CHAPITRE DEUXIÈME
iiiliibe l activité d'autres centres. C'est encore là ce qui arrive lorsqu'on arrête les mouvements de l'estomac en excitanlla moelle cervico-dorsale. L'estomac comme le cœur, contient des centres rédexes pour ses propres mouvements. Ces centres sont, au moyen du nerl splanchnique, en relation avec les centres méctuliairescervico-dorsaux. Si l'on excite ces derniers ou si Ion stimule le nerf splanchnique intercentral, on paralyse, on inhibe l'activité des centres intrai-astriques : 1 estomac demeure immobile.
Les centres réflexes peuvent par conséquent a-ir les uns sur les autres soit pour s'exciter, soit po^'ur smhiber, s interférer.
Les recherches de M. Brown-Séquard ont notablement étendu le champ de ces phénomènes d'inhibition. G est à des influences de cet ordre que lesavant physiologiste rapporte ces morts brusques qui surviennent parfois.àla suite de coups reçus sur certaines régions. Il y a en effet quelques parties spécialement impressionnables du corps (bulbe, larynx, épigastre, testicules, narines, etc.), dont l'irritation va à distance produire un arrêt plus ou moins durable de certaines fonctions. Si l'irritation est suffisamment forte, les fonctions peuvent disparaître sans retour: la mort peut en être la conséquence si les fonctions supprimées étaient essentielles, primordiales.
Cette mort par inhibition aurait, d'après M. Brown- Séquard, trois caractères particuliers.
r Elle survient sans agonie, dans le plus grand calme, sans convulsions ;
2° Elle s'accompagne d'un arrêt des échanges entre les tissus et le sang; aussi ce derwier resle-t-il rouge dans les veines au lieu de devenir noir comme dans la mort par asphyxie;
3° Elle est suivie d'un abaissement très rapide de la température du cadavre.
El pourquoi cette mort est-elle calme, pourquoi
LA TÈTE DES DÉCAl'lTÉS
arrivc-l-elle sans que l'individu soit pris de mouve meuls et de convulsions? c'est que l'irrilalion qui vient de retenlii- surles centres nerveux a annulé, a inhibé leur pouvoir réllexe et leur pouvoir automoteur. Ces centres paralysés ne peuvent plus réagir, ne peuvent plus donner aucun ordre aux nerrs moleurs, ne peuvent plus provoquer l'entrée en contraction des différents muscles. Aussi, quand une impression leur sera apportée, ils resteront sourds et insensiijles : l'impression demeurera non avenue et par suite les muscles n'auront aucun ordre pour entrer en mouvement. Que les nerfs sensitifs, que les organes sensoriels reçoivent les excitations les plus variées, les centres correspondants resteront frappés de stupeur: ils n'entendront pas et ils ne répondront pas. Que, par suite de la cessation des actes respiratoires, le sang perde tout son pxygèneet se surcharge d'acide carbonique, ce sang asphyxique, qui d'ordinaire excite si violemment les centres nerveux, sera maintenant sans influence : les centres se laisseront empoisonner sans réagir et les convulsions asphyxiques feront absolument défaut.
Voilà jusqu'où peut aller l'inhibition, ce qu'on appelait, il y a quelques années, les effets du choc et de la stupeur. Mais, en réalité, cette inhibition n'éteint pas les manifestations de l'asphyxie puisque celle-ci n'existe pas dans ce genre de mort, puisque les échanges entre les tissus et le sang se trouvent arrêtés, puisque le liquide sanguin reste rouge et conserve son oxygène.
^ Nous trouvons souvent un tableau complet de cette nrîort par inhibition chez les chiens auxquels on sectionne brusquement la moelle allongée en enfonçant uu stylet entre l'occipital et l'atlas. Si l'opération est exécutée rapidement, la mort survient sans agonie et sans convulsions : la tête demeure immobile en présentant quelquefois une contracture des ma-
is
'^•^^'^ CIIAPITHE DEUXIÈME
choires : le (ronc reste iiieiie avec les membres aulérieurs llasques et les postérieurs momeulauemeul coiilraclurés. La mort arrivedansle plus grand calme : je n'ai pas besoin de rappeler (voir p. 56) que laclivité psychique semble cesser aussitôt après la seclion médullaire et qu'aucun vestige de conscience ne peut alors êti'e décelé.
Nous avons vu aussi que M. Brown-Séquard avait provoqué celle même mort par inhibition, chez le chien, en irritant la région laryngée.
Chez l'homme, nous rencontrons, dans les Archives môdko-légales, quelques exemples de ce genre de mort à la suite de coups portés sur le larynx, sur la nuque, sur l'épigastre ou sur les leslicules. Dans ces différents cas, la victime s'est affaissée sans la moindre convulsion et l'autopsie n'a cependant révélé aucune lésion morlelle.
Celte brève description de la mort par inhibition ne nous offre-t-elle pas le lableau de la mort chez l'homme décapité? N'avons-nous pas constalé chez quelques suppliciés celte absence complète de réaction après la chute delà tête? JN'avons-nous pas reconnu dans la physionomie celle immobilité et cette impassibilité lémoignant de la paralysie et de la stupeur des centres nerveux? El même, chez les suppliciés qui ont présenté ces fameux mouvements dont nous avons fait une élude détaillée, ces centres ne se sont-ils pas montrés relativement engourdis ? Les contractions du visage n'onl-elles pas été beaucoup plus faibles et beaucoup plus rares qu'elles n'auraient dû l'être si la moelle cérébrale avait gardé loute son excitabilité ? Rappelons-nous que dans le cas oij les mouvements réflexes les plus ncls ont pu être provoqués (deuxième observation de Ws\. Regnardel Loyc), • ces mouvements n'étaient plus décelables sept secondes après la décollation : souvenons-nous que le plus souvent la tête n'a donné aucune réponse aux
LA TIÎTE DES DRCAI'ITÉS
excilalions de diverse nature portées sur les organes des sens ou de la sensibilité générale, qu'en un mot les centres nerveux sont restés sourds et inhibés.
La tête de l'houime décapité meurt donc par inbibilion : nous en aurons du reste une nouvelle preuve quand, àl'aulopsie, nous verrons le sang encore rouge dans les vaisseaux de l'encéphale. Celte inhibition peut êlre absolue et définitive : la tê(e n'exécute pas alors le moindre mouvement. D'autres fois, au contraire, elle peut se monlrer incomplète et transitoire : dans ce cas les centres nerveux se réveillent de leur engourdissement au bout d'une ou deux minutes et reprennent au moins en partie leur excitabilité : les excitations dues soit au sang asphyxique, soit aux irritants extérieurs, retentissent sur eux et provoquent quelques bciilleraents et quelques légères convulsions. Ce réveil selimite d'ailleurs toujours aux centres médullaires bulbo-protubéranliels : les centres psychiques ne sortent pas de leur inertie.
Quant à celte contracture subite, que nous avons constatée, M. Regnardet moi, dans les mâchoires de deux guillotinés, il me paraît difficile d'en proposer une explication rigoureuse. Nous savons qu'elle apparaît quelquefois chez les individus qui succombent à la suite d'un choc violent, surtout quand la région atteinte a été la base du crâne ou la parlie supérieure du cou : nous savons, par exemple, que des soldats, dont la tête a été emportée par un boulet, sont devenus instantanément rigides et qu'ils sont restés figés dans la position qu'ils occupaient au moment oîi le coup a été reçu. Mais nous ne connaissons pas suffisamment les causes de ces contractures et de ces rigidités précoces: disons simplement qu'elles paraissent être les unes et les autres de la même nature, qu'elles semblent provoquées par une excitation énergique du système nerveux, et ajournons toute discussion plus étendue sur leur origine.
^'J^ CIJAI'ITRIÎ ItKUXlÈMB
Voilà le résumé de nos connaissances pliysioloo-jques sur l'étal de la (ôle de l'iiomme aussitôt après"la décapitation. Les changements les pins considérables que subit cette tête décollée résultent les uns de l'hémorragie, les autres de l'excitation du système nerveux. C'est ce dernier facteur qui prédomine chez l'homme, contrairement à ce que nous avons observé chez le chien : c'est lui qui agit le plus énergiquemenl ; il peut même être assez intense pour masquerles effets de la perte de sang.