‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 17 sur 78 · In Annales d'hygiène, t. XXX, p · texte numérisé non relu

In Annales d'hygiène, t. XXX, p

« 3° Les parois du ventre restent à l’étal normal tant que les muscles sont sensibles aux stimulants galvaniques et électriques.

« 4° Exposés à un froid inférieur à 0°, les cadavres se conservent indéfiniment; àO°ils se conservent pendant huit à quinze jours sans offrir aucune trace de coloration, et ils exhalent à peine une odeur de relent. Si le dégel arrive et que la température s’élève à 7 ou 8°, souvent en quelques heures l’odeur ammoniacale et cadavéreuse se manifeste, et le ventre se colore.

« 5° Un cadavre qui de 0° passe subitement à 20 ou 25° présente souvent à la fin de la journée la couleur caractéristique de la putréfaction.

« 6° Une température très élevée retarde la putréfaction : à 55 ou 60o, les parties aqueuses se vaporisent, la fibrine se sèche, l’albumine se coagule et le corps est rendu imputrescible. »

La température est donc l’élément principal qui préside aux phénomènes de la décomposition. Contejean 1 rapporte plusieurs exemples de mammouths et d’éléphants fossiles qui, après un enfouissement de dix mille ans au moins, ont été retirés des glaces du Nord dans un si parfait état de conservation que leur chair put servir de nourriture à des chiens. En 1861, on retrouva, parfaitement conservés, les cadavres d’une caravane qui avait été engloutie sous la neige en 1820 aux Grands-Mulets. 11 nous a été raconté que, dans certains villages perdus sur les hautes montagnes, on a coutume de conserver sous une couche de neige, jusqu’au dégel, les cadavres des personnes qui meurent pendant l’hiver, alors que les chemins sont impraticables et qu’il devient impossible de procéder à l'inhumation. D’après Blosfeld etCrecchio, sur les cadavres congelés, la teinte abdominale qui, après le dégel, annonce la putréfaction, différerait de la couleur verdâtre ordi-

• 1. Éléments cle géologie et de paléontologie, Paris, 1874, p. 702.

naire : elle serait couleur rouge brique ou cuivre sale.

A l’action de la température, il faut joindre celle de l’humidité, qui agit de la môme manière que la chaleur : trop faible, elle n’a qu’une influence insignifiante; trop forte, elle retarde au lieu d’accélerer la putréfaction. D’où la conclusion pratique que, pour hâter l’apparition des phénomènes et s’assurer par conséquent plus tôt de la réalité de la mort, il suffit d’élever la température de la chambre mortuaire à -h 20 ou -H 25 degrés et d’y entretenir un état d'humidité convenable en répandant des vapeurs d’eau dans l’atmosphère. Le cadavre se trouve ainsi placé comme dans une étuve, et a le ventre coloré au plus tard vers la fin du troisième jour.

En dehors de la température et de l’humidité, états artificiels que nous pouvons faire naître à volonté, il est d’autres circonstances sur lesquelles nous n’avons aucune action, comme l’âge, le tempérament et surtout le genre de la maladie, circonstances inhérentes au cadavre et qui agissent puissamment sur la manifestation de la putréfaction. Rapide à se produire chez l’enfant, elle se ralentit chez l’adulte et devient très tardive chez le vieillard. Le tempérament sanguin et lymphatique hâte l’apparition de la tache verdâtre. Les phlegmonies des viscères abdominaux, les épanchements intra et extra-péritonéaux, et particulièrement les collections séro-purulentes, sont également des circonstances très favorables.

La tache verte abdominale est un phénomène constant que l’on observe chez les animaux à sang chaud, comme chez les animaux à sang froid, chez toutes les races humaines, chez le nègre comme chez le blanc, et dans tous les cas de mort, que celle-ci arrive naturellement ou accidentellement. Son apparition, pour la plupart des auteurs, constitue un signe d’une très grande importance, un signe de mort absolument certain. Quelques auteurs pourtant, et parmi eux Louis et

Haller, ont essayé d’infirmer la valeur de ce signe par un dilemme que l’on peut ainsi formuler : « La putréfaction est commençante ou s'est emparée déjà complètement du cadavre. Dans le premier cas, le signe est incertain; dans le second cas, le signe est certain, mais il est dangereux, et la sécurité publique ne permet pas de pousser aussi loin la rigueur des épreuves. Donc la recherche de la putréfaction ne donne aucune certitude aux signes de la mort réelle. » Nous acceptons la seconde partie du raisonnement; il y aurait danger évidemment à attendre que la putréfaction fût complète pour se prononcer sur un cas de décès; mais la première partie nous paraît fausse et aboutit à une conclusion que nous ne saurions approuver. Pourquoi la putréfaction commençante serait-elle un signe incertain? Parce que la manifestation de cet état qui est la tache verte de l’abdomen peut être confondue, nous dit-on, avec certains états pathologiques qui se manifestent, eux aussi, par des colorations abdominales. Lorsqu'on analyse toutes les colorations de différente nature qui, aux yeux de personnes inexpérimentées, pourraient apparaître comme un commencement de putréfaction, on n’en voit guère que deux qui puissent être une cause de méprise, et encore ici le diagnostic différentiel nous paraît si facile que nous ne croyons pas à la possibilité d’une erreur. Seuls, en effet, un état gangreneux ou une violente contusion suivie d'ecchymose peuvent être confondus avec la tache verte abdominale. Or, la contusion n’exhale pas d’odeur putride. Dans la gangrène, il est vrai, existe une odeur avec ramollissement des tissus, mais cette odeur n’a rien de commun avec l’odeur cadavéreuse; de plus la gangrène est nettement circonscrite par un liséré rouge qui sépare les parties saines des parties mortifiées, et, tandis que la putréfaction se montre primitivement sur le ventre, la gangrène presque toujours débute par les membres. On

peut, donc affirmer que la putréfaction commençante, caractérisée par la Lâche verte de L'abdomen , est un signe certain de mort, et le seul reproche qu’il est permis d’adresser h ce signe , c’est qu’il se manifeste un peu trop tard, rarement avant le commencement du quatrième jour. S’il s’agit d’un cadavre congelé, celui-ci, nous l’avons dit, peut se conserver jusqu’au dégel. Et il h’y a pas que les basses températures qui protègent les cadavres ; il est certains milieux qui s’opposent indéfiniment au développement de la putréfaction. C’est ainsi qu’on a découvert récemment, à Cracovie, dans un puits d’eau salée, des soldats de Napoléon Ier dont les cadavres étaient si bien conservés que l’examen histologique ne montra aucune altération des tissus.

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