‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 14 sur 78 · In Gazette médicale de Paris , 1858, n° 33, p · texte numérisé non relu

In Gazette médicale de Paris , 1858, n° 33, p

2. Observations anatomiques et physiologiques faites sur îles suppliciés par décollation, in Journal de la physiologie norm. et palh., 1869, p. 90.

défense qui projeta la main du côté de la poitrine jusqu’au creux de l’estomac. »

Le minimum de la survie musculaire s’observe dans les affections chroniques, dans les états pathologiques accompagnés d’infiltration séreuse, chez les sujets intoxiqués par l’hydrogène sulfuré, les vapeurs de charbon et le gaz ammoniaque; ce minimum est d’une heure et demie. Le maximum le plus élevé est de vingt-sept heures; il a été signalé dans les affections aiguës. La moyenne est de cinq à six heures. C’est graduellement que la contractilité disparaît de tous les muscles, et elle a cessé complètement au moment où apparaissent les premières manifestations de la rigidité cadavérique. Le ventricule gauche du cœur est le premier à la perdre peu de temps après la mort; puis viennent les intestins, l’estomac, la vessie et le ventricule droit; les muscles qui arrivent les derniers sont d’abord ceux du tronc et ensuite ceux des membres.

Pour s’assurer de la persistance de la contractilité, on met à découvert un muscle à l’aide d’une petite incision, et, appliquant un pôle de la pile sur ce muscle, on porte l’autre pôle sur une partie voisine ou sur la colonne vertébrale. A ce procédé nous préférons celui de l’électro-puncture, procédé qui consiste à enfoncer dans le même muscle deux aiguilles mises en communication avec les fils d’un appareil à induction : les mouvements des aiguilles traduisent ceux du muscle.

Il n’est aucun signe de mort qui ait donné lieu à plus de recherches et d’expérimentations. De l’analyse de tous les travaux qui ont été faits sur cette question, nous croyons pouvoir conclure que l'absence de la contractilité musculaire , sous l'influence des stimulants électriques ou galvaniques , est un signe certain de mort. Malheureusement le moyen est peu pratique, et, en dehors des autres reproches que lui adressent certains

auteurs, il présente l'inconvénient signalé par J ardieu, à savoir qu’il exige non seulement un appareil en bon état, mais encore et surtout un opérateur expérimenté qui sache que si un courant trop faible n’éveille pas la contractilité, un courant trop fort éteint la propriété contractile du muscle.

Art. IV. — Rigidité cadavérique.

A la mollesse, à la flaccidité des membres survenant immédiatement après la mort, succède, graduellement et dans un temps plus ou moins long, une rigidité telle qu’il est impossible de laire exécuter aucun mouvement de flexion au cadavre, qui est alors tout d’une pièce comme un madrier. Lorsqu’on le soulève, il n’obéit plus aux lois de la pesanteur, et on peut le saisir par ses deux extrémités sans que l’on constate la moindre incurvation dans la partie intermédiaire. Une conséquence de cette raideur, de cette tension forcée des muscles, est l’allongement du corps et l’augmentation de son poids, phénomènes dont nous avons parlé plus haut.

On serait tenté de croire que la rigidité cadavérique est la conséquence d’une ankylosé généralisée à toutes les articulations; il est facile de démontrer que le siège de ce phénomène n’est pas dans les articulations, mais bien dans le tissu musculaire. On peut, en effet, enlever la peau, les aponévroses, les ligaments, les capsules synoviales, en un mot disséquer toute l’articulation, sans vaincre la rigidité des membres, pourvu que j’on ait respecté les tendons musculaires; si au contraire on coupe les muscles qui passent sur les articulations en laissant intacts les ligaments, la mobilité du membre devient complète. Il est d’autres expériences non moins probantes, mais celle-ci nous parait suffisante, et le siège de la rigidité dans le tissu

musculaire n’est plus aujourd’hui un point en litige. Où les auteurs ne sont pas d’accord, c’est lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la cause de la rigidité. Les uns, comme Nysten, Sommer, Burdach, Bouchut, voient dans la rigidité des cadavres un effet de la contractilité musculaire; les autres, comme Orfila, Béclard, Tréviranus, Longet, pensent qu’elle est due à la coagulation du sang et des parties fluides du corps. Deschamps et Josat en attribuent la cause au système nerveux, et Dugès se contente de nous dire qu’elle est occasionnée par la disparition de Yagent vital. Il est généralement admis, ainsi que l’avait entrevu Louis au siècle dernier, et comme l’a récemment démontré le professeur Bobin, que la raideur cadavérique est le résultat de la coagulation de la synthonine ou myosine, substance qui remplit la fibre musculaire. Cette coagulation se fait sous l’influence de la réaction acide qui se produit après la mort comme à la suite d’efforts violents.

C’est au moment où cesse la contractilité musculaire et où la température atteint son degré le plus bas que commencent à apparaître les premières manifestations de la rigidité, c’est-a-dire entre la sixième et la douzième heure après la mort. Elle est généralisée et atteint son apogée au bout de dix-huit à vingtquatre heures et disparaît au bout de trente-six à quarante-huit heures.

L’intensité de la rigidité, sa durée, le moment de son apparition, varient suivant des circonstances qui ne sont pas encore bien connues et qui ne peuvent être appréciées du simple public. Elle est précoce et de peu de durée chez les vieillards et les sujets affaiblis; précoce également, mais de longue durée, chez les individus vigoureux morts rapidement; tardive et de longue durée chez les asphyxiés par l’oxyde de carbone. Chez ces derniers, elle ne commence quelquefois que quatorze ou quinze heures après la cessation de

la vie et peut persister pendant plusieurs jours, surtout si la température est très sèche et froide. A part quelques exceptions, la rigidité disparait quand la putréfaction se manifeste par des signes extérieurs : elle dure moins par conséquent en été qu’en hiver. Ganal dit même que, dans les contrées tropicales, où la putréfaction des cadavres est très prompte, la rigidité ne se manifeste pas du tout.

Dans certains cas, surtout à la suite de mort subite par blessure de la tête et du cœur, la rigidité se produit instantanément, si bien que les membres gardent l’attitude, et le visage l’expression qu'ils avaient au moment où la mort est venue brusquement surprendre le corps. C’est sur les champs de bataille et dans les mines qu’on a le plus particulièrement observé ces faits.

La rigidité commence par la mâchoire inférieure, puis gagne la nuque, la face, le tronc et les membres. D’après Larcher et Niederkorn, les membres inférieurs seraient envahis avant les supérieurs. La rigidité disparait dans l’ordre inverse de son apparition et les muscles qui se sont raidis les premiers demeurent les derniers dans cette situation.

Différents états pathologiques pouvant être confondus avec la rigidité cadavérique, il est nécessaire de connaître les données qui permettront d’établir un diagnostic différentiel.

La congélation se distingue de la rigidité par les caractères suivants : lorsqu’on appuie fortement le doigt sur la peau d’une personne congelée, on produit un creux qui tarde beaucoup à disparaître; lorsqu’on opère la flexion d’un membre, on entend un léger bruit que Devergie a comparé au cri de l'étain et qui résulte de la fracture des petits glaçons formés dans les vacuoles du tissu cellulaire. Dans la congélation , l’abdomen est dur, et aucune articulation ne permet le moindre mouvement; dans la rigidité cadavérique,

l’abdomen garde une certaine souplesse et l’on peut toujours fléchir un peu les articulations des coudes et des genoux.

Dans la raideur convulsive , tétanique , les muscles en convulsion sont durs et inégaux, alors que rien de semblable ne s’observe dans les muscles antagonistes, qui sont comme en état de repos. Dans la raideur cadavérique, au contraire, tous les muscles sont dans le même état de tension. Dans la raideur convulsive , quand, par un grand efl'ort, on parvient à vaincre la contraction d’un membre, celui-ci reprend aussitôt sa position primitive dès qu’on cesse l'effort. Dans la raideur cadavérique, la flexion d’un membre une fois obtenue, celui-ci reste mobile et comme ballant, à condition toutefois que la flexion n’ait pas été obtenue avant l’achèvement complet de la rigidité; dans ce cas, le membre reprend peu à peu sa raideur première.

La raideur qui se manifeste dans certaines syncopes a lieu presque immédiatement après le début de l’accident, alors que la poitrine et le ventre sont encore chauds, tandis que la raideur cadavérique s’observe un certain temps après la mort et après la disparition de la chaleur.

La raideur que l’on observe chez les asphyxiés , alors qu’ils ne sont pas encore morts, se distingue de la rigidité cadavérique par la lenteur que celle-ci met à se manifester.

La rigidité cadavérique est un phénomène constant • non seulement chez l’homme, mais encore chez les animaux. Laënnec l’a observée chez les écureuils, les chauves-souris, les oiseaux, les grenouilles, les poissons, les mollusques, les vers, les crustacés et les insectes. De tout temps elle a été considérée comme un signe de mort : l’expression raide comme un mort est aussi vieille que l’humanité. C’est à Louis pourtant que revient le mérite d’avoir fait connaître et appré-

cier toute l’importance cle ce signe. Cet éminent praticien poursuivit ses observations pendant plusieurs années sur plus de cinq cents sujets, et il fut amené à conclure que « la ilexibilité des membres est un des principaux signes par lesquels on peut juger qu'une personne n’est pas morte ». C’est aussi ce que pensent le plus grand nombre des médecins; certains auteurs pourtant rejettent la conclusion de Louis et se sont évertués à citer des cas où des personnes raides et froides avaient été jugées mortes alors qu’elles étaient encore en vie, et d’autres cas où la persistance de la mobilité des membres avait fait croire à l’absence de la mort, bien que celle-ci lût certaine et se présentât avec des signes non douteux. Évidemment, appréciée par une personne étrangère à l’art, la rigidité cadavérique peut être confondue avec les différents états pathologiques dont nous avons parié et donner lieu à de regrettables confusions, mais nous croyons qu’un médecin expérimenté pourra tirer du phénomène de la rigidité des indices d’une très grande certitude.

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