CHAPITRE I
VALEUR DU SIGNE TIRÉ DE L’ABSENCE DES BATTEMENTS DU COEUR OBJECTIONS CONTRE CE SIGNE
LE VRAI SIGNE DE MORT EST NON DANS L’ ARRÊT DU CŒUR MAIS DANS L’ARRÊT PROLONGÉ DE LA CIRCULATION.
§i. — Valeur du signe tiré de l’absence des battements du cœur.
Nous devons tout d’abord répondre à ceux qui prétendent qu’un arrêt prolongé des battements du cœur n’est pas incompatible avec la vie, et que celle-ci peut persister alors que l’organe central de la circulation a suspendu complètement ses fonctions : ils s’appuient pour formuler leurs objections sur certains faits d’observation et d’expérimentation physiologique. Nous allons rapidement exposer ces objections, et de leur réfutation ressortira, naturellement la valeur du signe tiré de l’absence des battements du cœur et plus encore la valeur du signe tiré de l’arrêt prolongé de la circulation du sang.
Art. I. — Objections contre la valeur de ce signe.
En Allemagne, Budje et les frères Weber, expérimentant sur des grenouilles, ont pu provoquer l’arrêt
Icard. — La mort. 5
du eœur par la galvanisation des pneumogastriques ou de la moelle allongée, et cela bien entendu avec conservation de la vie.
En France, Claude Bernard (4858) répéta ces expériences, et, auscultant un chien pendant qu’on galvanisait les pneumogastriques, il constata, nous dit-il, avec la plus grande facilité, « qu’à chaque galvanisation le cœur s’arrêtait, que le bruit cessait pour reprendre aussitôt qu’on arrêtait le galvanisme ».
Dans tous les ouvrages traitant des signes de la mort se trouve racontée l’histoire plus ou moins authentique du colonel Towunshend, lequel jouissait de la merveilleuse faculté d’arrêter à volonté les battements de son cœur. « Le colonel Towunshend, malade depuis fort longtemps, fait appeler les docteurs Cheyne et Baynard, ainsi que Shriné, son pharmacien, pour être témoins de l’expérience la plus singulière, celle de mourir et de renaître en leur présence. Ils viennent; le colonel se couche sur le dos; Cheyne palpe l’artère radiale, Baynard applique sa main sur la région du cœur, et Shriné présente un miroir à la bouche. Un moment s’est écoulé, et déjà il n’y a plus de respiration, de battement d’artère ni de battement du cœur. La glace n’est plus ternie. Une demi-heure se passe, et les spectateurs sont sur le point de se retirer, persuadés que le malade est victime de son expérience, lorsqu’ils aperçoivent un léger mouvement respiratoire; les battements de l’artère radiale reviennent par degrés, et le malade a repris connaissance; le colonel appelle ensuite son notaire, fait faire un codicille à son testament et meurt très paisiblement huit heures après1. »
La volonté peut agir directement sur le cœur par l’intermédiaire du poumon en arrêtant ou en accélérant les mouvements respiratoires. L’influence de la respiration sur le cœur était connue des anciens : elle se