatée, ne s'est pas contractée a 1 approche de la lumière. J'ai été moins heureux que MM. Hayem et Barrier qui ont pu, dans ces conditions, voir renaître des mouvements réflexes.
Quand, au lieu d'employer le sang provenant delà transfusion directe d'un autre chien, je faisais arriver SIX ou sept minutes après la décollation, du sang arlérialisé et défibriné de porc dans les carotides (et même dans les vertébrales), sous une pression d'environ deux mètres, je n'ai jamais aperçu que des contractions fîbrillaires des muscles, contractions qui se manifestaient avec autant d'intensité chez un chien eu-
rarisé ou chez un chien auquel le nerf facial avait 616 eclionné Si Tinjeclion de sang était pratiquée par Tne se "le carotide, c'était de ce côté que les conlrac- ZuT^Mes étaient le plus marquées; souvent ri eUes ne se montraient pas du côte opposé. Ces con étaient quelquefois assez intenses
nom do n^^^^ physionomie du chien une expression d'anooisse et'd Jdouleur profondes ^, 1-muuiauer à l'observateur l'illusion qu il s agissait de ^ou ments volontaires. Les oreilles se reM^ les naupières s'agitaient convulsivemen , les lèvres n^^^Et : parfois les mâchoires s'entr ouvraient et laissaient voir des mouvements ondulatoires de la
Ce n; sont là pourtant que des effets de l'irritabi ite musculaire, dans lesquels le système nerveux n inter- Ti t pas. J'ai déjà dit, en effet, que ces contractions se manifestent avec la même intensité chez les animaux dont l'action des nerfs moteurs est abolie par le curare ou par la section.
Voulons-nous, du reste, voir ces grimaces encoie plus marquées ? il suffit d'injecter de 1 eau distillée ou salée dans les carotides : alors, les mâchoires peuvent s'ouvrir et se fermer énergiquement de laçon a mordre la langue ou les corps. étrangers placés sous les arcades dentaires ; la tête est prise de soubresauts qui la soulèvent aUernativement à droite et a gauctie, comme pour fuir.
11 y a donc beu de séparer bien nettement, parmi les effets de la transfusion du sang dans les têtes décollées, ce qui appartient au système nerveux de ce qui appartient au système musculaire.
Lorsque j'ai présenté à la Société de Biologie les résultats de mes expériences, le savant président de cette société, M. Brown-Séquard, a bien voulu rappeler les conditions dans lesquelles ses recherches avaient été réalisées. 11 ne s'agissait pas, comme dans
CUAl'lTHE DEUXlÉMIi
les faits de MM. ilayem el Barrier, comme dans mes propres expériences, de décapitation brusque exécuite au moyen d'un instrument analogue à lu guillotine. M Brown-Séquard avait sectionné les tissus du cou en liant les vaisseaux au fur et à mesure, et il avait mis un certain temps à achever l'opération. De plus au heu de faire la section de la moelle vers la 3" vertèbre cervicale, comme on la fait en général avec la guihotine, il avait scié la moelle au-dessous de rentrée des artères vertébrales dans leur canal osseux Puis il avait injecté le sang artérialisé à la fois par les carotides et les vertébrales.
C'étaient là évidemment des conditions assez dif- Jereiites de celles que nous réalisons avec la guillotine. La plus importante de ces différences se rapporte, du reste, à la partie de la moelle atteinte par 1 instrument. La section, faite par M. Brown-Séquard presque dans la moelle dorsale, n'est pas comparable a celle que l'on produit enportant le couteau dans le voisinage du bulbe. Nous avons déjà remarqué que cette dernière opération provoque presque toujours une inhibition qui peut être plus ou moins complète mais qui suspend généralement l'activité psychique.' Cette inhibition est tellement énergique qu'il est impossible de la faire disparaître malgré les transfusions les plus hâtives.
Il n'y a donc pas de contradiction entre les expériences de M. Brown-Séquard et les miennes. Nous nous sommes placés dans des conditions différentes : il n'est pas étonnant que le résultat ne soit pas le même.
La conclusion, que je tire de toute cette discussion sur les effets du sang tranfusé dans une tête décollée aux environs du bulbe, est celle-ci : Il est possible de faire reparaître l'activité des centres bulbo-protubérantiels, de constater le retour de mouvements coordonnés et appropriés: mais il ne paraît pas possible de ressusciter des manifestations de la con-
LA TÊTE Al-nÈS LA DÉCAPITATION 8'
science, des mouvemonls réellement volonlaires. C'est sur ce dernier point que .j'ai le regret d'être
îiS:^^ ^r^^ ?éréb.ales étaient les seu- Ibemoiiaoïe ei i cerveau, assurément la rés-
inier an g "h nel à "encéphale devrait rendre rrscience et u volonlé. Mais je ne crois pas que e iXnisme soit aussi simple, je ne crois pas que a lu^olS équivaille simplement à la secUon des.
oo r.hT^^^^^^ porter le sang à la tête, .le croîs ""Tfa auK^ autre chose, c'est une
?rrihtIorde la r^oelle cervicale, c'est une cause î?ubSon énergique, c'est un accident auquel la restitution sanguine ne peut remédier .
Yovez ce qui se passe chez les chiens auxquels la mneUe épinière a été coupée entre l'occipital et M quïï toutes les précautions ont été prises T)oi r éviter l'hémorragie et l'épanchement intracra- E La respiration artificielle, pratiquée chez ces animaux leur permet de conserver dans leurs arî^' eTun sang iLn oxygéné Eh bien, ces chie^^^^^ se transfusant eux-mêmes du sang artériel dans l'encéphale, n'en perdent pas moins connaissance, n'en restent pas moins dans un état de torpeur incapable de toute manifestation volontaire. Cette torpeur, dit-on, cette perte de conscience n est due qu'à l'abaissement de la pression sanguine : mais ( uelle est l'expérience qui le démontre ? Que on produise par une simple hémorragie de 1 artère fémorale, un abaissement analogue de la tension artérielle, l'animal n'en continuera peut-être pas moins
1 Une autre cause de rinefficacilé des transfusions sanguines, quant au relïSr de la conscience, lient sans doute à la présence de nombreuses bulles d'air dans les vaisseaux cérébraux. Voir plus loin.