CHAPITRE OUATltlliME
» treint du tégument cutané et il conviendrail d'éviter V les agents d'irritation pouvant provoquer une sti- » mulation mécanique des muscles sous-jacents » Yulpian rappelle en outre que, dans des expériences sur des chiens décapités, il a reconnu que les mouvements réflexes deviennent impossibles au bout de trois ou quatre minutes : les racines antérieures des nerfs perdent leur motricité au bout de vingt minutes et les nerfs eux-mêmes au bout d'une heure. 11 est donc tout à fait légitime de rejeter les interprétations de MM. Duval et Robin et de regarder comme de simples contractions idio-musculaires les mouvements provoqués par ces expérimentateurs.
En même temps que disparaissent l'excitabilité des nerfs et l'irritabilité des muscles, la température s'abaisse dans le tronc décapité. Nous n'avons pas de renseignements précis sur la manière dont se fait cette perte de chaleur : mais il ne semble pas que le refroidissement du cadavre s'opère avec une grande rapidité. Ainsi M. Laborde a trouvé, une heure et demie après la décapitation, une température de 37° 2 dans l'intérieur du sac péricardique et dans la région hépatique : chez un autre supplicié, la température intérieure de l'abdomen était encore de 36M deux heures un quart après l'exécution.
Nous avons, M. Regnardet moi, constaté une température rectale de 33° chez un homme guillotiné depuis trois heures. Cette lenteur du refroidissement paraît en désaccord avec nos connaissances sur la •mort par inhibition : un des caractères de cette mort consiste en effet, d'après M, Browu-Séquard, dans la rapidité avec laquelle le cadravreperd sa chaleur. Or il ne semble pas que le corps des suppliciés par décapitation se refroidisse beaucoup plus vite que celui
1. Vulpian, arl. Moelle épinière, Dict. encyclop. des Sciences médicales .
LE TRONC DES DÉCAPITÉS ^à'd
des individus ayant succombé à un autre genre de
mort. , r ■ 1 1
L'apparition de la rigidilé cadavérique dans le corps décapité ne semble offrir non plus rien de spécial. Nous l'avons vue commencer trois heures après l'exécution dans les membres inférieurs ; trois heures plus tard les membres supérieurs étaient encore souples. Chez un supplicié, examiné par M. Ch. Robin, la rigidité s'est montrée au bout de quatre heures et deniie en débutant parles muscles des cuisses et du mollet. MM. M. Duval. Rochard et Petit ont signalé sa prompte apparilion chez l'un des décapités dont ils ont fait l'étude : mais ils n'ont pas indiqué exactement l'époque à laquelle elle a commencé. Enfin, M. Holmgren cite au contraire un cas dans lequel les muscles n'étaient pas encore roides au bout de huit heures. Quant à la rigidité des fibres musculaires hssesdeTapeau, produisantl'état de chair de poule, elles est montrée quatre heures et demie après l'exécution dans le cas rapporté par M. Ch. Robin : elle a envahi successivement la peau des cuisses, des bras et des épaules. Quoiqu'il en soit, la rigidité cadavérique ne paraît avoir aucun caractère particuher à la suite de la mort par la décapitation.
Voyons maintenant ce que peut nous apprendre l'autopsie du tronc décoUé : examinons la région sur laquelle a passé l'instrument tranchant et étudions les troubles survenus dans les différents organes.
La plaie du cou siège à un niveau variable, nous l'avons déjà constaté en observant la tête décapitée. Rappelons simplement que le couteau porte le plus souvent sur la troisième vertèbre cervicale. Cette plaie est irrégulière comme celle de la tête, les divers tissus ne se rétractant pas d'une manière uniforme. Mais ce qui, dans les premiers instants qui suivent la décapitation, distingue la plaie du corps de la plaie céphali-
CUAPITHIÎ OUAÏHIÈMIî
que, c'est que la premici-e présente pendant quelques minutes des battements artériels bien marqués faisant complètement défaut dans la deuxième. Quand ces battements ont cessé, la surface de section du côlé du corps ressemble h celle du côté de la tête. La peau rétractée laisse ci nu les muscles de la nuque : les artères, les nerfs, les veines sont enfoncés au-dessous du plan de la section ; l'œsophage se montre également en retrait; la trachée ou le larynx (suivant le niveau oii le coup a été porté) restent béants au milieu de la plaie. Quelquefois les vaisseaux ne sont pas coupés franchement : ils paraissent plutôt déchirés, mâchés.
Sil'on ouvre la poi trine d'un décapi té une heure après l'exécution, on peutencoreobserverdes baltemenis du cœur se succédant avec une assez parfaite régularité. Mais cette persistance ne se rencontre pas chez tous les suppliciés par décollation. Quelques-uns ont en effet le cœur déjà rigide au bout de cette première heure : la rigidité porte surtout sur le ventricule gauche lequel, disent les auteurs, est dur comme de la pierre. Le ventricule droit, les oreillettes gauche et droite conservent un peu plus de souplesse. La cavité ventriculaire gauche est parfois tellement rétrécie qu'il est impossible de faire pénétrer une plume d'oie à son intérieur. Nous avons vu, à Amiens, se produire sous nos yeux cette rigidité du cœur dès que les battements eurent cessé, c'est-à-dire une heure après la décapitation : le ventricule gauche devint rapidement très dur alors que le droit gardait encore une certaine flaccidité. Chez les chiens décollés, nous savons que le cœur gauche se montre rigide dans les premiers instants qui suivent la section du cou: jamais je ne l'ai rencontré flasque une heure après la chute de la tête.
Chez l'homme, au contraire, le cœur est quelquefois dans un complet relâchement au bout d'une ou
LE TROiNC DES DÉCAPITÉS
de deux heures, alors que les conlracfions ont déjà disparu depuis longtemps. Nous avons conslalé, à Troyes, sur un guillotiné, la persistance des battements pendant ^ingt minutes; une heure plus tard nous avons trouvé le cœur mou et volumineux sans la moindre trace de rigidité. M. Holmgren a observé le même état chez un des décapités dont il a fait l'examen.
Mais c'est là l'exception : dans presque toutes les autopsies de décapités, le cœur se montre dur et rigide une heure après l'exécution.
Les cavilés cardiaques contiennent alors peu de sang : les oreillettes renferment du liquide sanguin spumeux, mélangé de nombreuses bulles d'air; les ventricules sont à peu près vides : c'est à peine si quelques légers filets de sang poisseux sont retenus entre les tendons des valvules. Au contraire, lorsque le cœur reste flasque, les cavités contiennent des caillots bien formés et assez abondants.
Un peu de sérosité transparente se montre quelquefois dans le péricarde.
M. Ch. Robin a étudié sur plusieurs suppliciés l'état des difTérents vaisseaux après la décapitation. En ce qui concerne les artères, il a Irouvé du sang spumeux mélangé de grosses bulles d'air dans la crosse de Taorte et dans l'aorte descendante thoracique: les carotides et les vertébrales contenaient de l'air, lesartèr-es sousclavières renfermaient du sauf? spumeux: quant aux artères des membres et du tronc, elles étaient tout à fait exsangues.
Du côté des veines, il a constaté que les jugulaires internes, les axillaires, les sous-clavières, le tronc hrachio-céphalique et la veine cave supérieure renfermaient seulement de l'air. La veine cave inférieure était remplie de grosses bulles d'air mêlées au sang jusqu'au niveau des veines rénales ; même mélange dans le tronc des veines sushépatiques. Au contraire,
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CIIAPITHID OUATKIÈML;
la veine porte, aussi bien dans ses branches que dans le Li'onc |)rincipal, ne conlenail que du sang chez tous les suppliciés oijservés: ce sang élait toulefois en quantité sensiblement plus faible que dans le cadavre dek individus morts de maladie.
Dans les veines cardiaques, des bulles d'air séparaient de petites colonnes sanguines : le sang de l'artère pulmonaire et de ses branches élait également mêlé d'un certain nombre de ces bulles. Les veines pulmonaires avaient à leur intérieur quelques gouttes de sang.
Eu résumé, une partie de l'appareil circulatoire du troue décapité contient du sang spumeux divisé par des bulles d'air. Mais quelle est l'origine de cette spurae? Les battements du cœur persistant un certain temps après la décollation, l'air est attiré, à chaque contraction, dans les veines du cou restées béantes. Cet air arrive dans la veine cave supérieure et se mélange dans le cœur droit au sang apporté par la veine cave inférieure : c'est probablement de cette manière que se forme le sang spumeux. Si les battements du cœur durent longtemps, la quantité d'air augmente de plus en plus tandis que le sang est rejeté au dehors: à un certain moment, il n'y aura donc plus que de l'air dans le cœur droit et dans les artères pulmonaires (Holmgren). D'autre part, quand la plus grande partie du liquide sanguin a été expulsée, l'air pénètre à chaque diastole cardiaque dans les artères carotides sectionnées. Delàiormation de spume sanguine dans les sous-clavières, l'aorte et le cœur gauche.
Au dire de M. Ch. Robin, les poumons des décapités ne présentent rien de spécial comme couleur et comme consistance : ils ne ditrèrent pas de ceux des individus dontl'autopsieest faite vingt-quatre ou quarante-huit heures après la mort. Telle n'est pas toutefois l'opinion de M. Holmgren: le savant physiolo-
LIS TRONC DES DÉCAPITÉS
giste suédois attribue, en effel, aux poumons des décapités, une coloration grisâtre, ardoisée; ils semblent, dit-il, desséchés après essoufllemenl, ils ne s'atl'aissenl pas au moment de l'ouverture du thorax, ils restent gonflés. M. Laborde, de son côté, a signalé plusieurs fois l'état emphysémateux et authracosique de la substance pulmonaire : nous l'avons, nous aussi, rencontré deux Ibis. Cet aspect ardoisé et soufflé serait dû, d'après M. Holmgren, aux modifications circulatoires consécutives àla décollation : les battements du cœur enverraient au début, dans les poumons, le sang spumeux dont nous avons étudié la formation : puis, peu à peu, les contractions cardiaques ne chasseraient plus que de l'air dans les vaisseaux pulmonaires. C'est à la présence de cet air que tiendrait l'apparence particulière des poumons chez les décollés. Mais cette apparence pourrait peut-être recevoir une autre interprétation. Nous savons, en efiet, d'après les recherches de M. Brown-Séquard, que l'excitation de la base de l'encéphale ou du pneumogastrique est capable de provoquer de l'emphysème en agissant sur les éléments contractiles pulmonaires. Nous savons aussi que l'excitation du bulbe et du pneumogastrique amène quelquefois la formation d'ecchymoses souspleurales : or, chez un supplicié, M. Laborde a constaté l'existence de ces taches ecchymotiques. Il semble donc possible que les irritations nerveuses dues au passage du couteau aient une part dans la production de ces modifications pulmonaires. Les parties postérieures et inférieures sont en outre fréquemment le siège d'un état congeslif assez prononcé.
Nous ne trouvons pas, dans le corps décapité, d'autres lésions spéciales à la mort par décollation. Ajoutons seulement, pour terminer, que les muscles du tronc sont anémiés et exsangues et que, lorsqu'on ouvre l'abdomen une heure après l'exécution, les intestins restent généralement immobiles, sans contractions péristaltiques.
CIIAPITRIC QUATRIÈME
Les lésions que nous découvrons à l'aulopsie du tronc sont donc à peu près les mêmes chez l'homme et chez le chien. Au contraire, les modilications physiologiques consécutives à la décapitation sont tout à fait ditîérenles dans les deux cas: il y a immobilité d'un côlé et mouvement de l'aulre, A quoi devonsnous rapporter ces variations? Nous n'essaierons de le dire qu'à la fin de ce livre, quand nous aurons examiné toules les causes de dissemlDlance eutre les effets de la décollation chez l'homme et chez l'animal.