‹ La mort par la décapitationChapitre 36 sur 59 · KO · texte numérisé non relu

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LA ÏÉTE DES DÉCAPITES

tement Enfin le condamné descendit, accompagné de ^umôniei n^^^ d'un'aide de l'exécuteur, puis cl un Vut~

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1« ^'^g^^^^' obstinément l.xé su.

1 éno -me couteau qui miroitait à quelques pas. L aunS se plaça devant le condamné en lu. présentant rXist e^t en essayant de lui cacher la gml otuie. Puis efdeux aides de l'exécuteur appliquèrent leurs iaroU maLs sur le dos de l'homme et le pousseren du" ôte del'inslrument de supplice. La marche nous semblait lente, très lente : les liens qui enserraient les jambes et les bras ne permettaient pas du reste une

^L:^^s. devantla guillotine : les aides jetèrent CatLl sur la bascule, le cou alla s'apphquer sur la lunette. Pendant que le corps était ainsi maintenu couché, l'exécuteur abaissait la partie supérieure de la lunette. La tête du condamné nous apparaissait alors comme déjà séparée du corps. Oh ! cette pliysionomie, je m'en souviendrai longtemps Le .isa^e regardait le fond de la boîte dans laquelle il allait tomber : il le regardait avec une expression de frayeur et d'épouvante que je n'ai jamais rencontrée sur aucune autre figure. La bouche était démesurément ouverte, le front était phssé, les yeux paraissaient sortir

de leurs orbites.

C'était horrible à voir. Les quelques personnes priviléo-iées, que la curiosité avait attirées jusque-ia, s'étaient du reste détournées de dégoût : nous restions seuls à observer le patient.

Enfin le couteau tomba. Nous pûmes le smvre pendant sa descente; nous le vîmes diminuer de vitesse quand il atteignit lanuque du condamné; nous vmies la tête se détacher peu càpeu de la lunette en exécutant une affreuse grimace et en décrivant par sa chute une

sorte de salut.

Tout cela m'avait semblé d'une longueur epouvan-

CQAPITHIÎ l'REMIKH

lable. Dix fois, j'aurais voulu crier ài'exéculeur de se hâter, de réduire Je supplice du palienl el le nôtre... Je regardai manioulre: il y avait quinze secondes seulemciitque le condamné élaitarrivé devant la bascule. Pendant cesquinzes secondes, j'avais vu tons les détails derexéculion, j'avais vu le coule;;u lomher lentement, lui qui lombe en un tiei's de seconde, j'avais vu la tête se détacher doucement.

M. Regnard avait éprouvé le même agrandissement du lemps ; il était aussi surpris que moi en appi'enant lacourle durée deropéralion. C'est d'ailleurs lamême erreur que l'on commet quand on voit un homme tomber à l'eau el sur le point de se noyer; on est convaincu qu'il a passé cinq, dix, quinze minutes sous l'eau, alors que son immersion s'est prolongée tout au plus pendant une ou deux minutes.

Mais laissons de côté ces détails sur lesquels j'ai déjcà peut-être trop insisté: retenons seulement qu'il est difficile d observer avec exactitude les effets delà décapitation chez l'homme. On a beau ne vouloir fixer son attention qne sur les phénomènes physiologiques, on ressent toujours une certaine angoisse qui obscurcit la clairvoyance des plus énergiques.

Les muscles de la face étaient donc contractés au moment oii la tête fut détaciiée par le glaive : la bouche elles yeux, largement ouverts, dounaientcà la physionomie l'expression de l'anxiété la plus vive.

Une minute après la décapitation, nous montions dans le fourgon de l'exécuteur, qui allait conduire les restes du supplicié à l'hôpital, et nous recevions la tête et le corps du condamné.

D'après ce que nous avions vu au moment de la chute du couteau, nous nous attendions à observer d'affreuses convulsions dans la tête. A notre grand étonnement, la face était, au conti-aire, dans un calme absolu avec les traits reposés, les yeux fei-més et la bouche close. Les muqueuses commençaientà se décolorer: toutefois la pâleur de la peau n'apparaissait

LA TÈTE DES DÉCAllTÉS

pas très visiblement, caria ngure était couverte delà cendre grisâtre dans laquelle elle était tombée

La tête ressemblait à celle d'un homme endormi et reposant dans la plus parfaite tranquillité de conscience. Cependant, en regardant de plus près nous reconnûmes que les muscles de la face n étaient pas relâchés qu'ils présentaient au contraire une certaine contracture. 11" fallait, en effet, vaincre une assez arande résistance pour ouvrir la bouche ; et les mâchoires une fois écartées se rapprochaient peu à peu. 11 était également difficile de soulever les paupières et surtout de les empêcher de retomber. Cet état de

contracture disparut ensuite.

Pendant les sept minutes que nous pûmes observer la tête, nous ne constatâmes pas le moindre mouvement dans les muscles de la face. Nous étions, il est vrai, assez mal placés pour pratiquer, un examen minutieux: les restes du supplicié reposaient dans un cercueil rempli de sciure de bois; la voiture qui, avec nous, contenait trois autres personnes, était lancée au grand galop des chevaux ; la foule hurlait sur notre passage : dans de telles conditions, une observation précise devenait impossible. Cependant, comme nous n'avions plus devant nous qu'un cadavre, notre émotion avait complètement disparu et nous avions repris toute notre liberté d'esprit. Quoi qu'il en soit, nous ne vunes pas le moindre mouvement du visage : et certainement si quelque modification était survenue dans la physionomie, elle n'aurait pu nous échapper malgré les circonstances défavorables de notre examen.

Les excitations que nous portâmes sur les différentes parties de la tête restèrent sans effet. Nous louchâmes fortement la surface de l'œil, la cornée, sans amener la plus légère contraction des paupières. L'irritation violente de la moelle épinière au point de la section ne donna aucun résultat. La pupille, moyeu-

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