‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 46 sur 78 · DANS TOUS LES CAS DE MORT APPARENTE PROLONGÉE · texte numérisé non relu

DANS TOUS LES CAS DE MORT APPARENTE PROLONGÉE

Les fonctions de l'organisme, avons-nous dit plus haut, sont d’autant plus importantes et d’autant plus nécessaires au maintien de la vie qu’elles s’exercent chez un plus grand nombre d’animaux ; nous devons ajouter : qu’elles s’exercent chez des animaux d’un ordre plus élevé. C’est pourquoi la constatation que nous venons de faire de l’impossibilité de la vie avec un arrêt complet et prolongé de la circulation chez les animaux, nous permet a priori , sans plus amples recherches, d’affirmer qu’il n’existe chez l'homme aucun état de mort apparente s’accompagnant d’un arrêt complet et prolongé du courant sanguin. C’est en vain qu’on nous opposera la syncope et le choléra : les arguments tirés de ces deux états pathologiques ne sont d’aucune valeur.

La syncope, résultat d’une anémie cérébrale, est caractérisée non par un arrêt complet et prolongé des battements du cœur, mais simplement par un ralentissement de la circulation; il n’y a pas suspension, mais seulement diminution de l’activité fonctionnelle, et l’hématose persiste, très faible, il est vrai, dans tout état syncopal. Nous passerons sous silence toutes les expériences entreprises dans le but de démontrer cette vérité clinique, et il suffira au lecteur de savoir qu’en déterminant une syncope par hémorragie chez un animal on peut tour à tour tirer cet animal de son état de syncope et l’v faire retomber en inclinant ou en relevant sa tête, c’est-à-dire en activant ou en ralentissant l’appel du sang dans le cerveau ; si la circulation était bien arrêtée, aucune de ces manœuvres ne donnerait les résultats constatés. Mais n’insistons pas! Que nous importe au fond qu’il y ait arrêt ou simplement ralentissement de la circulation? Le besoin de

notre cause n’exige pas que nous prenions parli pour l’une de ces opinions à l’exclusion de l’autre, et nous laisserons les médecins, opposant expérience à expérience, éterniser le débat! Tous, ne sommes-nous pas d’accord pour reconnaître que s’il y a arrêt, cet arrêt ne peut être que momentané, éphémère, un arrêt prolongé transformant sûrement la mort apparente en mort réelle !

Le courant sanguin ne saurait s’arrêter également dans le choléra, et la preuve certaine que, dans cette maladie, en dépit de l’absence du pouls, la circulation persiste jusqu’au dernier moment, c’est que jusqu’au dernier moment, ainsi que nous le verrons plus bas, l’absorption est possible par les voies intra-veineuse et hypodermique.

Un ralentissement n’est pas un arrêt de la circulation. Et, du reste, ce ralentissement du cours du sang est nécessaire dans tous les cas de mort apparente, il doit être proportionné au ralentissement de la respiration : s’il est la cause du mal, il en est aussi le remède, il favorise ou tout au moins permet d’attendre le retour spontané à l’état normal. Le professeur Richet a appelé l’attention de la Société de biologie1 sur cet important phénomène, qui constitue, dit-il, un véritable phénomène de défense contre l’asphyxie et correspond à une réserve de l’oxygène. Pendant la dernière période de l’asphyxie chez l’animal, les battements du cœur se ralentissent et persistent encore alors que la respiration est arrêtée ; mais que l’on coupe les nerfs vagues ou que l’on supprime leur action modératrice par une dose d’atropine, et la survie de l’animal sera notablement diminuée, le cœur dont les battements deviennent très accélérés, cessera de battre, alors que les mouvements respiratoires persisteront encore. Chez le chien atropinisé, l’asphyxie, au lieu d’exiger 8 minutes, est mortelle au bout de 4 minutes environ; un canard

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