CHAPITRE DEUXIKMK
claire; jele crois, des dôplacomeiils des mâchoires des bâillements qui se sont produits dans ia tôle do quelques suppliciés. Ces mouvements sont de tous points analogues à ceux que fait un noyé ou un asphyxié avant de tomber en complète inertie : ce sont des mouvemeuts respiratoires du visage.
Une seule chose peut maintenant nous étonner et demeurer inexphcable: c'est l'absence complète de ces mouvements chez quelques décapités. Si en eflet, les têtes examinées par Klein, par M. Holmgren par M. PetKgand, ont ouvert et fermé plusieurs fois la bouche, celles qu'ont observées M. Bonnafont M. Kigby, celles que nous avons étudiées, M Re^-nard et moi, sont restées absolument immobiles. Pou%uoi cette différence si marquée ? L'hémorragie a existé dans Ions les cas, l'asphyxie a eu pai lr.nt les même-ï raisons de se produire, les mouvements auraient donc toujours dû se manifester.
Nous voilà dans une situation un peu embarrassante. Tout cà l'heure, avec les philanthropes, nous étions inquiets en face de ces mouvements présentés par quelques têtes décapitées : nous nous demandions s'ils n'étaient pas dirigés par la volonté, s'ils n'étaient pas l'expression de la souffrance. Maintenant, avec les physiologistes, nous en arrivons à conclure qu'en l'absence de toute vie consciente ces mouvements dévraient toujours exister: et cependant nous ne les constatons point dans la moitié des cas. Comment allons-nous concilier ces faits et supprimer ces contradictions?
Nous n'avons jusqu'ici envisagé parmi les effets de la décapitation que le rôle de l'hémorragie et de l'asphyxie. Nous avons à dessein négligé l'inlervention d'un autre facteur très puissant: nous n'avons pas parlé de l'irritation violente portée sur le système nerveux par le passage du glaive ou de la hache. Les nerfs sensitifs et moteurs delà région du cou, les ra-
LA TÉTE DES DÉCAPITÉS
cines postérieures et antérieures, les cliiîérents cordons qui constituent la moelle épinière reçoivent une excitation des plus intenses au moment de la décollation. C'est là, il est vrai, une excitation de nature mécanique et de courte durée; mais elle n'en a pas moins des résultats considérables: elle se trouve d'ailleurs bientôt renforcée par toutes les causes d'n^ritation extérieures (action de l'air, action de la température, contact des corps étrangers, etc.), qui viennent agir sur la plaie sitôt formée.
Or, que produisent les excitations de ces différentes parties du système nerveux? Les nerfs moteurs réagissent directement par des mouvements des muscles dans lesquels ils se terminent. Les nerfs sensitifs transmettent aux centres médullaires ou bulbo-protubérantiels l'impression qu'ils ont reçue : les centres, à leur tour, répondent, en donnant aux nerfs moteurs, d'après le mode réflexe, l'ordre de mettre en action des glandes ou des muscles : de là production de nouveaux mouvements. Les différentes parties de la moelle épinière se comportent à peu près de même suivant qu'elles sont motrices ou sensitives. Le résultat définitif, tel que nous le prévoyons par un examen rapide et théorique, consistera donc dans l'entrée en contraction d'un certain nombre de muscles: les mouvements ainsi provoqués auront les uns une origine directe, les autres une origine réflexe.
Voici par conséquent encore une autre explication des mouvements qui se manifestent dans les têtes décollées. Les excitations portées sur les divers points du système nerveux doivent amener la contraction de muscles plus ou moins éloignés. C'est sans doute à ces causes que sont dus les déplacements des yeux signalés dans quelques cas : c'est à elles du reste que nous avions rapporté les grimaces et les convulsions qui se montrent dans le visage du chien aussitôt api'ès la décapitation.
Ainsi, à en croire nos prévisions, les têtes décollées