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CHAPITRE III

DES SIGNES DE MORT SE RAPPORTANT A L’ARRÊT FONCTIONNEL DE LA CIRCULATION

§ 1. — Signes immédiats.

Art. I. — Absence du pouls.

L’absence du pouls est un signe absolument incertain, nous devrions dire le plus incertain de tous les signes. La suppression complète des battements artériels, en effet, n’implique pas fatalement la suppression des battements cardiaques. Il suffit d’une systole très languissante pour rendre le pouls imperceptible, et ce phénomène peut persister pendant deux et quatre jours alors que la connaissance et les mouvements volon-

taires sont conservés. On l’observe surtout dans l’agonie, dans les périodes ultimes des maladies du cœur, dans l’angine de poitrine, dans le cas de tumeur comprimant le nerf pneumo-gastrique, dans le choléra, dans les états asphyxiques, dans tous les cas d’empoisonnement par les substances toxiques désignées sous le nom de poisons cardiaques.

Gallien, dans son mémoire De pulsus præcognilione, Lancisi, dans son traité De morlibus subitaneis , racontent avoir vu des individus privés de pouls en pleine possession de leurs sens et de leur intelligence. Dans une observation de Morgagni , il est question d’une personne qui, sans autre inconvénient, perdit pendant quarante jours les pulsations de sa radiale, et, dans ses Institutiones medicæ practicæ , Borsieri cite le fait extraordinaire d’une femme qui marchait quoique son pouls eût manifestement cessé de battre. Dans toutes les observations de mort apparente suivie de rappel à la vie, il est presque toujours nettement spécifié que le pouls, examiné à plusieurs reprises, manquait complètement.

Bien plus, on a vu des personnes étrangères à la médecine se tromper au point de prendre les pulsations artérielles de leurs propres doigts pour les battements du pouls du sujet en observation et croire à la persistance de la vie, alors qu’elles se trouvaient en présence d’un cadavre.

Art. II. — Cessation des battements du coeur. — Des moyens employés pour constater ce signe.

La cessation des battements du cœur prolongée pendant un certain temps, vingt minutes au moins , est un signe de mort absolument certain. Malheureusement les moyens d’investigation dont nous disposons pour constater ce signe, sont insuffisants ou dangereux : nous n’en dirons qu’un mot ici, nous réservant d’y

revenir plus longuement dans la seconde partie de ce travail.

1° Inspection. — Le cœur, en se contractant, détermine un léger ébranlement de la paroi thoracique du au choc de la [jointe; il est très facile, en regardant obliquement la poitrine, de constater ce phénomène. Chez les nouveau-nés en état de mort apparente, Tarnier conseille le procédé suivant : on dépose avec le doigt une ou deux gouttes d’eau sur la région précordiale et on examine attentivement; au moindre mouvement, à la moindre vibration imprimée par le cœur à la paroi thoracique, la goutte d’eau, suivant Tarnier, oscille très visiblement; si elle reste immobile, c’est que le cœur a complètement cessé de battre. Nous estimons que le cœur peut continuer à fonctionner sans déterminer aucun mouvement sur la paroi thoracique : l’absence de ce signe n’est donc pas un indice de mort.

2° Auscultation. — Un bruit est quelque chose de relatif, quelque chose de plus subjectif qu’objectif, et sa perception, surtout quand il s’agit d'un bruit très petit, d’un murmure, dépend, avant tout, de la délicatesse de l'ouïe de celui qui écoute. Tel battement du cœur qui sera constaté par un médecin ne le sera pas par un autre, et l’absence des bruits de cet organe, ainsi que le démontrent de nombreuses observations, ne prouve nullement qu’il ait cessé de fonctionner. Les battements peuvent être tellement faibles que leurs bruits restent imperceptibles à l’oreille la plus fine, mais le cœur ne continue pas moins de se contracter et la circulation de se faire.

3° Palpations, a. Pcifpation thoracique. — Sur le vivant, lorsqu’on applique le doigt dans le quatrième espace intercostal, au-dessous du mamelon, on sent battre la pointe du cœur. Quand l’organe est hypertrophié, le choc de la pointe peut être perçu dans le cinquième, le sixième et même le septième espace intercostal et toujours de plus en plus en dehors du

mamelon : dans ce cas, le choc est très nettement frappé. Mais si le cœur vient à faiblir, si la systole manque d’énergie, s’il existe un épanchement, le choc devient insensible, et la disparition de ce signe ne fournira aucun indice sur la réalité d’un décès.

b. Palpation sons-xiphoïdienne. — Elle se pratique en poussant les doigts sous les fausses côtes et sous le sternum de manière à toucher la pointe du cœur sous le diaphragme. Ce moyen de constater la persistance des battements du cœur a été proposé par Brachet (1849); cet auteur y a eu recours pendant trente-trois ans sur plus de vingt enfants en état de mort apparente, et il estime son procédé meilleur que l’auscultation. Brachet est le seul médecin de son avis; son procédé n’est pas aussi sûr qu'il le prétend, et les résultats négatifs qu’il donne sont loin d’avoir la certitude de ceux fournis par l’auscultation.

4° Cardiopuncture. — Proposée d’abord à l’étranger par Middeldorff (1857), puis en France par Plouviez et la Société médicale pratique de Paris (1861), cette épreuve a été de nouveau préconisée dans ces derniers temps par Boucbut. Elle consiste à introduire dans le cinquième espace intercostal, à gauche, près du sternum, une longue et très mince aiguille d’acupuncture en acier ou en platine, laquelle, poussée à travers la paroi de la poitrine, dans le péricarde, jusque dans le muscle cardiaque, reste immobile si le cœur a cessé de battre ou s’agite plus ou moins vivement si cet organe est encore en mouvement. Ce moyen évidemment nous parait infaillible; mais, quoi qu’en disent ses partisans, il est dangereux, et son emploi, comme le démontre la mésaventure qui nous est arrivée et que nous narrerons plus loin, expose le médecin à bien des mécomptes auprès delà clientèle.

5° .llisc à mi du cœur et introduction d’un stylet dans ce viscère à travers la veine jugulaire externe. — Ce

.n’est qu’au point de vue historique et bibliographique

que nous signalons ces deux épreuves : elles sont dangereuses et ne seront jamais acceptées des familles.

Art. III. — Vacuité des artères : artériotomie et mensuration des artères.

1° Artériotomie. — Quelque temps encore après l’arrêt des fonctions du cœur, les artères conservent leur contractilité et refoulent, de proche en proche, dans les veines le sang qu’elles contiennent, si bien que lorsqu'on ouvre une artère sur un cadavre, on la trouve vide ou remplie d’un sang fluide, dépourvu de fibrine. La vacuité des artères est un signe de mort d’une telle certitude que certains auteurs n’ont pas hésité à recommander la pratique de l’artériotomie pour s’assurer de la réalité d’un décès. Legallois porte de préférence le bistouri sur l’artère carotide, Veyne et Léon Denis sur l’artère temporale, le Dr Gouyon sur l’artère radiale. L’ouverture d’une artère serait une épreuve décisive s’il n’existait une cause d’erreur signalée par Legallois lui-même : cet auteur, en effet, reconnaît que les artères, alors même que la circulation est arrêtée, peuvent contenir un filet de sang , surtout dans les cas de mort consécutifs à une congestion. Au surplus, l’artériotomie est un moyen peu pratique et très dangereux en cas de mort apparente : sous prétexte de constater la vie, on s’expose à amener la . mort.

2° Mensuration des artères. — Au moment de la mort, les artères subissent un rétrécissement suivi d’une dilatation qui se manifeste vingt-quatre heures après : un médecin a proposé de mettre à nu l’artère carotide pour la mesurer deux fois à quatre heures d’intervalle. C’est une épreuve qu’il faut condamner; elle est périlleuse et moins sûre encore que l’artériotomie.

Art. IV. — Vacuité des veines : phlébotomie.

Les livres de médecine légale nous apprennent qu’une plaie peut saigner après la mort, et l’hémorragie veineuse continuer encore pendant quelque temps. On a vu môme des individus saignés immédiatement après la mort ne donner aucune goutte de sang et présenter quelques heures plus tard, les veines restant ouvertes, un écoulement de sang assez abondant. Ce phénomène, observé par deux fois à Kœnigsberg en 1857, fit croire à une inhumation précipitée (Wald). M. le professeur Brouardel, dans son cours de l’année 1893, nous a donné l’explication de ce fait, anormal en apparence : « Quand l’individu meurt , les phénomènes chimiques continuent : la fermentation développe dans l’intestin des gaz qui, si la température est élevée, acquièrent, au bout de vingt-quatre à trente-six heures, une tension telle qu'elle peut arriver à une atmosphère et demie dans l’abdomen. Sous l’influence de cette tension, le diaphragme est repoussé jusqu’à la troisième côte, le sang du cœur, des vaisseaux et des poumons est chassé vers la périphérie dans les veines. C’est une véritable circulation posthume. »

Art. V. — Vacuité des capillaires : application

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