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CllAI'lïUE TROISIÈME
Mais, comment se refroidissent les animaux décapités auxquels on n'a porté aucun secours, auxquels on n a rien fait pour enlreleuir ou pour rappeler la ^le? Suivant quelle progression la température s'abaisse-t-elle dans le corps des chiens abandonnés après la décollation?
Si nous consultons les tracés de la fig. 5, nous voyons que, dans l'une des expériences, la chaleur a disparu du corps de l'animal avec une certaine rapidité. La température rectale, qui était de 38° après la chute du couteau, est tombée de trois degrés pendant la première heure, de six degrés pendanlla deuxième et de trois degrés pendant la troisième : la perte était donc de douze degrés en trois heures.
Il s'agissait, dans celte expérience, d'un chien de 6 kilogr. qui lut décapité le 4 mai et qui fut conservé dans un milieu de 15° environ. Or, cet animal, malgré son brusque refroidissement, avait présenté après la décollation tous les mouvements que j'ai décrits plus haut : il avait donné les signes les plus caractéristiques de la mort par asphyxie. Si donc le rapide abaissement de température est un signe de l'arrêt des échanges, nous devons cependant reconnaître que, dans le cas particulier, l'inhibition ne peut avoir eu qu'une part dans le mécanisme de la mort.
Dans les autres expériences rapportées sur lafîg. 5, les corps décapités se sont refroidis avec beaucoup plus détenteur. Le tronc d'un chien de 9 kilo 2', euillotiné le 3 mai, n'a perdu qu'un degré pendant la première heure : il a baissé de 2° pendant la seconde, de T pendant la troisième. Il lui a fallu 4 heures \ /2 pour descendre de 40" à 30°, alors que le chien de l'expérience précédente n'avait eu besoin que de 2 heures \ /2 pour perdre ces dix degrés.
Bien plus, au lieu de se refroidir brusquement, ce chien de 9 kilog. a augmenté sa température rectale d'un dixième de degré aussitôt après sa mort. Il ne saurait donc plus ôire question, à propos de cet ani-
mal d'un arrêt des échanges survenu au moment de la décollation. Loin d'être suspendues les combusions organiques ont accru leur intensité, les actions chimiques oit redoublé d'énergie au moment de la chute du couteau. Celte hyperlhermie post mortem, ce lent refroidissement prouvent bien que la vie des tissus n'a pas cessé d'une lacon subite après la section du cou, que l'animal n'a pas succombé par mhibi-
^'Test en effet un caractère de l'asphyxie rapide de provoquer une élévation de la température après la mort Les mouvements généraUsés, les convulsions répétées les contractions de tous les muscles, sont accompagnés d'un dégagement de chaleur qui peut êlre quelquefois assez marqué. Nous savons d ailleurs, d'après l'observation clinique, que certaines maladies convulsives, comme l'épilepsie ou la rage, sont suivies d'une hyperlhermie post mortem atteignant souvent plusieurs degrés \ , „ . i .
Or, l'état d'asphyxie, dans lequel l'animal se trouve après la décollation, nous exphque suffisamment cette au^^mentation dun dixième de degré que nous avons constatée. C'est aux violents mouvements de l'agonie que doit être rapportée la cause de cette production de chaleur.
Dans les savantes leçons qu'd a publiées dans la Revue Scientifique, M. Charles Richet ' cite une expérience faite sur un lapin mort par écrasement de la moelle cervicale, c'est-à-dire par une lésion qui a peut-être sou analogue dans la décapitation. Or, dans celte expérience, l'animal a présenté aussitôt après la mort une élévation de température d'un dixième de degré, élévation que M. Ch. Richet regarde comme le résultat d'une excitation du système nerveux. Mais
1. Ce n'est pas à dire que l'asphyxie soit seule capable d'amener l'augmentation de température.
2. Charles Richet, La température après la mort, Revtie scieii' lifique, 1885.
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cette excitation elle-même ne serait-elle pas une conséquence de l'asphyxie, puisque l'absence des acies respiratoires ne permettait plus au sang de s'oxy^^éner? ^
Quoi qu'il en soit, l'étude du refroidissement des cadavres décapités nous confirme encore dans l'opinion que la mort des chiens est due surtout à l'asphyxie. C'est à peine si, dans la première expérience que nous avons examinée, la rapidité de l'abaissement de température nous donne le droit de conclure à un arrêt des échanges, à une mort par inhibition. Ici encore, nous retrouvons donc ce mélange d'effets et de symptômes que nous avons rencontré déjà si fréquemment dans les résultats de la décollation. Si simple et si uniforme qu'elle puisse être dans son mode opératoire, la décapilaiion se montre toujours variable dans ses conséquences.
Chez les animaux dont la température a été abaissée à 25° par l'immersion dans l'eau, avant la section du cou, le refroidissement du tronc arrive avec une certaine lenteur. Voici quelle a été la progression chez un de ces animaux :
4 h. 50 Terap. rect. 25° Temp. ambiante io°
6 h. -10 id. 2i» id.
7 h. 20 id. 22^2 id.
8 h. 45 id. 21° id.
10 h. id. 20° id.
11 h. 15 id. 19" id.
Le tronc, nous le savons déjà (p. 98), se refroidit moins vite que la tête : il devient aussi moins rapidement rigide.
Alors, en effet, que, dans mes expériences, la rigidité cadavérique s'est montrée dans la tête environ une heure et demie après la mort, elle n'a apparu le plus souvent dans le tronc qu'au bout de trois heures. Ce sont, en général, les membres postérieurs qui sont
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les premiers atlciiils par cette rigidité ; les membres ante^rieurs ne sont liabitucllement raides qa a la quatrième heure : cependant l'inverse s est produit quelnuefois C'est d'ailleurs toujours en allant de la racine à l'extrémité que la rigidité a gagné les mem-
D'après les récentes recherches de M. Brown-Séquard ' la rigidité cadavérique est encore une manifestation de^la vie des tissus. Elle ne doit donc pas apparaître quand la mort est survenue par inhibition complète, par arrêt absolu et définitif des échanges organiques. Or, comme celte rigidité s'est manifestée ré"ulièrement chez tous les animaux que j'ai soumis à la décapitation, nous en pouvons, je crois, conclure que jamais la mort n'a été due seulement à une inhibition persislanle.
Chez les animaux préalablement refroidis à 25°, la rigidité est survenue à peu près dans le même temps que chez les autres animaux. Une fois, cependant, elle ne s'est montrée dans les membres qu'au bout de cinq heures sans que cette différence pût être attribuée à une variotion de la température ambiante.
En général, la rigidité cadavérique disparaît du tronc décapité deux jours après la mort: elle abandonne d'abord les membres antérieurs, puis elle cesse à peu près complètement le troisième jour dans tout le corps.
Pratiquons maintenant l'autopsie de ce cadavre décapité : ouvrons les cavités thoracique et abdominale vingt-quatre heures après la mort et voyons quels sont les changements apportés parla décoUalion dans l'état des organes.