CHAPITRE OUATIUÈME
du sang n était pas instantané et que le jet commençait seulement au bout de quelques secondes. Celte Observation, la seule que je connaisse, confirmerait les conclusions que j'ai tirées de mes expériences sur les animaux. Le cœur, chez l'homme comme chez le chien, s arrêterait donc aussitôt après le coup sous 1 influence de l'excitation des nerfs pneumogasiriques par 1 instrument tranchant : puis il retrouverait ensuite son activifé pour ne la perdre que plus tard d une façon définitive.
Cet état du cœur est-il identique chez tous les décapités ? Les jets de sang présentent-ils chez tous la même énergie? Les battements cardiaques persistent-ils toujours aussi longtemps ? Nous manquons des éléments de comparaison nécessaires pour répondre à ces questions : mais nous pouvons cependant supposer qu'il existe des différences assez marquées entre les divers décollés. Les exécuteurs disent en effet que la quantité de sang expulsée par le corps est loin d'être la même chez tous les suppliciés : les uns saignent beaucoup plus que les autres. Et quelles sont les causes de ces variations? La principale lient sans doute à l'état mental des condamnés : selon que le patient est plus ou moins affaissé, selon qu'il se trouve dans un état voisin de la syncope ou qu'il garde au contraire sa tranquillité d'esprit, le fonctionnement du cœur doit être notablement modifié. L'individu déjà anéanti au moment oii il reçoit le coup n'a probablement pas la même vigueur cardiaque que celui qui reste impassibe en face du supplice.
Le cœur est donc Yultimiim moriens dans le corps du décapité : les mouvements respiratoires sont au contraire les premiers à disparaître après la décollation. Dès que le cou est sectionné, la respiration cesse d'une façon absolue : la poitrine demeure complètement immobile. Nous avons du reste constaté le même arrêt chez les chiens décollés. Toutefois, chez ces derniers, nous avions reconnu, grâce aux
LE TRONC DES DÉCAPITÉS ^'
nrocédés de la méthode graphique, 1 existence c un mfoncï mouvement inspiratoire au momen même r r êle était abattue: nous avions trouvé l'origine de celte o'^nde inspiration dans l'excitation c e la moelK^^^^ 1^ passage du couteau
S^waZi^^ quelque chose d'analogue dans le tronc Te l'homme décapité? Nous n'en savons rien, ca , pas pli s que pour l'étude des battements du cœur, Tous ne pouvons placer avant l'exe^cution des appareils inscripteurs sur la poitrine du ^«"damné II est probable que, chez l'homme comme chez le ch en^ le thorax présente une inspiration profonde, a 1 mstant où la moelle épinière est coupée : mais aucune observation ne nous autorise à nous montrer athr-
matifs à cet égard.
Quand, sur le corps d'un décapité, on excite, au moven d'un courant électrique, la moelle épiniere cervicale au point delà section, on provoque quelques contractions des muscles du thorax et des épaules, contractions qui peuvent simuler des mouvements respiratoires plus ou moins irréguliers. Mais, dans ce cas il s'agit, sans doute, d'une excitation directe des racines nerveuses motrices plutôt que d'une stimulation de la moelle eUe-même. Celle-ci semble en elle presque immédiatement inexcitahle : quel que soit l'irritant porté sur elle, elle réagit à peine par quelques contractions de la partie supérieure du tronc ; elle ne met en mouvement aucun muscle de 1 abdomen ou des membres inférieurs. L'excitation de la moelle équivaut en somme à ceUe des premières paires moirices des régions cervicale et dorsale. Les centres nerveux médullaires paraissent frappés de stupeur dès les premières minutes qui suivent la décapitation.
Les troubles des deux grandes fonctions circulatoire et respiratoire dans le corps décollé nous sont à présent connus. Le cœur expulse le sang par les ar-
ODAPITRE QUATRIÈME
tères sectionnées : l'expulsion ne larde pas à être à peu près complète et le tronc devient exsangue D'au tre part à la suite de la respiration, la faible quantité (le liquide sanguin restée dans les vaisseaux ne peu! plus s artérialiser : delà impossibilité pour ce san^ de se ravitailler en oxygène et de se débarrasser de son acide carbonique. Ces troubles circulatoires et respiratoires se traduisent donc par l'hémorrao^ie et 1 asphyxie, par l'anémie et Fanoxhémie des tissus Que devra-t-il en résulter? Quels devront être en particulier les effets de ces importantes modificalions sur les centres nerveux médullaires? Ces elfets la théorie nous le fait prévoir, consisteront en des convulsions plus ou moins violentes et en des mouvements plus ou moins généralisés : c'est là, nous le savons, l'influence du sang asphyxique sur le pouvoir automoteur des centres nerveux. Le corps devra donc s agiter, les membres se tordre, les cavités se vider etc.. : le tronc devra, en un mot, présenter le tableau que nous avons décrit en étudiant la décapitation du chien.
Or, tout ce que nous avons rapporté plus haut prouve qu'il n'en est rien : le corps de l'homme décapité reste immobile. C'est seulement dans ces légendes bizarres et invraisemblables, citées au début de ce chapitre, que nous trouvons des exceptions sur la valeur desquelles nous ne pouvons pas nous arrêter. L'homme semble donc se comporter tout autrement que le chien après la décollation : le corps du premier reste complètement inerte alors que ce ui du second est agité de mouvements et de convulsions bien marqués. Cbez l'un. la décapitation arrête subitement toute activité extérieure: chez l'autre, elle provoque la contraction de tous les muscles du tronc. Chez l'un, la machine est instantanément enrayée: chez l'autre, au contraire, elle fonctionne avec la plus grande énergie et dans le plus complet désordre.
LE TRONC DES DÉCAPITÉS
Quelle est la cause de celle dirierence? Le corps du cliien décapité se montre tel que la théorie le faisait prévoir: il se convulsé sous l'intluence de l'anémie et de l'asphyxie qui envahissent les centres nerveux médullaires. Pourquoi le tronc de l'homme décollé ne présente-t-il pas la même agitation? Nous avons déjà rencontré pareille dissemlilance en étudiant la tête décapitée: mais l'opposition entre les deux types ne nous avait pas semhlé aussi absolue. Nous avons dit alors, et nous devons le répéter maintenant, qu'un facteur, autre que l'hémorragie et l'asphyxie, inlervenaitchez l'homme d'une façon très puissante. Ce nouveau facteur, c'est la violente excitation du système nerveux central, c'est une cause à'mhibuion énergique.
Les nerfs sensitifs de la région cervicale, les racines postérieures, les parties sensitives de la moelle épinière reçoivent une intense irritation au moment du passage du couteau et de la section racliidienne. Cette irritation, transmise aux centres nerveux médullaires, arrête, inhibe leur activité : ces centres sont alors engourdis, paralysés d'après un mécanisme que nous avons essayé de définir dans un autre chapitre. Toute excitation apporlée à ces centres restera donc inefficace, qu'elle soit conduite par des filets centripètes (mode réflexe) ou qu'elle agisse directement sur les cellules centrales (mode auto-moteur). Les stimulations exercées dans les diverses régions du corps n'auront aucun résultat : l'hémorragie et l'asphyxie ne trouveront pas non plus de centres excitables. Le corps demeurera par conséquent inerte et immobile ; il ne présentera ni mouvements généraux ni convulsions. La mort surviendra sans agonie.
La tronc de l'homme décapité meurt donc par inhibition, alors que celui du chien décollé succombe surtout par asphyxie. Mais, même chez ce dernier, il se produit des phénomènes inhibitoires, aussitôt après la décollalion : à la suite des mouvements initiaux des membres postérieurs, le corps reste enelfet