MOYENS EMPLOYÉS POUR CONSTATER CE SIGNE
L’arrêt prolongé de la respiration, quoi qu’en disent certains auteurs, est un signe certain de mort. Les malades considérés comme trépassés et qui sont
revenus à la vie après un arrêt plus ou moins long (le la respiration, n’avaient pas cessé de respirer : ils avaient simplement une respiration dont les mouvements étaient tellement faibles qu'ils restaient imperceptibles avec les moyens employés par les observateurs. On va voir, en effet, par le simple exposé que nous allons en faire, combien ces moyens sont impuissants et défectueux.
1° Auscultation. — Lorsqu’on applique l’oreille sur la paroi thoracique, on entend « un léger murmure comparé à celui d’un soufflet dont la soupape ne ferait aucun bruit, ou plutôt analogue à celui que produit une personne dormant d’un sommeil paisible. C’est le bruit respiratoire naturel, appelé aussi bruit vésiculaire, murmure vésiculaire. Doux et moelleux à l’oreille, il est plus fort et plus prolongé quand la poitrine se dilate, plus faible et plus court quand elle se resserre. » (Barth et Roger.) Le souffle respiratoire se modifie sous l’influence de divers états pathologiques, et, dans quelques-uns de ces états, il peut être tellement affaibli qu’il n’arrive pas jusqu’à l’oreille de celui qui ausculte, alors pourtant que la respiration persiste, comme l’indiquent les mouvements, très ralentis, il est vrai, d’expansion et de retrait des parois de la cage thoracique.
2° Expérience du miroir. — Expérience très populaire qui consiste à mettre un miroir ou une plaque métallique bien luisante devant le nez et la bouche du sujet en observation. Si la surface devient terne, c’est que la respiration se fait encore et que la vie n’est pas éteinte; si elle reste brillante, c’est que la respiration a complètement cessé et que l’on se trouve sûrement en présence d’un cadavre. Ces résultats peuvent être absolument faux, comme le prouvent les nombreuses observations de mort apparente, dans lesquelles il est nettement spécifié que l’expérience du miroir et les autres procédés avaient donné des résultats négatifs.
C’est ainsi, par exemple, que l’air froid de l’expiration des cholériques et des personnes en état de congélation (Portai) ne ternit pas la glace, alors qu’une buée caractéristique se forme quelquefois à sa surface par la condensation des vapeurs qui s’élèvent insensiblement de la peau encore chaude du cadavre. Les contractions du diaphragme après la mort déterminent des évacuations gazeuses et même des hoquets qui peuvent ternir la glace. Ces mouvements diaphragmatiques, quelquefois rythmés, sont une cause d'erreur importante à laquelle n’échappent pas non plus les procédés suivants.
3° Expérience tics corps légers tenus en suspension devant la bonciie on le nez. — Cette expérience consiste à tenir librement suspendu devant la bouche ou le nez un corps léger quelconque, duvet, llocons de laine, brins de plume, fils de soie ou de lin, etc. Si l’objet reste immobile, la vie est à jamais éteinte; on a la preuve du contraire dans le cas où l’on constate quelques petits mouvements. Dans certains pays on considère encore cette expérience comme décisive, alors que les résultats qu’elle donne doivent être regardés comme n’ayant absolument aucune valeur. Il suffit, en effet, de modérer sa propre respiration pour se donner la preuve que la fonction peut se faire sans imprimer au corps tenu devant la bouche la moindre oscillation. Il est arrivé souvent qu’un mouvement constaté a été attribué au souffle d’un cadavre, alors qu’il était déterminé par l’haleine même de l’observateur ou par un léger courant d’air, cause d’erreur fréquente et presque inévitable.
4° Expérience de la bougie allumée. — Ce que nous avons dit de l’incertitude du signe de mort fourni par l’expérience précédente s’applique en tout point à l’expérience de la bougie allumée. La flamme peut vaciller sous l’influence de toute autre cause que la respiration de celui devant le nez ou la bouche duquel on tient la lumière.
o° Expérience du verre. — Epreuve très ancienne et qui a été remise en honneur par Thiéry. Le corps étant couché sur le dos, on place un verre plein d’eau sur l’appendice xiphoïde, ou mieux sur le cartilage ou sur la portion la plus élevée de l’avant-dernière côte, le corps, dans ce dernier cas, étant tourné sur un côté puis sur l’autre; si le liquide reste immobile, c’est un signe que la mort est certaine. L’épreuve est mauvaise, car, en dehors du jeu de la poitrine, d’autres causes, comme la fermentation des humeurs cadavériques, les mouvements diaphragmatiques post rn.ort.tm , peuvent imprimer au liquide des mouvements vibratoires; d’autre part, ces mouvements peuvent manquer par suite de l’immobilité absolue des côtes, alors pourtant que la respiration continue à se faire, entretenue par des mouvements insensibles du diaphragme.
6° Aotre tnbe pnenmatoscope. — Supposons un tube capillaire d’une longueur indéfinie que nous introduisons dans la cavité buccale d'un sujet vivant. Nous fermons toutes les issues (ouverture buccale et ouvertures nasales) qui font communiquer les voies respiratoires avec l’air extérieur, de telle sorte que le tube capillaire soit le seul passage ouvert aux gaz pour arriver dans le poumon et pour en sortir. Dans ces conditions, si le tube renferme un index mobile, il est évident que cet index se déplacera sous l’influence des mouvements respiratoires et suivant l’intensité du courant d’air. Admettons que le diamètre intérieur du tube soit de 1 millimètre et demi, l’air absorbé à chaque inspiration et exhalé à chaque expiration étant de 500 centimètres cubes, nous avons calculé que, sous la pression de l’air, l’index mobile, à chaque mouvement respiratoire, se déplacera théoriquement sur une longueur de 285 mètres! !
Imaginons le cas impossible où la respiration serait réduite à un courant d’air d’un centimètre cube ; l’index, dans notre tube, sous l’influence de cette faible respi-
SIGNES DUS A l’âRRÈT DE LA RESPIRATION 29
ration, serait agité d’un mouvement de va-et-vienl sur une longueur de 59 centimètres. Le calcul de la résistance occasionnée par le frottement de l’index contre les parois du tube apporte quelques modifications aux chiffres que nous citons; mais, en pratique, ces modifications sont sans importance et peuvent être négligées.
Et pour l’emploi de notre procédé, point n’est besoin d’avoir un appareil spécial, il suffit d’avoir à sa disposition un tube en verre quelconque à petit diamètre, tube que l’on coude à angle obtus et dans lequel on introduit, par aspiration, une gouttelette d’eau colorée pour servir d’index. Le déplacement de la gouttelette d’eau indiquera la persistance de la respiration, et celle-ci serait elle réduite à sa plus simple expression, ne serait-elle qu’une émanation absolument imperceptible, qu’elle n’échapperait pas au contrôle de notre procédé pneumatoscopique. Malheureusement ce procédé, quoique plus sensible, pas plus que les autres n’évite certaines causes d’erreur que nous avons indiquées, et, si nous avons tenu à le signaler, c’est simplement pour mémoire et pour épargner à d’autres des recherches inutiles dans le même sens.
Art. IL — Défaut d’absorption d’oxygène et défaut d’exhalation d’acide carbonique.
Un instant Bouchut avait cru trouver dans le défaut d’absorption d’oxygène un signe de mort réelle; mais il fut bientôt convaincu du peu de valeur de ce signe par les expériences de Doyère en 1848, lequel démontra que, dans la dernière période du choléra algide, il ne se fait plus d’échange entre l’air inspiré et le sang du poumon. Du reste, les procédés de dosage de l’oxygène sont excessivement délicats, et plus pratique serait de rechercher et de doser l’acide carbonique à l’aide de l’hydrate de potasse, procédé dont nous avons vérifié maintes fois l’excessive sensibilité. La potasse jouit de
la propriété d’absorber l’acide carbonique pour former du carbonate de potasse, qui, au contact d’un acide, de quelques gouttes de vinaigre, se décompose et donne un dégagement effervescent d’acide carbonique très caractéristique. Mais il arrive que l’affinité de la potasse pour l’acide carbonique est tellement forte qu’il est difficile de se procurer de la potasse à l’état de pureté absolue, sans un mélange d’un peu de carbonate, ce qui est une cause d’erreur et doit faire renoncer à l’emploi de ce procédé. Les autres réactions ne sont pas assez sensibles et on ne saurait y avoir recours.
t Art. III. — Odeur particulière s’exhalant au moment de la mort.
Certains auteurs racontent qu’une odeur sui generis , une odeur particulière de mort, se développe au moment même du trépas. Cette odeur, qu’il ne faut pas confondre avec l’odeur putride qui annonce la décomposition, s’exhale, dit-on, avec le dernier soupir, pas une minute avant, et se prolonge quelques heures pour disparaître dès les premiers symptômes de la putréfaction. Nous estimons que ce signe n’a aucune valeur; car, en admettant même que Vodor ccidavericus ne soit pas hypothétique, mais soit une odeur réellement objective, n’existant pas seulement dans le nez de ceux qui nous affirment l’avoir bien sentie, elle doit être au moins très fugace, peu stable et pas assez prononcée pour être appréciée par toute personne qui n’aurait pas assisté à de nombreux décès et dont l’odorat ne se serait pas familiarisé avec cette odeur spéciale. L’agonisant ou le cadavre se trouvent le plus souvent au milieu de trop multiples émanations pour qu’il soit possible, parmi toutes ces odeurs, de distinguer nettement celle qui est l’indice d’une mort certaine, et la vérité, croyons-nous, est que l’on prend souvent pour
une exhalaison venant du cadavre des odeurs engendrées par les miasmes d’une atmosphère non renouvelée quelquefois depuis plusieurs jours.
Art. IV. — Non-oxydation des aiguilles d’acier