CHAPITRE J'REMTEH
j;e.e.tdil^e, se contre
Ainsi, après ce((e décapitalion, nocs n'avons obervé dans la lAte non seulement ancnn mon eme t spontané mais môme aucnn mouvement provogu" auc.m réflexe : seule, la pupille s'es( réiréc e un ^u en présence de la um.ère. La tôle est restée immo ile et impassible : elle a p^ardé la même tranquillité c e les ^ deux têtes d'Arabes observés par ^m LZ-
Mais cette lête, nous l'avions en réalité perdue de vue pendant une minute après la décollation. Oue s é ail-.l passé dans cet intervalle ? Le visage avait-il aussilo pris ce masque inerte qui nous avait frappés des le début de notre examen? Nous n'en savions rien Avrai dire, au témoignage de l'aide de l'exécuteur la physionomie n avait présenté aucun mouvement durant cette première minute; la face avait conservé une partaite immobilité. Cependant ce témoi^na^e tout en provenant d'un homme bien placé pour voir' sans émotion, ne pouvait véritablement pas nous suffire Nous devions donc demander à une nouvelle observation la réponse cà la question que nous nous étions posée.
Cette réponse, nous l'avons obtenue l'année dernière à Amiens avec une netteté qui a immédiatement entraîné notre conviction.
Des dispositions spéciales, dont nous sommes redevables à M. le Professeur Brouardel et à M. le Procureur Général près la Cour d'Amiens, nous permirentenefTet, àM. Regnard età moi, d'examiner la tete du supplicié moins de deux secondes après le coup. A peine tombée cette tête était déjà entre nos mains
Le patient était cette fois une homme de trente-huit ans, vigoureux et énergique, qui montra jusqu'au moment de la chute du couteau la plus complète assurance et le plus grand calme. Sa physionomie
LA ÏKTE DES DÉCAPITÉS 163
n'était pas hideuse de frayeur comme celle du condamné de Troyes : elle était au contraire souriante et tranquille. Au lieu de pâlir, son visage garda jusqu a la fin sa coloration rosée. La tête, déjà engag;ée dans la lunette conservait encore la même expression. J insiste à dessein sur ces détails, car ils nous aideront plus tard à déterminer l'état mental de 1 individu a l'instant où le glaive le frappe. ^ , .'
La tête du supplicié nous fut présentée moins de deux secondes après la décapitation par un des aides de l'exécuteur. La face avait gardé sa coloration rosée ; les traits étaient absolument immobiles ; les yeux se montraient grandement ouverts avec les pupilles à demi dilatées; la bouche était énergiquement fermée. Aucun mouvement spontané dans le visage : pas la moindre contraction fibrillaire dans la figure.
Nous approchons un doigt devant les yeux du supphcié : la physionomie reste impassible. Nous touchons alors le globe de l'œil, la cornée, l'extrémité des cils et nous constatons, à chaque attouchement, un chgnement des paupières aussi marqué que chez un homme vivant. Les yeux se ferment chaque fois pour serouvrir aussitôt. Le visage prend ainsi, par suite de €es mouvements, une expression qu'un observateur imprudent regarderait sans doute comme consciente. Nous verrons qu'il ne s'agit là en réalité que d'un simple acte réflexe sans rapport avec la vie mentale. Ce clignement des paupières, que nous obtenons cinq fois pendant cinq secondes, cesse d'ailleurs de se manifester très rapidement : à la sixième seconde, il n'apparaît plus : l'attouchement des yeux reste alors
sans résultat.
Les mâchoires sont fortement rapprochées l'une de l'autre : malgré de puissants efforts nous ne pouvons les écarter, nous ne pouvons ouvrir la bouche. Les muscles masséters demeurent absolument xîontracturés.
Le pincement de la peau au front, aux joues,
CUAHTRE PHEMIKH
mobne"^""'' Pliysioiiomie tout à fait im-
Une minute après la décollation, la face commence deja à pâlir: la coloration rosée fait place à une teinte grisâtre. Mais la bouche est (ouioiirs aussi énergiquement close, avec les arcades dentaires serrées 1 une contre l'autre. L'approche d'une lumière au devant de 1 œil ne détermine aucun rétrécissement de la pupdle : le réflexe irien n'apparaît pas
Au bout de quatre minutes, la face est devenue tout a fait exsangue et anémiée. Les paupières sont amodié tombantes. La bouche est encore fortement iermée; mais nous pouvons cependant introduire un doigt entre les mâchoires. Les excitations sensorielles (cris aux oreilles, présentation de divers objets devant les yeux, pincement de la langue et de la peau) n'amènent aucun changement dans la physionomie.
L'irritation de la moelle épinière ne produit non' plus aucun mouvement dans la tête.
Nous avons ainsi observé pendant vingt minutes les restes du supplicié sans voir survenir la moindre modification. Au moment où nous avons commencé 1 autopsie, la bouche était encore close, les yeux demeuraient ouverts et les pupilles n'étaient pas dilatées.
La tête avait donc gardé une complète immobdité dès l'instant où elle avait été détachée du corps. 4 part les mouvements réflexes de l'œil, à part la contracture des mâchoires, elle ressemblait àla tête d'un homme mort depuis quelques heures : et la contracture elle-même rappelait à s'y méprendre la rigidité cadavérique.
Voici donc deux cas dans lesquels la mort est survenue dans le plus grand calme, sans agonie, sans la moindre convulsion : c'est un tableau tout difTérent de celui qu'a tracé M. Holmgren. Que pouvons-nous en conclure? C'est que certains décapités présentent
LA TÊTE DES DÉCAPITÉS 165
quelques mouvements clu visage, c'est que d'autres l 'en présentent pas. Nous aurons donc a rechercher la cause de ces différences, à nous demander pourquoi telle figure s'est contractée après la décollation alors que telle autre est restée immobde.
Écoutons d'ailleurs ce que disent les exécuteurs des arrêts criminels, eux qui sont si souvent témoins de ces horribles drames et qui peuvent en saisn^ tous les détails. . ^ .
J*ai déjà rapporté l'opinion attribuée au vieux Sanson, d'après lequel les mouvements de la tête décollée se prolongeraient parfois pendant plusieurs heures. Il nous est évidemment impossible d'ajouter foi à une paredle déclaration : mais cependant, nous devons le reconnaître, quelques-uns des mouvements dont parle Sanson ressemblent assez exactement à ceux qu'a si-
gnalés M. Ilolmgren
Les exécuteurs d'Amiens et de Paris, interrogéspar MM. Dujardin-Beaumelz et Evrard, ont affirmé que la mort est immédiate. Questionnés au sujet de ces paniers rongés, de ces convulsions dont les journaux racontent répoiivantal)le spectacle, tout deux ont déclaré n'avoir jamais rien vu de semblable. Ce sont des mensons:es, a dit M. Hindreich.
Une fois, cependant, celui-ci avait observé un abaissement de la mâchoire suivi de deux ou trois mouvements de moins en moins accentués, et cela au moment de la décollation.
M. Roch a ajouté que, lors d'une exécution qu'il avait faite h St-Omer, un chirurgien s'était placé sous la guillotine, avait pris la tête au moment même oii elle venait de tomber dans la boîte placée sous le plancher del'échafaud, et avait dit: « La mort est instantanée».
J'ai interrogé plusieurs fois l'exécuteur actuel. Lui aussi m'a tout d'abord déclaré que la mort est absolument immédiate. . Mais comme j'insistais et comme je faisais appel à tous ses souvenirs : « Quel- )) quefoïs, m'a-t-il dit, la figure montre quelques légè-
CUAPITRIi PREMIER
» res oTimaces de la bouche et des yeux au moment
da\^le^.f cle labouela ide pour la plac"
» clans le panier : quelquefois aussi, les mâchoires
» s écartent comme pour bâiller. Mais, ciiouta-l-ii
» quand ces mouvements de la bouche apparaissent'
» les yeux sont fixes et immobiles. Tous ces mouve-
» ments sont d'ailleurs exceptionnels : le plus sou-
» vent, le visage reste absolument calme ».
a.//^! '^î.f."^'^ également plusieurs personnes qui, enlndo-Chnie, avaient assisté de près à des exécutions d indigènes. M. leD^Harmand, ancien Résident gênerai au Tonkin, m'a déclaré que jamais il n'avait constate le moindre mouvement dans la tête décollée Un de nos médecins militaires, M. le Ilocquard' qui a été témoin de plusieurs décapitations et qui a recueilli des photographies fort instructives sur les suppliciés, a bien voulu m'écrire la lettre suivante •
c< Je connais le fait relaté par M. Petitgand dans la » hernie scientifique. Je n'ai jamais rien observé de » pareil. Dans les cas de décollation, le masque et le » tronc sont animés de mouvements convulsifs immé- » diatement après le coup; mais ces mouvements. » comme spasmodiques, atteignent un ou deux mus- » cles sans localisation bien nette et sans qu'on puisse >^ dire surtout, cà mon avis du moins, que ces contrac- » tions spasmodiques sont l'expression d'un acte vo- » lontaire survivant à la décollation ».
De toutes ces observations, de tous ces récits, de tous ces racontars, de toutes ces légendes, il semble bien difticile de tirer maintenant une" conclusion nette et précise. Plus nous avons accumulé de témoignages, plus nous avons rencontré de contradictions. D'où proviennent donc de pareilles divergences? Assurément la compétence des témoins que nous avons consultés ne saurait être l'objet d'aucun doute ; les faits ont réellement été tels qu'ils les ont rapportés. L"état
LA TÉTK DES DÉCAPITÉS ^^'
mental des condamnés, au moment où le coup les Spe, influei-ait-il sur le résultai de la decol alion? L'4e le sexe des suppliciés comptera.ent-ils pour quelque chose ? Ces variations seraient-elles imputables au choix de l'instrument employé pour le supphce ^>laive, hache ou gnillot.ne? ou bien dépendraient-elles de la région du cou sur laquelle le couteau a porté? ce sont là autant de questions que nous devrons examiner avec soin; mais, dès maintenant, je crains fort que nous n'arrivions pas à leur donner une réponse absolument satisfaisante.
Quoi qu'il en soit, essayons de dépouiller les documents que nous venons de passer en revue et tâchons de dégager quelques renseignements généraux sur l'état de la tête aussitôt après la décapitation. Voici, en résumé, ce que nous avons appris :.
La tête décollée ne présente pas la même expression chez tous les suppliciés : tantôt le visage reste complètement immobile et impassible; tantôt, au contraire, il est le siège de quelques mouvement et de quelques contractions. Dans le premier cas, les muscles de la face sont contracturés : ils tombent immédiatement dans une sorte de rigidité. Dans le second cas, la physionomie demeure tout d'abord au repos aussitôt après le coup; puis, au bout d'une minute environ, les yeux exécutent un ou deux mouvements plus ou moins étendus : les mâchoires s'écartent ensuite et se rapprochent de façon à simuler des bâillements : enfin la face reprend son immobihlé et devient tout à fait inerte. Dans tous les cas, le visage se montre toujours dans le calme le plus completlrois à quatre minutes après la décollation.
Mouvements provoqués dans la tête après la décapitation. — Les mouvements que nous venons de dé-
1 ec
CllAl'lTRK PHKMIRK
crire apparaissaient sponlanémenl, je veux dire .nn. inlervenUon de l'observateur, dans i lêtTL^ a.-'e In
rsnrcetre't'7 ' -'^l-^-'lesXrpr -
Tn! T ' ^'^^ 1'^'^"'^^ excitation d.'.terminée à 0 demander ce qu'elle répond qu.nd on essaie 1 Hi erroger ses sens, quand on cherche à mettre en phasensdHhté générale, la vue, l'ouïe, l'odoraî, le
l'^h,lT^"''"^'' '^''^ ^^^'«"^ rencontréP dans
étude des mouvements spontanés, nous allons la re rouver encore plus grande'dans l'analyse r^ou:
vements pi^voqués. Mais ici, du moins, le au eurs
nieTT ^l^^^ = s'ils affirment, ou s'
ment, leur réponse est en général assez calégo-
Se?isimtéffé?2éraie. - Le plus souvent, la picrûre e le p.ncement de la peau n'ont amené aucun d a. ! gementdans la physionomie. Eckoldt, en frappant en pinçan , en coupantla peau de la face, ne conslata pas la momdre modification dans les traits. Senff a obtenu le même résultat négatif en transperçant les joues avec une aiguille. Dans l'observation de M. Bonnalont c est cà peine si quelques faisceaux musculaires se contractèrent sous l'influence des piqûres faites avec un stylet. MM. Dujardin-Beaumeli et Evrard ont pincé sans résultat la peau des joues cinq minutes ai3res la décollation. Lors de nos recherches à Troves et a Amiens, nous avons reconnu la même inseilsihi lté dans les premiers instants qui suivirent la séparation de la tête. ^
L'accord semble donc unanime entre lous les observateurs : la tête décollée paraît absolument insensible. Je ne connais à ce sujet qu'une opinion divergente, c'est celle de Mojo.n : cet auteur prétend qu après avoir, chez un décapité, piqué avec une aiguille la langue sortie delà ])ouche, il vit cette lano-ue
LA ïl'ïE DES DÉGAl'ITÈS 1^9
se retirer aussitôt et le visage prendre une expression douloureuse. 11 ne m'a pas été possible de savoir au bout de combien de temps après la section du cou Moion avait constaté cette sensibilité; mais ce ne tut pas dans les premières minutes. Nous concevons qu en dehors de toute conscience la rétraction de la langue ait pu se produire par un mécanisme purement réflexe mais nous devons nous tenir en garde contre les assertions de Mojon, lesquelles paraissent souvent au moins suspectes.
Parmi les légendes qui, sous la Terreur, ont contribué à faire croire à la persistance de la vie mentale après la décapitation, celle du soufflet de Charlotte Corday a été la plus populaire et la plus fréquemment invoquée. Nous en avons déjà pris connaissance par la lettre d'OElsner. La tête de Charlotte aurait rougi d'indignation et de pudeur quand l'aide du bourreau lui donua un soufflet en la présentant au peuple. C'était Icà, pensait-on, un mouvement conscient qui ne pouvait avoir lieu qu'en pleine et entière connaissance. Depuis la Terreur, tous les auteurs qui ont écrit sur la décapitation ont rappelé cette légende laquelle, au dire de Cabanis, serait tout à fait dénuée de fondement.
« Quant au trait de Charlotte Corday, dit Cabanis, )> je déclare nettement que je n'en crois rien. Je sais » trop avec quelle facilité l'on voit des merveilles dans » les temps d'agitation et de malheur. Quand les lu- » mières publiques ne permeltent plus de voir des. » miracles, on veut du moins trouver de nouveaux » phénomènes dans la nature.. Je n'ai point assisté à » l'exécution de Charlotte Corday, ni à aucune autre : » mes regards ne peuvent soutenir ce spectacle. Mais » plusieurs personnes de ma connaissance ont suivi, » depuis la Conciergerie jusqu'à l'échafaud, la char- » relte qui conduisait celte femme si intéressante » malgré les maux affreux dont elle a été la cause ou
CUAPITHE l'HEMIfîR
v> clLi moins dont elle a donné le signal : elles ont élé » lemo.ns de son calme admirable pendant la route » et de la majesté de son dernier moment. Un mé- » decm demesamis nel'a pas perdue de vue une seule » mmu e. 11 m'a dit que sa sérénité grave et simple » avait toujours élé la même jusqu'au pied de l'éclia- - laud ou elle avait légèrement pâli, mais que bienlôt » sonbeauvisageavait repris encore plus d'éclat Pour « celte rougeur nouvelle qu'on prétend avoir couvert » ses joues après sa décapilalion, il n'en a rien vu » quoiquil soit observateur clairvoyant et qu'il fût » alors observateur très allentif. Les autres per-
» sonnes dont je viens de parler n'en ont pas vu da- » van l âge.
» Je n'entrerai point dans de plus grandes discus- » sions sur le fait en lui-même : il serait facile de ') démontrer pbysiologiquemeut que rien n'est plus ') ridicule >).
Voilà donc ce qui en est de celte fameuse routeur que tout le monde a conslalée, au dire d'OEIsner Comme SédiUot le faisait déjà remarquer en 1795, personne ne l'a vue, pas un seul témoin ne s'est présenté pour affirmer son existence. Les gens du peuple qui entouraient la guillotine n'étaient même pas d'accord pour dire si celte rougeur s'était produite avant ou après l'exécution. Les uns disaient qu'elle s'était manifestée après la décollation, les autres qu'elle s'élait montrée au moment où le bourreau arracha le mouchoir qui couvrait leçon elles épaules de Charlotte. Dans ce dernier cas, nous comprendrions la pudeur de l'héroïne.
Dans sa dissertation physiologique, LéveiJlé, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, discute cependant la valeur de la légende :
« Je veux bien encore admettre la possibihlé de » cette rougeur; si j'en cherche la cause, elle se pré- » sente d'elle-même et me paraît purement mécani- » que. Enell'et, cette lêle conserverait, je ne dis pas
LA TÈTE DES DECAPITES
. ^1 force vitale, mais bien sa chaleur vitale, car il aut avoir oin de distinguer l'une et i'aulre manière de sVKDrimer. Le sang encore fluide et contenu dansTe pk^ petits vaisseaux capillaires s écoule : Sent^oi^e tout à coup ^o^^^^^îL » rompu par l'impression violente de a main (clu ou et)^ Cet atroce procédé a rapproché les parois : des vaiiseaux : le sang venant de ^M-r su^-^ » rieure n'a pu passer au-dessous de 1 endroit com- » primé; il s'est amassé au-dessus en assez grande » quantité pour produire une petite rougeur que » M. Sue attribue faussement, je crois, a un reste de » iusement et de sensibihté. L'autre cote, ajoute-t-il, « i ?ougi. Ah! pour le cour c'est pousser trop loin » l'obse^ation! Qu'il me soit permis de mer ce dei- » nier fait. Je ne le crois pas plus que le premier, que >, i'ai peut-être eu tort de chercher à exphquer ».
Si aujourd'hui nous vouhons prendre au sérieux la léoende de Charlotte Corday et tenter une explication, nous emploierions sans doute d autres arguments que ceux qu'invoque Léveillé. Nous remplacerions T hypothèse delà compression par a théorie des nerfs vaso-moteurs. Mais, que ce soit 1 intluence de la compression ou l'influence vaso-motrice, fln en laudrait pas moins du sang dans les vaisseaux c e la tete pour produire cette rougeur. Or, resle-t-il dans ces vaisseaux assez de sang après la décapitation.^ nous ne tarderons pas à l'apprendre.
Quoi qu'il en soit, il n'est pas besoin d une explication physiologique pour rejeter la légende, puisque cefle-ci ne résiste même pas devant le plus simple examen historique. Laissons donc pour ce qu'il vaut ce nouvel argument en faveur de la survie de la
conscience.
Vue. — Les excitations portées sur les yeux des décapités ont donné des résultats variables. Wendt
CIIAI'ITRK l'HKMinn
colh nn^ •^'?'^'"/' '"^"^^^l'^temcnt après la âécol auon, le do.gl sur les globes oculaires du supplicié, 11 vit les paupières se fermer aussitôt. Le rédeke cornee^i persistait encore. Nous l'avons du reste reconnu n. Uegnardetmoi, sur le condamné d'Amiens,* pen- Ip l! i4 'f^r ^^c«»^les qui suivirent la chute
clela tete (Voir plus haut). Cinq fois de suite, nous avons touché du bout du doigt le globe de l'œil et l'extrém lé des Cils: les cinq fois, nous avons constaté, à chaque attouchement, un clignement des paupière^ aussi marqué que chez un homme vivant. A la sixième seconde, nous ne pûmes plus rien obtenir. Nous n'avons nen observé de semblable sur le supplicié crue nous avons examiné cà Jroves : mais notre examen avait sans doute été Irop tardif (une minute après la ctecapi talion). . ^
Le réflexe cornéen ne semble donc se manifester que dans les premières secondes. Voilà sans doute pourquoi sa persistance a presque toujours été niée les ditlerents observateurs no cherchant à le déceler
?q7n iT^n^' ^'Y'T^' mhmies. C'est ainsi qu'en 1»7U, MM. Dujardin-Beaumetz et Evrard ont, avec un crayon de mtrate d'argent, cautérisé sans résultat la conjonctive des deux yeux d'un supplicié : cette tentative nefut commencée que cinq minutes après la décapitation : aucune contraction ne se produisit ni clans les paupières, ni dans les globes oculaires. '
Au dire de Wendt, les paupières se fermaient lorsque les yeux du décapité étaient tournés vers le soleil. C était la encore ce même réflexe Cornéen dont nous venons de parler: l'excitation, de la lumière solaire remplaçait celle du bout du doigt. — Mojon déclare aussi que, deux têtes ayant été exposées pendant un quart d'heure environ à une vive lumière, les paupières soulevées se fermèrent rapidement. Nous avons constaté le même fait cà Troyes : nous avons déjà dit que les paupières convulsivement fermées retombaient aussitôt dès qu'on cherchait à les écarter. Il
LA TÊTE DES DÉCAPITÉS
s'asissait d'une simple conlraclure musculaire.
L'aclion de la lumière, lorsque les yeux elaient ouverts, est en général restée inefficace Klein, en exposant au soleil la tête décapitée, n'a observe aucune modilicalion : les paupières demeuraient ouverles comme auparavant. Mais si les yeux ne se son pas fermés, les pupilles ont parfois éprouve quelques clianaements soiis l'influence de la lumière. M. Laborde, en Approchant la flamme d'une bougie, au-devantde 1 œil, a remarqué un rétrécissement de la pupille une première fois au bout de sept minutes, une deuxième au bout de trente minutes après la décapitation, l^ous avons àTroyes, constaté une très légère contraction de l'ouverture pupiUaire en présentant une lumière audevant des yeux après qualre mjnules. A Amiens, nous n'avons rien observé de semblable. MM. Dujardin-Beaumelz et Evrard n'ont, eux non plus, constaté aucune modification dans l'élat des pupilles sous 1 influeuce de la lumière.
Tous ces mouvements provoqués dans les paupières et dans les pupilles s'expliquent facilement sans l'intervention de la conscience. Ce sont de simples actes réflexes. Lés mouvements à apparence volontaire n'ont jamais été obtenus: les yeux sont en effet toujours restés inertes quand on présentait au-devant d'eux des objets capables d'étonner ou d'effrayer. Friedreich a approché vivement une lancette devant les yeux de plusieurs décapités sans voir survenir le moindre changement dans la physionomie. Les tentatives de Senff n'ont pas eu plus de succès. Nous avons, nous aussi, constaté la même indifférence et la même impassibilité.
Ouïe. — C'est à propos des excitations portées sur le sens de l'ouïe qu'ont été inventées les histoires les plus fantaisistes au sujet de la survie mentale des décapités. Des têtes décollées auraient répondu par des
CIIAPITHK TREMIER
moiivemeiits du visage à l'appel qui leur était adressé. Wendt raconte qu'ayant, aussitôt après la décollation, approché sa bouche de l'oreille d'un criminel et l'ayant appelé par son nom, les yeux se tournèrent du côté d'où la voix venait. Voici une autre légende non moins curieuse : on crie le mot assassin àl'oreille d'un décapité, on voit alors les yeux demi clos s'ouvrir largement et regarder les assistants avec une expression d'étonnement que je ne m'explique d'ailleurs pas. Mojon nous dit aussi qu'un guillotiné, nommé Dulillier, tournait les yeux du côté où on l'appelait: Nauclie et Aldini auraient été témoins de faits analogues.
Et qu'est-ce que tout cela prouverait même si les observations étaient vraiment exactes ? C'est que les têtes décollées ont exécuté des mouvements des yeux au moment où un appel leur a été adressé. Mais ne savons-nous pas que ces têtes exécutent ces mêmes mouvements alors qu'on ne leur adresse pas le moindre appel, alors qu'on ne les interroge nullement? Rappelons-nous d'ailleurs la prudente réserve de Klein : « Les yeux, dit-il, se tournèrent doucement en » dehors, puis en dedans: si, par hasard, on avait » uiterrogé la tête à ce moment, on aurait pu croire )) qu elle regardait les assistants et qu'elle voulait ex- » primer quelque chose, w
Les affirmations contraires sont du reste très nombreuses : ce sont celles qui proviennent des observations les plus dignes de foi. Les deux décapités que M. Bonnafont a appelés par leur nom, au moyen d'un porte-voix apphqué sur leur oreille, n'ont pas donné le plus léger signe de conscience. En employant le même procédé, quoique plus tardivement, MM. Dujardin-Beaumetz et Evrard n'ont pas constaté la moindre trace de vie mentale. Nousavons, nous aussi, crié fortement aux oreilles des deux suppliciés de Ti-oyes et d'Amiens sans amener une modification quelconque dans leur physionomie.
LA TÉTE DES DÉCAPITÉS
Odorat et Goût. — MM. Diijardin-Beaumelz el Evrard ont placé sous les narines d"un supplicié, cinq minutes après la décoUalion, un tampon de charpie imbibé d'un excès d'ammoniaque. Ils n'ont aperçu aucune contraction des ailes du nez ou de la face. Le même tampon, appliqué sur les lèvres, n'a pas modifié non plus la torpeur dans laquelle la tête était tombée.
Excitation de la moelle épinière du côté de la tête décapitée. — Le bout de moelle épinière, attenant à la tête après la décapitation, a été dans plusieurs cas soumis à des excitations mécaniques et électriques. Ces excitations ont parfois donné lieu à des mouvements convulsifs de la face, mouvements qu'on a regardés comme des manifestations de la volonté survivante. « Leveling qui souvent, sur les lieux desup- » plice, a irrité la partie de la moelle épinière qui » était rattachée à la tête, assure que les convulsions )) de la tête ont été horribles » : aussi Sœmmering, qui l'avait engagé à pratiquer ces expériences, regpeite-t-il d'avoir donné ce conseil avant d'y avoir bien réfléchi.
Les recherches de Wendt, en J803, montraient, ehes aussi, que l'excitation du bout de moelle, par un trois-quart, donnait aussitôt à la face l'expression d'une vive douleur. Si Ton introduisait un doigt dans la bouche du décapité pendant que l'on irritait la moelle, le doigt se trouvait serré avec tant de force qu'on ne pouvaitle retirer qu'après avoir cessé l'excitation. Un faible courant galvanique suffisait pour mettre en mouvement tous les muscles du visage.
Dans les observations faites par Klein, la tête étant venue s'appliquer sur le sol par sa partie sectionnée, la face tut prise de quelques contractions.
Ces mouvements ne se sont cependant pas manifestés toutes les fois qu'on a cherché aies provoquer. Pour notre compte, quand, de deux à quatre minutes
^''^ CUAl'lTRE l'ItEMllvR
après la decapitalion, nous avons comprimé avec le doigl ou déchiré avec l'ongle le bout céplialique de moelle épmière, nous n'avons conslalé aucun changement dans la physionomie. Au contraire, M Laborde a pu, en excitant la moelle après trente minutes, provoquer des mouvements assez prononcés de la langue.
Je me hâte toutefois de faire des réserves à l'é^^ard du mécanisme de ces divers mouvements. J'ai déjà montre (p. 42), à propos des expériences sur les animaux, combien varient dans leurs résultats les excitations électi-iques de la moelle épiiiière, suivant (lue les deux électrodes étaient portées sur le segment médullaire ou selon que l'une reposait sur la moelle et l'autre sur les tissus environnants. C'est en opérant de cette dernière manière qu'AIdini, et après lui plusieurs autres expérimentateurs, ont vu se produire dans le visage des décapités ces soubresauts et ces convulsions qui ont aidé cà la formation de tant de légendes ridicules.
En résumé, les mouvements qu'on a pu provoquer dans les têtes décollées ont toujours été très rares et très fugaces. Je ne parle naturellement pas ici des contractions obtenues en excitant les nerfs et les muscles, contractions qu'on peut produire avec la plus grande facilité et la plus variable intensité longtemps après la décapitation. Les seuls mouvements dont l'existence ne peut être niée, c'est-à-dire ceux des paupières et des pupilles, constituent de simples réflexes analogues à ceux que nous avons rencontrés chez les animaux décapités. L'intervention de la conscience dans le mécanisme de leur production parait absolument inadmissible : c'est là du moins ce que nous avons maintenant à démontrer.