Devergie, Médecine léç/ale, t. I, p. 135. Paris
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trouve déjà indiquée dans les livres de Haller et de Valentin. La respiration normale n’agit pas considérablement sur le cœur, mais l’action de cet organe est notablement modifiée dans les trois états particuliers suivants : dans l’expiration et dans l’inspiration profondes jointes à l’occlusion de la glotte et à la contraction énergique de tous les muscles expirateurs et inspirateurs, et aussi dans l’inspiration la plus profonde possible alors même que l’air extérieur communiquerait avec l’intérieur des poumons. M. Chauveau, dont la stature était très forte, en faisant une grande inspiration qui introduisait 10 à 12 litres d’air dans la poitrine, parvenait à arrêter les battements de son cœur pendant une minute entière.
C’est à E. P. Weber et à Donders que revient l’honneur d’avoir fourni sur l’arrêt volontaire des battements du cœur des données exactes et scientifiques. Weber rapporte qu’il faisait cesser les battements de son cœur et de ses artères en comprimant le thorax à l’aide des muscles expirateurs et en empêchant l’accès de l’air : avec le choc disparaissaient les bruits cardiaques, le pouls se ralentissait d’abord, s’affaiblissait et finissait par disparaître complètement. Donders et le professeur Piorry, dans leurs expériences, sont arrivés aux mêmes résultats.
Didier, professeur à Montpellier, faisant des recherches expérimentales pour savoir si la peste était le résultat d’un venin bilieux , injecta à un chien de la bile d’un homme mort d’une fièvre maligne. Croyant avoir tué le chien, il l’ouvrit et resta stupéfait de trouver que le cœur battait encore. Il n’est point nécessaire d’avoir une longue pratique de la vivisection pour avoir eu occasion de vérifier ce fait. Tuez brusquement un animal à sang chaud, ouvrez aussitôt la poitrine, et vous constaterez la persistance des battements du cœur; arrachez l’organe, et, sur la table d’expérience, il continuera à battre encore pendant
quelque temps, moins longtemps toutefois que le cœur d’un animal à sang froid. MM. Brouardel et Paul Loye l, décapitant des chiens, ont vu les battements du cœur persister encore quinze, vingt et même vingtcinq minutes après la décollation ; la même constatation était faite par ces expérimentateurs quand ils faisaient succomber l’animal à une hémorragie. Magendie et Rayer, s’aidant de la respiration artificielle pour prolonger la vie, ont pu aussi observer, chez des animaux qu’ils décapitaient, que les battements du cœur persistaient très nets et très distincts pendant plusieurs minutes. Yulpian 2 a écrit sur la durée de la contraction du cœur après la mort un très remarquable travail : cet auteur a constaté la contractilité des deux ventricules sur un chien mort depuis deux heures.
Bien plus, chez les suppliciés, les battements du cœur persistent quelque temps après la décapitation; l’oreillette droite est la dernière à s’arrêter, ses contractions peuvent se montrer encore pendant une et même plusieurs heures. Sur le cadavre d’une femme suppliciée à Rouen en 1808, l’oreillette droite présenta des mouvements de systole et de diastole nettement rythmés pendant les vingt-sept heures qui suivirent la mort.
M. Féré, durant le cours de ses études tératogéniques, a vu, avec étonnement, le cœur persister à battre chez des embryons très jeunes, monstrueux et réduits parfois à un kyste ou à un amas de granulations : le cœur souvent battait plus vile qu’à l’état normal. Il a fait la même remarque chez des embryons plus âgés dont la mort certaine était indiquée par l’opacité complète des tissus, et chez d’autres embryons dont il produisait la mort artificiellement par la coagulation
1. P. Brouardel et P. Loye, Recherches expérimentales sur la mort par submersion brusque , in Archives de physiologie , 1889.