‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 49 sur 78 · VOIES INTRA-VEINEUSE OU HYPODERMIQUE · texte numérisé non relu

VOIES INTRA-VEINEUSE OU HYPODERMIQUE

La non-absorption par les voies hypodermique ou intra-veineuse est physiologiquement impossible tant que la circulation se fait.

Dans tous les états de faiblesse, dans l’agonie par exemple, l’absorption est encore plus active qu’à tout autre moment : dans ces cas, en effet, la tension sanguine diminue, l’absorption devient plus rapide et plus facile.

Voyez les merveilleux effets de l’éther et sa rapidité d’action dans la syncope lorsque le médicament est administré par la voie sous-cutanée. L’absorption a lieu aussi rapidement dans le choléra, et alors qu’aucune substance, à la période ultime de la maladie,

n’est absorbée par les voies ordinaires, on constate que l’absorption se fait encore très bien par injection et que, par ce moyen, elle persiste autant que la vie elle-même. Nous avons bien pu nous rendre compte de ce phénomène à l’hôpital des cholériques du Pharo durant l’épidémie de 1884 : nous avons constaté l’élimination de l’éther par les poumons chez des malades presque à l’agonie et que nous injections en pleine période d’algidité, alors que le pouls n’était plus sensible et que les mouvements respiratoires étaient à peine perceptibles. A cette même période, la pilocarpine en injection sous-cutanée donnait lieu, du côté de la peau et des glandes salivaires, à des manifestations qui ne nous laissaient aucun doute sur la réalité de l’absorption du médicament. L’absorption de la morphine, de l’atropine, de la strychnine et autres substances a été signalée par de nombreux médecins, tous affirmant la possibilité de l’absorption dans le choléra pendant tout le temps de l’agonie jusqu’aux limites extrêmes de la vie.

Nous connaissons les résurrections momentanées obtenues à l’aide d’injections intra-veineuses de sérum artificiel. Or, il résulte d’un certain nombre d’expériences et d’observations 1 qu’en injectant le liquide dans le tissu cellulaire en plusieurs points et par petite quantité, on parvient à faire absorber une très grande quantité de sérum artificiel, et les résultats obtenus sont aussi prononcés que ceux constatés après une injection intra-veineuse de la même quantité de sérum artificiel.

Dans ces faits observés par tous les médecins et dans toutes les épidémies cholériques, on trouve la preuve évidente, certaine, indiscutable de la persistance de l’absorption par les voies hypodermique et

1. Voir Luton, Transfusions hypodermiques ( Archives générales de médecine , décembre 1884).

VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR

intra-veineuse jusqu’au dernier moment : alors que toutes les autres voies sont fermées à l’absorption, celles-ci restent ouvertes et ne se ferment qu’avec l’arrêt définitif de la circulation, c’est-à-dire au moment même de la mort réelle.

Art. VI. — Conclusion : aucun état de mort apparente

n’ÉCHAPPE AU CONTROLE DE NOTRE MÉTHODE.

L’absorption par voie sous-cutanée est inévitable tant que la circulation persiste ; celle-ci, d’autre part, ne s’arrête qu’avec la perte de la vie : nous croyons avoir démontré d’une façon complète ces deux propositions. Donc la mort ne sera réelle que si un produit injecté dans la profondeur des tissus ou directement dans le système veineux, ne se retrouve point après un temps plus ou moins long dans le sang et les différents tissus de l’organisme. Et si, pour mettre en évidence la persistance de la circulation, nous avons eu recours à l’absorption par les voies hypodermique ou intraveineuse, c’est parce que ce moyen, employé suivant les règles et avec les précautions que nous avons indiquées, échappe à toute cause d’erreur et nous a paru être absolument sûr et infaillible.

Supposons — hypothèse purement gratuite et contre laquelle, nous venons de le voir, plaident les données scientifiques les plus certaines, — supposons qu'il existe des cas de mort apparente s' accompagnant d'un arrêt complet de la circulation. Cet arrêt ne peut être que momentané ou définitif : s'il est définitif , la mort apparente deviendra bientôt la mort réelle , ce qui sera indiqué par l'absence d' absorption du produit injecté , absence constatée à des moments différents et aussi éloignés les uns des autres qu'il plaira de le fixer au critique te plus exigeant ; si l'arrêt n'est que momentané , le produit injecté , qui était resté sur place, sera pris et entraîné par le sang dès que celui-ci recommencera à circuler;

nous constaterons alors l'absorption , et cette simple constatation nous permettra d'affirmer la persistance de la vie , bien avant qu'aucun des signes préconisés jusqu'ici nous ait prévenus du rétablissement, de la circulation. La putréfaction est un signe de mort absolument certain. Or , qu'est- ce que la putréfaction , si ce n'est un résultat éloigné de l'arrêt de la circulation et de la respiration? Mettre en évidence l'arrêt définitif de ces deux fonctions c'est donc produire un signe aussi certain que la putréfaction elle-même , signe qui aura sur celle-ci l'insigne supériorité d'être constaté immédiatement .

Et du reste, les expériences que nous relaterons bientôt, l’analyse que nous ferons des principaux états pathologiques qui peuvent en imposer pour la mort réelle, ne laisseront aucun doute, nous l’espérons, sur les avantages et le degré de certitude que présentent nos procédés. Mais avant de donner la preuve expérimentale et la preuve clinique de l’excellence de notre méthode des injections, nous croyons utile de faire connaître un autre procédé destiné également à apprécier l’état de la circulation. Nous l’appellerons procédé de la forcipressure , du nom de la pince dont nous nous servons dans la pratique de ce procédé.

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