FAITES DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL ET LE RÈGNE ANIMAL
1° La vie latente chez les plantes et chez certain» animalcules : mort des tissns et mort de l’individu. —
Une plante dont toutes les feuilles sont tombées, dont la tige est flétrie et comme desséchée, ressuscite par enchantement dès qu’on lui rend l’humidité dont la privation est la seule cause de son état de mort apparente. On a retrouvé dans le corps des momies des
1. In Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 3° série, vol. 14, p. 168.
grains de blé qui étaient noirs, durs et secs : ces grains, ensemencés et cultivés avec soin, ont donné naissance à des épis superbes rappelant le pur froment d’Égypte. Ces faits ne signifient rien contre notre théorie, et si la vie a pu persister à l’état latent pendant plusieurs milliers d’années dans des graines, rien ne nous autorise à conclure qu’il peut en être de même chez l’homme et que les momies d’Égypte, par exemple, ne sont pas plus mortes que les grains qu’elles ont conservés pleins de vie dans leur cavité abdominale l.
Et du reste, des expériences toutes récentes ont démontré que la vie n’est pas suspendue , mais seulement ralentie dans les graines en repos, qui conservent pendant très longtemps la faculté de germer. On a pris trois lots de graines : le premier fut laissé à l’air sec; le second fut enfermé dans un tube plein d’air; le troisième enfermé dans un tube rempli d’acide carbonique. On les laissa ainsi deux ans, après quoi on les sema. Les graines du premier lot germèrent presque toutes ; celles •du deuxième lot germèrent en moins grand nombre; et on constata que l’air du tube avait changé de composition : la proportion de l’oxygène avait baissé et il y avait de l’acide carbonique. Aucune graine du troisième lot ne germa. Donc les graines en état de vie latente continuent à respirer.
1. Il y aurait, paraît-il, certaines réserves à faire au sujet de la prétendue germination des blés de momie. Decaisne, professeur <le culture au Muséum, considère comme faux tous les exemples de germination de graines trouvées dans les hypogées, parce que le plus ordinairement ces graines sont carbonisées ou imprégnées de bitume. Berthelot est du même avis, et il écrivait dans la Revue archéologique de décembre 1877, p. 397 : « Les allégations relatives au blé de momie, qui aurait germé et fructifié, sont •aujourd’hui reconnues erronées par les botanistes et les agriculteurs; les personnes qui ont fait autrefois ces essais ont été dupes des Arabes et des guides. Mais aucun échantillon récolté ■dans des conditions authentiques n’a jamais germé. » La germination des espèces provenant des habitations lacustres, d’après Claude Bernard, serait également très incertaine.
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR 1o9
Il existe dans le règne animal certains animalcules qui jouissent de la curieuse propriété d’être rappelés à la vie alors que la mort chez eux parait être absolument certaine. Ces animaux sont dits reviviscents, et, parmi les principaux, nous citerons les anguillules des tuiles et du blé niellé, les tardigrades et les rotifères. Par suite d'une dessiccation plus ou moins complète, ces animaux cessent de manifester les actes qui caractérisent leur existence pour en reprendre le cours dès que les conditions primitives de chaleur et d’humidité leur sont restituées. C’est Leeuwenhoek qui, en 1701, découvrit ces phénomènes de reviviscence, observés plus tard par Needham, Henry Baker, Fontana, Spallanzani, et étudiés plus particulièrement dans ces derniers temps par les professeurs Doyère et Pouchet. Ces deux derniers ne furent point d’accord dans leurs conclusions, et le débat fut porté devant la Société de biologie : une commission fut nommée qui, par l’organe de son rapporteur Broca, rendit compte de ses expériences dans les séances des 17 et 24 mars 1860.
« Un corps desséché aussi complètement que possible par des moyens artificiels est-il privé de vie? » Oui, répondait-on dans les deux camps.
« Mais ce corps peut-il reprendre par hydratation la vie qu’il a perdue? » Doyère, partageant la doctrine des premiers observateurs, disait : « Oui, lorsque l’expérience est faite avec des précautions convenables, lorsqu’on procède d’abord à la dessiccation, puis à l’humectation avec assez de lenteur et de circonspection. » Pouchet, et avec lui Pennetier et Finel, disaient au contraire : « Aucune précaution expérimentale ne peut soustraire un animal aux conséquences ordinaires de la dessiccation, et lorsqu’une fois il est bien desséché, rien désormais ne peut lui rendre la vie. »
De ces deux éminents biologistes, lequel avait raison ? Admettons que ce soit Doyère, ainsi que semble l’indiquer le rapport de Broca. Est-ce que pour cela nous