‹ La mort par la décapitationChapitre 49 sur 59 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

immobile pendant une demi-minute environ. On sait en outre que, même chez la grenouille, une très violente excitation du bulbe et de la moelle épinière épuise momentanément le pouvoir réllexe de ces centres nerveux: l'abolition des fonctions de la moelle et du bulbe dure pendant un certain nombre de minutes, puis, peu à peu, les fonctions reparaissent. Il n'y a donc, en réalité, chez l'homme, qu'une différence de degré au point de Yue des effets inliibiloires consécutifs à la décapitation. Chez lui, rinhibilion est d'une durée plus longue : au moment où elle pourrait cesser, les conditions vitales ont déjà disparu: les cellules nerveuses sont mortes pendant leur torpeur.

Mais pourquoi le cœur n'est-il pas frappé de cette inhibition? pourquoi continue-t-il à battre au milieu de l'arrêt des autres activités? D'abord, nous ne sommes pas certains qu'il n'y ait pas une suspension des battements cardiaques aussitôt après la section du cou : il est probable au contraire, nous l'avons vu plus haut, que le cœur s'arrête pendant quelques secondes à ce moment; l'excitation violente du nerf vague par l'instrument tranchant amène sans doute une cessation momentanée des contractions cardiaques. Celte cessation n'est toutefois que de très courte durée, car les jets de sang ne tardent pas à se montrer avec une "grande vigueur. Devons-nous chercher dans l'indépendance fonctionnelle du cœur la cause de cette persistance des battements? Peut-être. Le cœur porte en lui-même le mécanisme de ses mouvements ; chacun sait, en effet, que le cœur d'une tortue ou d'une grenouille peut être enlevé du thorax et continuer à battre rylhiniquement. L'innervation qui lui vient du bulbe ou de la moelle ne sert qu'à modérer ou à accélérer le jeu de ce mécanisme. Aussi quand, après la décapitation, le bulbe et la moelle sont inhibés et engourdis, il est possible que les centres nerveux intra-cardiaques fonctionnent encore et que les battements se produisent avec une certaine régularité. L'excitation

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du nerf pneumogastrique consécutive à la décollation a pu provoquer un arrêt temporaire de l'activité du cœur : elle a été insuftisanle pour amener une inhibition prolongée ou définitive.

11 n'en est plus de même de l'arrêt des mouvements respiratoires. Ceux-ci sont sous la dépendance générale du centre imlbaire et sous la dépeudance particulière des centres de la moelle. Or le bulbe est ici complètement séparé du tronc; il est resté attenant à la tête aprèsla décapitation : soninfluence ne peut donc plus se faire sentir pour coordonner les mouvements respiratoires. Qu'on accepte la théorie du nœud vital de Flourens ou qu'on se raUieàcelle del'iuhibition exposée par M. Brown-Séquard, il n'en est pas moins vrai qu'après la section du cou la respiration doit s'arrêter absolument : elle s'arrête soit parce que le nœud vital est supprimé, soit parce que, avant cette suppression, l'excitation du bulbe aproduitl'inliibition respiratoire. D'autre part, les centres médullaires qui président à chaque mouvement particulier du thorax, des épaules, du diaphragme, sont paralysés, nous l'avons vu, par l'irritation consécutive à la décollation. L'arrêt des mouvements respiratoires n'a donc rien d'imprévu ni d'anormal : il est de tous points conforme à ce que nous a appris la physiologie expérimentale.

Au fur et à mesure qu'on s'éloigne de l'instant de l'exécution, le corps décapité perd peu à peu toute trace de vitalité dans ses ditîérents tissus. Les nerfs ne répondent bientôt plus aux excitations qui leur sont portées : plus tard, les muscles cessent de se montrer irritables. La perte de l'excitabilité des nerfs moteurs arrive à des périodes variables suivant la lempératurè extérieure et suivant le nerf considéré. Ainsi le phrénique meurt avant le crural : ainsi les propriétés nerveuses se conservent plus longtemps au froid qu'à la chaleur. Quoi qu'il en soit, il semble qu'au bout d'une heure il ne reste plus dans le tronc

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un seul nerf moleur excitable par l'éleclricilé \ Les muscles, an conlrairc, survivent beaucoup plus longtemps. M. Brown-Séquard a pu mettre en jeu, sur des corps de suppliciés par décapitation, la contraclilité musculaire au bout de douze et même de quatorze heures : sous l'influence de l'excitation directe, le raccourcissement du muscle, d'abord très apparent, s'atîaiblit de plus en plus et se traduit bientôt par un simple gonflement au point irrité. 11 a été en outre possible à M. Brown-Séquard de ramener l'irritabilité disparue en injectant du sang artériel dans les vaisseaux des muscles : les contractions se sont alors montrées comme auparavant.

Ces notions sur la perte de l'excilabilité des nerfs et des muscles nons permettent d'apprécier maintenant les expériences de M. M. Duval et de M. Ch. Robin sur la persistance des actes réflexes chez les décapités . Le premier de ces savants avait, disait-il, provoqué des mouvements réflexes une heure trois quarts après rexéculion : le second affirmait en avoir décelé la présence une heure après la chute de la tête. Nous avons d'ailleurs dit plus haut en quoi consistaient les mouvements ainsi provoqués. Mais nous savons à présent qu'au bout du temps indiqué par M. Duval et par M. Robin, les nerfs moteurs ne répondent déjà plus à leur excitant de prédilection, à l'agent électrique : nous savons d'autre part que les nerfs moteurs sont les derniers survivants du système nerveux, qu'ils peuvent, alors que les centres sont déjà morts depuis un certain temps, donner encore des marques très évidentes de leur excitabilité. Par conséquent, les mouvements obtenus au bout d'une heure ou d'une heure trois quarts, au moyen de l'irrilalion mécanique de la peau, ne sont pas dus à des réflexes : les centres nerveux ne sont pour rien dans leur produc-

1. M. Ilolmgren a constaté, cliez un supplicié, que le nerf crural 6lail inexcitahle 20 minutes après la décollation.

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tion, les nerfs moteurs eux-mêmes n'ont aucune part dans leur genèse.

Mais quelle est clone l'origine de ces mouvements / Elle réside dans l'excitation mécanique directe des muscles sans médiation de la moelle épinière ou des nerfs moteurs. Ces mouvements se réduisent en réalité àdes contractions idio-musculaires. Voici, du reste, quelle était à cet égard lopinion de M. Vulpian : « M. Duval, dit-il, ne considère comme réflexes que » les mouvements qu'il a provoqués en pinçant la )) peau. Mais on n'est pas autorisé, suivant moi, à » regarder ces mouvements comme réflexes. 11 est » impossible en efl^et de pincer la peau sans froisser » plus ou moins la surface des muscles sous-jacents ; » or, la contra ctilité, un certain temps après la mort » violente, est mise en jeu avec la plus grande faci- » lité par ces excitations mécaniques, et c'est, sans ). aucun doute, à un phénomène de contraction idio- » musculaire qu'il faut encore, dans ce cas, rapporter » Jes mouvements observés dans les muscles.

» M. Ch. Robin a bien eu soin aussi de n'attacher » d'importance qu'aux mouvements provoqués par » l'irritation de la peau... Mais quelque ressemlDlance » qu'il y ait pu avoir entre ces mouvements et des .) mouvements rédexes, je crois qu'il n'y a eu, encore » dans ce cas, que des phénomènes de contraction » idio-musculaire. Le frottement exercé sur la peau » avec une pointe de scalpel, sur une étendue de dix » à onze centimètres, au niveau du grand pectoral, a » dû déterminer une contraction de ce muscle et tout » le mouvement obtenu a été vraisemblablement le » résultat de cette contraction. Il est probable qu'au- » cun autre muscle ne s'est contracté... Pour donner » des résultats significatifs, ce n'est pas en pinçant la » peau sur une surface probablement assez large, ni » en la frottant sur une étendue de 10 à 11 ceutimc- » très, qu'il faudrait chercher à l'exciter : mais » il faudrait limiter l'excitation à un point très res-

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