API'LICATIONS MEDICO-LEGALES
COUP ces instruments doivent avouMl me semble, des 3s analoc^ues. Les dissemblances, que nous avons econn e dans l'état de quelques clécapUés, ne me naraissent pas explicables par le procédé de supplice Smî é Sans doutl, c'est sur des têtes abattues par a hnclie que M. Holmgren a constaté la présence de éle mom'ements respiratoires du visage, c'est sur H? ndWidu décollé par le glaive que M Pebtgand a observé d'étranges modifications de la physionomie, alors que , sur des condamnés exécutéspar la guillotine
nous n'avons pas rencontré le moindre mouvemen Mais, en réalité, ces différences d un décapite a un autre se manifestent encore quand 1 instrurnent de supplice est le même. Ainsi dans les observations de Klein, des deux individus exécutés parle glaive, 1 un eut des mouvements de la face au bout de deux minutes tandis que l'autre demeurait complètement immobile. D'autre part, les deux Arabes décapités par le olaive en présence de M. Bonnafont sont restes aussi ine'iiesque les suppliciés décollés sous nosyeuxpar la o-uillotine. La nature de l'instrument ne saurait donc expliquer les variations que nous avons signalées dans les efl'ets de la décapitation chez l'homme.
Aussi ne puis je souscrire à l'opinion de xM. Petitgand relative à la différence entre le glaive et la guillotine. \u dire de cet observateur, le patient, sur le pomtd être exécuté par le glaive, flécbit autant que possible la Icte et le tronc afin d'exagérer l'écartement des espaces intervertébraux. Le bourreau (en Indo-Chine) marque alors avec du jus de bétell'interstice d'élection; puis tenant à deux mains son sabre, large lame, lonc^ue et mince, à 30 centimètres au plus au-dessus du cou de la victime, il trappe rapidement, à un signal donné, en attirant son arme à lui comme pour obtenir un trait de scie. Le glaive traverserait ainsi les parties molles et passerait dans l'espace intervertébral ; de la sorte, la moelle épinière ne recevrait aucune commotion et l'encéphale pourrait conserver quelque
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temps son aclivilé. La décapitalion parle glaive serait donc une simple flésarticulalion de la colonne raclrdienne. Au contraire, d'après M. Pelilgand, l'exécuiion par la gudlotme produirait une véritable section osseuse, le choc résultant: de la rencontre du couperet avec la colonne vertébrale amènerait une suspension des fonctions nerveuses, comme cela arrive chez les bœufs qu'on assomme: la vie mentale disparaîtrait instantanément.
Mais cette distinction entre les effets du glaive et delà guillotine n'est nullement jnslitiable. La désarticulation de la colonne rachidienne au moyen d'un sabre me paraît complètement impossible, quelle que soit l'habileté de l'exécuteur; cette séparation des vertèbres n'a été du resie reconnue, que je sache, dans aucune autopsie Et, en réalité, peu importe qu'il y ait désarticulation ou section : dans les deux cas, la moelle épinière est coupée rapidement, les parties sensibles de larégion cervicale sont atteintes parl'instrument tranchant. Or c'est sans aucun doute l'irritation de la moelle qui exerce l'influence prédominante ; la fracture des os ne peut avoir qu'une action très secondaire. Aussi les effets du glaive et delà guillotine me semblent-ils n'avoir aucune raison d'être dissemblables.
Les différences dans l'état des divers décapités tiennent-elles à la région sur laquelle le coup a été porté? Nous savons que le bulbe est le point le plus favorable du système nerveux pour produire, après irritation, une inhibition plus ou moins générahsée. Les arrêts fonctionnels devront donc être d'autant plus marqués que la section aura été faite plus près de la moelle allongée. Nous comprendrions ainsi qu'un individu déc<illé au niveau de la septième vertèbre présentât des mouvements alors qu'un autre^ chez lequel la deuxième vertèbre aurait été coupée^ resterait immobile. Mais, en réalité, les variations
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individuelles peuvent déjouer nos prévisions. S'il est vrai que, pour le même homme, l'inhibilion sera d autani 'plus prompte et plus complète que le coup aura été regu dans un point plus rapproché du bulbe, il est possible que, chez des individus différents, l'excilabililé des régions péribulbaires ne soit pas la même. Ainsi, dans les observations de M. Holmgren, lesquelles signalent toutes la présence de mouvements respiratoires dans la tête décapitée, les sections avaient été laites à la H% à la 4% à la 5" et même à la 6"= vertèbre. D'un autre côté, les deux guillotinés, que nous a.vons examinés, M. Hegnard et moi, et qui sont restés immobiles, avaient été décollés l'un au niveau de la 3% l'autre au niveau de la 4"^ vertèbre cervicale. La section portant au même point peut donc provoquer des effets ditrérents.
Que pouvons-nous encore incriminer pour expliquer ces variations? L'âge des supphciés? Sans dOute, le pouvoir réflexe de lamoelb^ épinière est plus considérable chez les jeunes que chez les adultes : les mouvements consécutifs àla décollai ion persistent pluslong-
temps, nous l'avons vu, chez les chiens nouveau-nés que chez les chiens plus âgés. Mais les décapités dont nous faisons en ce moment l'histoire étaient tous des aduUes: il ny avait pas d'enfants parmi eux. Nous avons du reste constaté la même immobilité chez un homme de trente-huit ans et chez un homme de cinquante-cinq ans. Les différences dage ne nous rendent donc pas compte des dissemiilances que nous avons signalées dans la tête des décapités.
L'état mental des suppliciés esi-il pour quelque chose dans ces variations? Assurément, parmi les condamnés à mort, il en est qui marchent au supplice avec le plus grand calme et même avec le plus complet cynisme aloi s que d'autres, au contraire, arrivent all'aissés et inertes. C'est même l'opinion des-
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exécuteurs que presque loujours les patienls se montrent au dernier moment sous ce second aspect. Brand, l'exéculeurdeBerlin, aaffirméau DTleim que, sur dix criminels exécutés par lui, c'est à peine si l'un d'eux possédait une intelligence parfaite en présence du supplice; dans la plupart des cas, lui dit-il, ils sont à moitié morts avant que j'aie mis la main sur eux. L'exécuteur actuel de Paris m'a fait une déclaration à peu près analogue. « Les plus énergiques, m'a l-il » affirmé, pâlissentdès qu'ils ontlatête engagée dans » la lunette. » Yoici d'ailleurs, sur l'état mental des patients, une description intéressante que j'emprunte à V Idiot, de Dostoïevsky \ L'auteur analyse ce qui se passe dans la vie psychique du condamné pendant les quelques instants qui précèdent l'exécution :
...Il était enprison,et, comptant que les formalités habituelles seraient observées, il croA^ait avoir au moins huit jours devant lui. Mais, par suite de je ne sais quelle circonstance, les délais d'usage î'urent abrégés A cinq heures du malin il dormait. C'était à la fin d'octobre ; à cinq heures du matin il fait encore froid, et le jour n'est pas levé. Le directeur de la prison, accompagné d'un geôlier, entra sans bruit et posa sa main sur l'épaule du détenu. Celui-ci se mit sur son séant : « Qu'est-ce qu'il y a? » demanda-t-il en voyant la lumière. « C'est aujourd'hui, entre neuf et dix heures, que vous subirez votre peine ». Encore à moitié endormi, le prisonnier ne pouvait croire à cette nouvelle, il prétendait que l'ordre d'exécution n'arriverait que dans huit jours ; mais, quand il fut bien •éveillé, il cessa de discuter et garda le silence. Tels sont les détails qu'on a racontés Ensuite il dit: « N'importe, si brusquement, c'est pénible... » Puis il se tut de nouveau et ne voulut plus proférer un mot. On sait comment les choses se passent durant les trois ou quatre heures qui suivent: c'est la visite du prêtre, c'est le déjeuner qui se compose de bœuf, de vin et de café (eh bien, n'est-ce pas une dérision? Que cela €st cruel ! pensez-vous ; mais ces gens-là n'y entendent pas malice, ils sont très naïvement convaincus qu'en agissant de la sorte, ils font preuve d'humanité), ensuite la toilette (vous savez ce que c'est que la toilette d'un condamné à mort?);
1. Tli. Dostoïevsliv. — Vhliut, T. I. — Traduit du russe par V. Uerély. — Paris, 1887.
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finalement on le fait monter dans une charrette et on le conduit à réchafaud... Lui aussi, je pense, s est Agure, pendant le trajet qu'il avait un temps inlini a vivre. En chemin, sans doute, il devait se dire : « H rne reste trois rues a vivre, c est » encore long; quand je serai arrive au hout de cette rue-ci, » i'en aurai encore une autre à suivre, et puis une troisième » où il y a adroite une boutique de boulanger... 11 se passera » encore du temps avant que nous arrivions à cette boutique ». Autour de la charrette, une foule bruyante, dix mille têtes, dix mille paires dWeux; il faut subir tout cela et, surtout celte pensée: « lis sont'làdix mille et on n'exécutera aucun deux, » c'est moi qui vais mourir ! »
Eh bien, voilà pour les préliminaires. Un escalier donne accès à la guillotine : devant cet escalier le condamne se mit à pleurer et c'était un homme fort, un caractère énergique ; il av-ait été, dit-on, un grand scélérat. Le prêtre, qui avait pris place à côté de lui dans la charrette, ne le quittait pas d un instant et lui parlait toujours : je présume que le malheureux ne l'entendait pas; il essayait probablement d'écouter, mais, dès le troisième mot, ne comprenait plus. A la fin, il commença à monter l'escalier: les liens qui entravaient ses pieds robligeaient à faire de petits pas. L'ecclésiastique, un homme intelHo-ent sans doute, cessa ses exhortations et se contenta de lui donner continuellement la croix à baiser. Au bas de l'escalier, le criminel était déjà très pâle, mais lorsqu'il se trouva surl'échafaud, son visage devint tout à coup blanc comme une feuille de papier. Assurément ses jambes fléchissaient sous lui et il avait mal au cœur comme si quelque chose le serrait à la gorge en lui donnant la sensation du chatouillement. C'est un phénomène qui se produit dans la frayeur, dans ces moments terribles où la raison subsiste tout entière, mais n'a plus aucun empire. Si, par exemple, votre perte est inévitable, si une maison va s'écrouler sur vous, tout d'un coup vous éprouvez une irrésistible envie de vous asseoir, de fermer les yeux et d'attendre, advienne que pourra ! Le voyant dans cet état de faiblesse, le prêtre, silencieusement et d'un geste rapide, lui approcha la croix des lèvres, une petite croix latine, en argent 11 fit cela à plusieurs reprises. Ace contact, lè condamné paraissait se ranimer pendant quelques secondes, ilouvraitles ^cux etmarchait. Il baisailla croixavidement,avec la précipitation inquiète d'un homme qui, avant de partir en voyage, a peur d'oublier un objet dont il est dans le cas d'avoir besoin, mais il est à croire que toute idée religieuseétait absente de sa conscience. Et il en fut ainsi jusqu'au moment où on l'attacha sur la planche... Il est étrange que, dans ces dernières secondes, la syncope se produise rarement ! Au contraire, la vie
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garde line vie très intense et travaille sans doute avec une lorce extrême, comme une macliine en mouvement. J'imagine que toutes sortes d'idées bourdonnent alors sous le crâne, de» idées ébauchées, peut être njème ridicules, nullement en situation, dans le genre de celles-ci : « Tiens, ce spectateur a » une verrue sur le front, le bourreau a un bouton rouillé à >) son habit... » Et pourtant vous savez tout, vous vous rappelez tout ; il y a un point qu'il est impossible d'oublier, on ne peut pas s'évanouir, et tout gravite autour de ce point. Et penser que tout cela dure ainsi jusqu'au dernier quart de seconde, lorsque la tète, déjà passée dans la lunette, attend, sait, et tout d'un coup entend le fer glisser au-dessus d'elle! On doit certainement l'entendre! Moi, si j'étais couché sur la bascule, je prêterais l'oreille exprès et je percevrais ce son ! Il ne se produit peut-être que pendant la dixième partie d'un instant, mais ou ne peut pas ne pas l'entendre !...
Mais si exacte et si minutieuse que puisse êti^e la description donnée par Dostoïevsky, elle ne s'applique certainement pas à tous les condamnés sur le point de suljirleux exécution. Ceux qui sont soutenus au dernier moment par le fanatisme religieux, ceux qui succomljenl pour leur foi polilique (comme nos grands révolutionnaires) ne doivent pas connaître cette sorte d'allaissement ultime. Ainsi les deux Arabes, au supplice desquels assislait M, Bonnafont, psalmodifiient encore leurs prières au moment oùle chaous]Quv trancha la tête : après avoir assassiné des chréliens, ils voyaient s'entr'ouvrir toute grande la porle d'un des paradis tant convoités. Cette même indillerence à l'égard du supplice se manifeste encore chez les condamnés annamites: nos officiers et nos fonctionnaires signalent tous avec étonnement l'impassibilité de ces individus en présence de la mort qui va les Irapper.
Sous le rapport de l'état mental, rien ne ressemble donc moins à un condamné qu'un autre condamné. L'un reste calme et presque souriant, l'autre est hideux de frayeur et transi d'eflVoi. Yont-ils l'un etl'aulre présenter le même aspect après la décapitation ? Celui qui a conservé jusqu'au bout loute son assurance, toute son énergie, ne gardera-t-il pas, aussitôt après le coup, une
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excitabilité du système nerveux plus grande que celui nui a été porté comme une masse inerte devant 1 instrument de supplice? Le premier criminel que j'ai vu décapiter trahissait au dernier moment l'angoisse la plus vive et l'épouvante la moins dissimulée ; sa bouche démesurément ouverte, ses joues pâles, son Iront plissé, ses yeux proéminents donnaient à sa physionomie l'expression d'une affreuse terreur. Le second, au contraire, ne manifestait pas la moindre anxiété: sa 'tête, engagée dans la lunette, avait encore la face rosée et les traits au repos. Or, l'un ei l'autre, si différents au moment de l'exécution, présentaient, aussitôt après, la même immobilité et la même inertie ; rien, dans le visage, ne rappelait les angoisses du premeir, rien ne marquait la suprême énergie du second. Voilà donc deux suppliciés d'un élat mental tout opposé, qui n'ont pas plus l'un que l'autre présenté des contractions de la lace et des mouvements respiratoires du visage. Les différences dans l'état mental des condamnés à mort ne nous expliquent donc pas les variations qui se produisent dans les effets delà décapitation chez I homme.
Pourquoi la tête de certains décapités demeure-t-elle complètement immobile, pourquoi la tête d'autres décollés est-elle le siège de quelques mouvements? Nous n'en savons rien. Ni la nature de l'insti ument de supphce, ni la hauteur de la section cervicale, ni l'âge des condamnés, ni leur état mental ne suffisent à rendre compte de ces dissemblances. Exphcjuer ces ditîérences en disant qu'elles tiennent à des variations individuelles, c'est en réalité avouer que nous ne savons pas ; déclarer que l'excilabihté du système nerveux n'est pas la même chez tous les condamnés au moment de l'exécution, c'est émetire une bypo- Ihèse que nous serions fort embarrassés de justifier. Le mol idiosipicrasie ne sert, en physiologie comme en pathologie, qu'à masquer notre ignorance àl'égard
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des conditions que nous ne savons pas déterminer. Pourquoi, sur cent individus qui ont un tœnia dans le tube digestii; trois ou qualre seulement sont-ils pris de convulsions? Pourquoi, sur dix décapités, la moitié à peine présente-t-elle des mouvements respiratoires du Yisage après la section du cou ? C'est; toujours la même question qui revient lorsque, dans l'étude des êtres vivants, nous ne pouvons disso/îier tous les éléments qui entrent dans la composition d'un phénomène complexe. Avouons donc que, dans l'histoire physiologique de la tête décapitée, il y a certaines causes de variations qui nous échappent.
Nous voyons bien cependant sur quel point porte la difficulté. La tête d'un décollé meurt par inhibition, par engourdissement des centres nerveux. Mais &ette mhibition peut être plus ou moins énergique et plus ou moins prolongée. Si elle est suffisamment forte, si sa durée est assez longue, les centres nerveux ne se réveilleront pas ; si, au contraire, elle est plus faible et plus courte, les centres médullaires pourront au bout d'une ou deux minutes sortir de leur torpeur et réagir aux excitations centripètes ou automotrices qu'ils recevront. Dans le premier cas, la tête restera définitivement impassible; dans le second, elle pourra exécuter certains mouvements réflexes ou automatiques.
Une telle explication ne fait malheureusement que reculer la difficulté: elle ne la résout pas. Pourquoi l'inliibitiqn est-elle plus intense et plus durable chez ceux-ci que chez ceux-là? Est-ce parce que, chez les uns, la tête conserve dans ses vaisseaux une plus grande quantité de sang que chez les autres? Ce sang entretiendrait la vitalité des éléments nerveux momentanément frappés d'inhibition ; quand celle-ci disparaîtrait, les centres pourraient alors retrouver encore quelque activité? Mais rien ne nous démontre que les choses se passent de cette manière, rien ne nous prouve qu'une tête décollée conserve plus de