‹ La mort par la décapitationChapitre 27 sur 59 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

la Séparation de la lête, le thorax exécute un profond mouvement inspiratoire. Cette grande inspiration s'est présentée dans toutes mes expériences. ElJe est suivie d une expiration plus ou moins lente; puis tout mouvement respiratoire est supprimé dans le corps.

C'est encore au système nerveux que nous devons demander l'explication de ces phénomènes. C'est, en effet, à l'excitation de la moelle épinière, en arrière de la section qu'est dû le profond mouvement inspiratoH-e. Le nerf phrénique, les nerfs intercostaux sont vioJemment excités à leur point d'origine : ils répondent aussitôt par cette grande inspiration qui est si apparente sur les tracés. Flourens avait d'ailleurs déjà remarqué que, la moelle étant sectionnée au cou, l'irritation du hout rachidien provoque facilement un mouvement respiratoire du tronc, mouvement qui peut même être assez énergique pour déterminer un bruit laryngien.

Chez les animaux refroidis, la décapitation est égalenient suivie d'une profonde inspiration (fig. 4). Mais, de plus, chez ces animaux, les mouvements respiratoires ne sont pas définitivement abolis. Chez un chien, dont j'avais abaissé la température à 21°, le thorax s'est soulevé et s'est affaissé plusieurs fois d'une façon très nette pendant une mimite après la décapitation. La fig. 4 représente une autre expérience pratiquée sur un chien refroidi : elle montre qu'au bout de deux minutes i'animal a présenté deux mouvements respiratoires.

Les jeunes animaux continuent, eux aussi, à exécuter des mouvements thoraciques après la décapitation : on le sait depuis longtemps. Mais chez eux, comme chez les animaux refroidis, ces mouvements sont-ils bien des actes respiratoires? La question est loin d'être résolue : il s'agit, en elfet, de savoir s'il existe un centre unique de respiration placé dans le hulbe ou s'il y a d'autres centres respiratoires éche-

loniiés dans la moelle épinière. Des volumes ont été éci'ils sur ce sujet sans que les auteurs soient parvenus à s entendre : les quelques lignes que je pourrais ajouter n'apprendraient probablement pas grand chose de nouveau et ne trouveraient guère place dans cette

^^^Sleurs il nous suffit, quant à présent, de savoir aueles mouvements respiratoires s'arrêtent aussitôt après la décapitation chez les chiens adultes a température normale.

Puisque la respiration s'arrête aussitôt que la tête est tranchée, le sang resté dans les vaisseaux ne peut plus ni se débarrasser de son acide carbonique, m se charger d'oxygène : il passe donc à l'état de sang

asphyxique. .1.1 4^

Mais, en même temps, l'hémorragie abondante, qui s'effectue par les artères seclionnées, amène une anémie rapide de tous les organes. Nous avons vu, en etlet, que cette perte de sang était de 1/15 à 1/16 du poids du tronc. Or, si nous nous en rapportons aux chiffres indiqués dans les ouvrages classiques, nous apprenons que, chez le chien, la masse totale du sang représente environ 1/13 du poids de Tammal. C'est donc une anémie presque complète qui survient deux minutes après la décapitation.

Ainsi, pour deux raisons, le tronc décapité se trouve dans les conditions de l'asphyxie : à cause de l'anémie, à cause de l'absence de respiration, les tissus ne peuvent plus recevoir l'oxygène nécessaire à leur fonctionnement, ils ne peuvent plus se débarrasser de l'acide carbonique dont ils sont chargés. De même que la tête, le corps de l'animal est asphyxié.

Cette analyse des conditions, dans lesquelles est placé le tronc du chien après la séparation de la tête,

COAPITRE TROISIÈME

nous permet maintenant de recliercher l'origine des mouvements qui surviennent après Ja décollation.

Tous ceux qui ont pratiqué quelques expériences dans les laboraloires, tous ceux qui ont assisté àTasphyxie rapide d'un chien, ont eu déjà du reste leur opinion faite sur la nature de quelques-uns de ces mouvements, après la description que nous en avons donnée.

L'extension des quatre membres, la contracture généralisée, les efforts expulsifs du rectum, les contractions tibrillaires, sont, en effet, des phénomènes que l'on observe constamment quand on saigne un animal ou quand on empêche sa respiration. L'incurvation du corps en arc complète encore le tableau. Aussi, un observateur, qui regarderait en même temps le tronc d'un chien décapité et le tronc d'un chien asphyxié, aurait peine à reconnaître une différence entre les deux, à déterminer le genre de mort auquel l'un et l'autre animal ont succombé. C'est que les mouvements, identiques dans les deux cas, sont dus à la même cause, à l'asphyxie : après Ja décapitation, le tronc, comme la tête, meurt asphyxié.

Mais, comme la tête aussi, le tronc décapité présente des mouvements d'une autre nature, d'une autre origine. Immédiatement après la décollation, le corps de l'animal exécute des mouvements énergiques des membres postérieurs, des mouvements qui peuvent provoquer la projection du corps tout entier. Or, ces contractions-là n'ont rien à faire avec l'asphyxie, car elles se produisent au moment même delà chute du couteau, alors que l'animal possède encore tout son sang artériel bien oxygéné. A quoi donc sont-elles dues?

C'est encore à l'excitation de la moelle épinière que nous devons demander la réponse. Cette excitation, qui a déjà produit l'augmentation du nombre des battements du cœur, qui a amené un puissant effort inspiratoire, intervient à nouveau pour déter-

lE ÏROKC APRÈS lA DÉCAPITATION HT

miner le mouvement des membres poslérieurs. Par q Tmtanisme agit-elle? Est-ce par motion directe s u ies fibres d'ori|iue des nerfs moteurs allant . nlèr er ces membres, est-ce, au conirau-e, parac .on réflexe? nous n'eu savons rien : c'est là une question

Pourquoi, du reste, cette excitation ne se fait-elle seuliiTue dans les membres postérieurs? Pourquoi ne me -elle pas en mouvement les membres ante-

eurs M Browu-Séquard explique cette diff rence

endisaut que la moelle ^f"^°-d°'-^f'«,f'."t Mo que son action est suspendue par suite de 1 "■"Ration due au passage du couteau ; mais, ajo"le-t->l. moelle lombaire a sa puissance augmen ée, elle est en dynamogénie: la moelle cervico-dorsale a i eçu une exciialion lellement forte que son activité est ar-

Nous n'avons pas d'explication à opposer à celle de rémiiieiit physiologiste : mais nous devons cependant remarquer que Faction de cette moelle sur la respiration et sur la circulation n'est pas suspendue : seule, son influence sur la motricité des membres antérieurs serait donc inhibée.

Nous connaissons à présent la cause de la mort du tronc décapité : ce tronc succombe par hémorragie et par absence de respiration ; il meurt par asphyxie.

Mais serait-il possible de faire reparaître les manifestations vitales, dans ce corps devenu inerte, si le sang et l'oxygène, dont la privation a amené la mort, lui étaient rendus ? Par la transfusion du sang oxygéné, la vie pourrait-elle renaître dans le tronc, comme nous l'avons vu renaître dans la tête?

L'expérience répond affirmativement: nous pouvions du reste le prévoir. Si, en effet, comme l'a montré M. Brown-Séquard, après que le corps a perdu ses propriétés vitales, l'on injecte du sang artériel parles

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