APPLICATIONS MÉDICO-LÉGALES
sancr au'ime autre. C'est là une supposition qui, reconuaissons-le, n'a pas pour elle beaucoup^ plus de probabilité que celle dont nous parlions tout a 1 heure h propos des différences d'excilabdite du système
nerveux. , , .
Voici toutefois, en faveur de cette hypothèse, un argument qui a peut-être quelque uTipoi lance. Nous avSns appris que si, après la décapitation, la tete se montre parfois agitée de quelques mouvements le corps, au contraire, demeure toujours mimobile. Pourquoi cette dissemblance? Pourquoi les centres nerveux se comportent-ils autrement dans la lête et dans le tronc? Pourquoi les premiers peuvent-ils quelquefois réagir au bout d'un certain temps alors que les seconds restent définitivement engourdis? Nous avons vu, dans nos expériences sur les animaux, que le tronc perdait relativement beaucoup plus de sang que la tête ; nous avons retrouvé, dans l'autopsie des hommes suppliciés, plus de liquide sanguin dans les vaisseaux encéphaliques que dans les vaisseaux du corps ; nous avons même facilement découvert les raisons de cette inégalité. Or, il y a, de ce fait, une coïncidence incontestable entre la persistance possible de l'activité des centres encéphaliques et la conservation d'une certaine quantité de sang dans la lête : il y a une relation non moins évidente entre l'arrêt immédiat des fonctions du corps et la disparition rapide de la presque totalité duhquide sanguin du tronc. Cette coïncidence et cette relation suffisent-elles pour justifier l'hypothèse que nous avons émise ? Je ne le crois pas. La preuve directe nous manque ; l'hypothèse reste une hypothèse ; elle est conforme aux faits, mais elle ne les explique pas nécessairement. Nous concevons néanmoins qu'une lête décapitée puisse conserver dans ses vaisseaux une certaine quantité de sang si, aussitôt après la dôcohation, la surface de section vient s'appliquer sur le sol et si T écoulement du liquide sanguin se trouve ainsi entravé. Cette condition
-^00 CUAPITHE CINQUIÈME
s'était du ro^ste réalisée lors de la décapitation à laquelle assistait M. Pelilgand et qui fut suivie de mouvements énergiques dans la physionomie. Mais rappelons-nous aussi que les deux têtes d'Arabes olîservées par M. Bonnafont eurent leur plaie enfoncée dans du plâtre et leur hémorragie réduite au minimum sans que le visage sortit de son immobilité. La diminution de la perte sanguine n'est donc pas le seul fadeur qui puisse modifier l'état de la tête après la décollation.
L'élude de la décapitation légale, de celle qui frappe le condamné au nom de la loi, nous met ainsi en présence des questions les plus importantes de la physiologie. Elleseule nous permet de connaîire avec quelque exactitude les effets delà brusque séparation delà tête et du cou chez l'homme : c'est qu'elle seule nous fait assister à cette horrible expérience qui se pratique sur notre semblable, expérience dont nous pouvons noter le commencement et la fin.
La décapitation suicide etla décapilation homicide, dont nous avons maintenant à dire quelques mots, ne peuvent au contraire rien nous apprendre sur le mécanisme de la mort. Le malheureux qui veut se débarras7 ser de l'existence et l'assassin qui se prépare h. frapper sa victime n'attendent ni l'un ni l'aulre la présence d'un physiologiste ou d'un médecin pour examiner les résultats de leurs coups. Quand le médecin légiste intervient en pareils cas, il ne trouve devant lui qu'un cadavre déjà refroidi et souvent même déjà putréfié.
Décapitation suicide. — Ces deux termes semblent au premier abord jurer entre eux : comment en effet un homme peut-il se donner la mort en séparant complètement sa tête de son corps ? Ses efforts ne doiventils pas être épu sés avant que la colonne vertébrale ait pu être tranchée? Si fort et si vigoureux qu'on le suppose, son bras ne relombera-t-il pas avant d'avoir achevé la section du cou ? En vérité, il n'y a pas d'exem-
APPLICATIONS MBDICO-LÉGALRS ^5'
pie d'individu qui ait détaché sa tète au moyen d'un instrument manié par sa propre main. L'homme qui se coupe le cou avec un rasoir ou un instrument tranchant quelconque n'atteint jamais que les parties molles delà région cervicale, la peau, les muscles, le paquet vasculo-nerveux, l'a trachée, etc. : la colonne rachidienne est toujours respeclée. Aussi, dans le mécanisme d'une pareille mort, la section de la moelle épiuière ne joue aucun rôle : l'hémorragie et l'aspLiyxie ont au contraire une influence prédominante. M.Brown-Séquardnousa, il est vrai, appris que l'irritation mécanique de la région laryngée pouvait parfois provoquer une certaine inhibition : mais les centres nerveux ne sont pas directement intéressés dans ces décapitations incomplètes.
La décapitation suicide peut cependant être aussi complète que la décapitai ion légale : c'est quand l'individu, au lieu de se servir de sa main, a recours à un appareil automatique fonctionnant alors comme une guillotine. Tel est, par exemple, le cas des personnes qui placent leur cou sur les rails d'un chemin de 1er et qui attendent le passage de la locomotive : la tête peut ainsi se trouver rapidement séparée du tronc; elle peut même être transportée à une certaine distance de lui. C'est là d'ailleurs un mode de suicide aujourd'tiui rarement employé : la disposition actuelle des chasse-pierres fixés aux locomotives fait que l'individu peut être broyé sans être décapité ; malgré l'intention du suicidé, les blessures peuvent ne pas atteindre la région cervicale.
Voici un cas de suicide par décapitation, très remarquable quant aux moyens employés, qui aété rapporté dans ïAmericcm Practitionner , par le D' Yinnedge de Lafayette (Indiana) :
Au mois de juin dernier, James Moon, fermier, âgé de lio ans, se procurait une cliambre dans un liôtel et y installait un instrument pour se décapiter. L'instrument consistait