CHAPITRE TROISIÈME
carolides, on assiste bientôt à une véritable résurrection. Les muscles récupèrent leur irritabilité, les nerfs retrouvent leur excitabilité ; le pouvoir réflexe e<t resliluéà la moelle épinière: vient-on à pincer l'extrémité d'une patte, le corps réagit en exécuiant des mouvements généraux '.
La vie est donc revenue.
Elle est revenue sous l'influence du san^ oxygéné que lon a transfusé dans les vaisseaux. Mais pourquoi, au heu de réclamer le secours d'un sang- éiranger, n emploierait-on pas le sang de l'animai décapite lui-même ? Pourquoi, après la décollation, n arreterait-on pas immédiatement celte hémorragie abondante qui s'effectue par les artères sectionnées de la plaie du cou ? Le corps conserverait ainsi à peu près tout son liquide sanguin ; et, puisqu'il peut revivre après la transfusion, il pourrait sans doute continuer a vivre grâce à la possession de son propre sang. ^
Les difficultés que Ton rencontre en tentant une pareille expérience ne sont en réahté que des diffîcuhés de technique et nous pouvons en avoir raison Supposons donc que l'animal soit décapité et que Ihémorragie, du côté du corps, soit aussitôt rendue impossible grâce à des ligatures rapides; le tronc possède ainsi presque tout son liquide nourricier. Dans de telles conditions, que va-t-il devenir?
Eb bien, le corps ne tardera pas néanmoins à mourir, et à mourir asphyxié. Il exécutera pendant trois ou quatre minutes des mouvements convulsifs, il s'incurvera en arc, il metira ses membres dans l'extension, il présentera des coni raclions fibrillaires, etc., puis il retombera inerte et mort.
C'est qu'en efl"et le sang sera devenu noir, c'est que, la respiration ayant cessé, les tissus auront bienlôt
1. Recherches expérimentales sur les propriétés physioiosiques et
l'nvvo-^Tip du liaoide sanguin et versé rsTmèSurde leurs SécUeis d'Icide caAoni-
il suffira de restituer de l'oxygène à ce sang, rlArtiVue. ' nsufflalion pulmonaire, pour que le corps au Hèu de succomber, continue a v.vre très
CeTli' du reste, une expérience bien ancienne : ellealt pratiquée, pour la première fo.s, je cro s par le célèbre Fonlana Le sa.ant 't^l^en /P'^/ Loir décapité des lapins et des cochons d h cKl^^
venait rhémor,ag.e au •^°1^„'' Z nouseaux du cou: pu s, il soufflait de 1 air dai^s les pou ™n s de ces animaux et entretenait ainsi la vie pendant r emns assez long. Et cette vie, qui persiste grâce à diTeUes pré autions, ne manque assurémen pas d'activité Ai dire de Legallois en efîet, les cochons d' nie décapités, à quelque âge que ce soi loi-squ ils se sont rem s de la stupeur dans laquelle la décol a
ion " jette d'abord, portent alternativement es deux paltès de derrière à leur plaie du cou : ils agitent leuis membres avec beaucoup de vivacité comme pou s^gratler. Les petits chats font aussi de pareils
mouvements. L'augmentation du pouvoir rédexe de la moelle épinière chez les animaux décapités, dont
on entretient la vie par les procédés décrits plus
•haut, est d'ailleurs un fait connu depuis longtemps .
De même que la tête, le tronc peut donc reprendre ses manifestations vitales sous l'influence du sang oxygéné. A la vérité, une vieille expérience, due a
1. Mlé sw le „enin rf» la vipère, sur les voisom amévieams et m- .quelques aulres pqisms végétaux, Hoponce, 1781.
a-espiralion arlincielle (Gomp. rend. del'Acacl. des bcienc. asBOj.
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Slénon, permellait d'espérer ce retour de la vie dans le corps décapité.
L'habile analomisle liait, sur un lapin, l'aorte abdominale au-dessous du dinplirai^me et il fermait ensude la plaie de l'abdomen-. Au bout de quelques instants, le lapin avait les membres postérieurs paralysés et inertes: le train postérieur refusait tout service Deux ou trois minules après l'établissement de cette paralysie, Slénon déliait l'aorte et rendait ainsi la circulation dans la partie inférieure delà moelle épinière Bientôt il voyait reparaître les mouvements réflexes et les mouvements volontaires dans les membres nelviens. ^
La privation du sang artériel avait fait disparaître les propriétés vitales de la moelle; le rétablissement delà circulation avait provoqué le relourde ces mêmes propriétés.
Si j'insiste sur tous ces détails, si je rappelle toutes ces recherches, c'est atin de bien démontrer qu'après la décapitation la mort du tronc est due à l'asphyxie L'analyse des mouvements du corps décapité nous a déjà uidiquéFasphyxie comme cause productrice d'un grand nombre d'entre eux. D'autre part, nous venons d'apprendre que si le tronc décollé est mis à l'abri de cette asphyxie, grâce à la restitulion du sang oxygéné, la vie persiste avec une certaine intensité et durant un certain temps.
Cependant cette persistance ou ce retour de la vie ne sont pas toujours possibles dans lescorps des animaux décapités. Legallois avait, en etfet, déjàreconnu qu'après la brusque section du cou, les lapins avaient souvent beaucoup de peine à relever leurs fonctions affaiblies. L'instrument tranchant, disait-il, port;î dans le siège même de la puissance nerveuse, y cause une commotion dont les animaux ont souvent beaucoup de peine à se remettre
i. Legallois, loc. cit., p. 240.
Les recherches plus récentes nous ont donné quelrnies renseignements nouveaux sur les effets de ces lésions brusques de la moelle épinière cervicale Nous avons d'ailleurs déjà examiné, à propos de la tete fp 35), les conséquences des irritations nerveuses dans leurs rapports avec la théorie de l'uihibition. Nous savons que, sous l'influence de ces irritations la mort peut survenir instantanément, sans agonie el dans le plus grandcalme ; que, d'autres fois, les fonctions médullaires sont simplement diminuées ou abohes pendant quelques instants. Mais, quoiqu il en soit, ces troubles fonctionnels, dont la réunion constitue les phénomènes du choc, peuvent être assez intenses pour amener la mort sans retour possiiile des actes vitaux. La transfusion du sang oxygéné serait, en pareil cas, absolument incapable de rappeler la vie, de provoquer la résurrection. i i-^t
La décapitation peut donc produire, dans la tete comme dans le corps, la mort par deux mécanismes différents,par asphyxie ou par inhibition. Ces deux mécanismes se combinent sans doute le plus souvent. Mais, il y a entreleurs effets une différence essentielle. Quand l'animal succombe simplement par asphyxie, la restitution du sang oxygéné fait reparaître la vie : quand, au contraire, la mort est due complètement a l'inhibition, les fonctions ne peuvent renaître ou bien ne réapparaissent que tardivement sous l'influence de la transfusion.
A vrai dire, rinhibition ne s'est jamais manifestée seule chez les chiens que j'ai décapités ; mais il y a eu cependant, mélangés aux symptômes asphyxiques, des eff'ets inhibitoires portant sur la respiration, sur la motricité des membres antérieurs, etc..
L'un des caractères de la mort par inhibition, c'est, d'après M. Brown-Séquard, l'arrêt des échanges entre les tissus et le sang. Les combustions organiques cessent à l'instant même : l'oxygène n'est plus utilisé et
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la formation de l'acide carbonique se trouve supprimée. Aussi, selon le savant Professeur du Collège de France, le sang resle-t-il rouge dans les veines : aussi la température de l'animal s'abaisse-l-elle rapidement par suite de la suspension de toute aciivilé cellulaire, de l'absence de toute production decbaleur.
Or, qu'advient-il de celte température chez les animaux décapités ? Présente-t-elle cet abaissement rapide qui correspond à la mort par inhibition?
Brodie avait déjà remarqué que les animaux décapités, entretenus vivants, se rehoidissent autant que s'ils étaient morts; et Legallois sans être aussi alfirmatif, disait que ces animaux se rehoidissent considérablement. Après les renseignements fournis par ces auteurs, nous serions donc en droit de croire à un arrêt des échanges après la décollation. Mais, en réalilé, les expériences de Brodie et de Legallois ne justifient pas cette conclusion. C'est qu'en effet (et Legallois l'avait déjà signalé) la cause principale de ce brusque refroidissement, c'est sans doute l'insufflation pulmonaire à laquelle on soumet l'animal pour charger son sang d'oxygène et éviter l'asphyxie. L'air froid, en pénétrant dans les poumons, enlève une certaine quantité de chaleur et se réchauffe : delà l'abaissement de température du corps.
Insuffle-t-on de l'air chaud, l'animal se refroidit très lentement.
Celle manière de voir n'est cependant pas admise par M. Brown-Séquard qui regarde, au contraire, i'iusufflalion pulmonaire comme une causeinhibitoire. L'irritation, produite par le jet d'air lancé sur la muqueuse trachéo-laryngée, amènerait elle-même un arrêt des échanges. Les animaux décapités, entretenus vivants, seraient donc doublement exposés à l'inhibilion, à la fois par la lésion médullaire et par l'excitation laryngée. Le refroidissement rapide s'expliquerait ainsi par deux raisons.