In Edimbourg medical and surgical journal, vol
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ne sont affectés que secondairement; les mouvements du cœur s’affaiblissent beaucoup, mais ils persistent; une certaine quantité de sang, très petite sans doute, continue à circuler à travers les poumons, épuisant lentement l’oxygène de l’air qui y reste et qui paraît suffire pour maintenir pendant un temps considérable la vitalité diminuée de tout le système. L’activité fonctionnelle de l'encéphale paraît suspendue, la vie animale éteinte, mais la vie organique persiste, quoique faiblement. »
Bouchut et Claude Bernard, dans le but de résoudre le problème, ont expérimenté sur des chiens chez qui ils déterminaient un état syncopal par hémorragie en ouvrant l’artère crurale. Or, il semble résulter de leurs expériences que la circulation du sang, observée à l’aide d’un manomètre ajusté à la carotide droite, persistait jusqu’au moment de la mort réelle et que l’arrêt de la circulation était le signe de la disparition de toute vie, bien que, pendant deux minutes encore, le cœuy fût agité de mouvements vermiculaires impuissants à chasser de ses cavités la moindre quantité de sang.
« La syncope prolongée, dit Hoffman, rend toujours difficile à distinguer un mort d’un vivant parce que les mouvements de Voir qui entre dans la poitrine et qui en sort, sont tellement imperceptibles qu'ils échappent à l'attention la plus scrupuleuse ’ il vaut mieux attendre la putréfaction. » Ces mouvements peuvent échapper à 1 attention la plus scrupuleuse, mais ils n’échappent point au contrôle de nos procédés, et les renseignements que leur emploi nous donne sur l’état réel de \ie ou de mort nous dispenseront d’attendre, comme le veut Hoffmann, le moment trop éloigné de la putréfaction pour inhumer le cadavre : car, en admettant même que, dans certains cas, il y ait arrêt de la circulation, cet arrêt, nous l’avons démontré, ne peut être que momentané si la mort n’est qu’apparente.
Art. II. — Hystérie (Léthargie, Catalepsie, Extase).
Après la syncope, l’hystérie est de tous les états pathologiques celui qui le plus souvent détermine la mort apparente. A elle doivent se rapporter les nombreuses observations, surtout chez les auteurs anciens, où la cause de la méprise est attribuée à la léthargie, à la catalepsie, à l’extase. Le mot léthargie autrefois était un terme générique et servait à désigner tout état soporeux prolongé s’accompagnant de perte de mouvement, de sensibilité et de connaissance, état susceptible d’être confondu avec la mort. Aujourd’hui la léthargie a son cadre nosologique particulier, comme du reste la catalepsie, l’extase et le somnambulisme; tous ces états se distinguent nettement les uns des autres par des signes propres, mais, considérés en eux-mêmes, au point de vue étiologique et symptomatique, ils ne sont chacun qu'une manifestation de la grande névrose hystérique. Celle-ci est le véritable Protée du siècle : elle affecte toutes les formes de mala dies et peut facilement se dissimuler sous l’image même de la mort.
A l’état normal, le sommeil léthargique ne saurait en imposer à un médecin instruit : une auscultation attentive lèvera tout doute. Le diagnostic deviendra plus difficile et pourra même être méconnu si le sommeil léthargique très accentué se prolonge longtemps ou plutôt se complique de l’accident dont H. Barth 1 nous a fait la description suivante : « Quelquefois, par une cause qui échappe, le malade en état de sommeil se refroidit progressivement ; la respiration, de plus en plus lente, devient si faible et si superficielle qu’elle ne soulève plus le thorax, les battements du cœur diminuent aussi de fréquence et deviennent impercep-
1. Du sommeil non naturel , ses diverses formes. Thèse d’agrégation, Paris, 1886.
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tibles; une pâleur de cire couvre le visage du sujet; les membres sont dans la résolution complète; les pupilles dilatées ne réagissent pas à la lumière et les cornées, recouvertes d’un enduit épithélial, offrent l’aspect louche et terne qu’elles prennent d’ordinaire après la mort. Cet état peut se prolonger plus longtemps qu’on ne croirait ; grâce à la faible ventilation pulmonaire qui s'opère par diffusion dans les voies aériennes, grâce aussi et surtout à la minime activité des échanges organiques chez les hystériques, l’étincelle de vie ne s’éteiut pas. »
On comprend qu’un tel sommeil puisse facilement être confondu avec un état de mort réelle, ainsi que le prouve le fait suivant dont tous les journaux se sont récemment occupés. Mgr N. Glycas, métropolite grec orthodoxe de Méthymne (île de Lesbos), âgé de quatrevingts ans, était alité depuis fort longtemps. Dans la journée du 3 mars 1896 son état de santé s’aggrava, et dans 1a. soirée le médecin constata la mort. Conformément aux prescriptions de la religion grecque orthodoxe, le corps fut placé, revêtu de ses habits sacerdotaux, sur un trône dans l’église métropolitaine de Méthymne, où, durant deux jours et deux nuits, les prêtres de la métropole le veillèrent pendant que les fidèles affluaient pour voir une dernière fois leur pasteur. Dans la journée du 5 mai, le métropolite se leva tout à coup de son fauteuil à la stupéfaction des prêtres qui priaient à ses côtés, et le prélat fut luimême effrayé en voyant l’appareil funèbre dont il était entouré. Mgr Glycas était tout simplement tombé en léthargie et il se porte aujourd’hui à merveille. Sa qualité de métropolite lui a valu de ne pas être enterré vivant. Les simples fidèles, en effet, doivent être inhumés, d’après les règlements en usage dans ce I pays, douze heures après le décès.
La plus ancienne observation de mort apparente M par léthargie est celle ayant trait à Ponthia, femme
de la ville d’Agrigente, hystérique réputée morte qui, au dire de Diogène Laëree, fut sauvée par Empédoele au ve siècle avant Jésus-Christ. Zacchias raconte l’his-
toire d’une femme hystérique qui, tombée en état de mort apparente, se réveilla sous le scalpel de l’anatomiste. Presque toutes les histoires de ce genre sont des fables inventées par la crédulité du vulgaire, il existe néanmoins des observations authentiques consignées dans les annales de la science par des médecins expérimentés et dignes de foi. Nous nous contenterons de signaler la suivante que nous empruntons au livre de Josat : « Mme de P...., d’un tempérament éminemment nerveux, à l’âge de dix-huit ans, et dans le courant de la même année, éprouva deux accès hystériques qui la laissèrent dans un état de mort apparente, pendant lequel sa sépulture fut deux fois décidée. La première fois, l’état de mort dura vingt-quatre heures, pendant lesquelles on employa en vain tous les stimulants connus. La seconde fois, à sept mois de distance, sans cause connue, Mme de P.... présenta, pendant quarante 'heures, tous les signes de la mort réelle, jusqu’à la raideur cadavérique. Plusieurs médecins de Lyon, dont quelques-uns vivent encore, furent appelés pour donner leurs soins et opinèrent pour la mort réelle. Les supplications d’une des sœurs de la prétendue défunte firent retarder les derniers apprêts funéraires. Pendant ce temps, la morte ressuscitait. Cette dame a toujours affirmé avoir eu la conscience de tout ce qui se disait autour d’elle sans pouvoir en produire la manifestation, sans même le désirer, tant elle semblait se complaire en cet état. »
Cette observation peut être rapprochée d’une autre analogue dont l’authenticité nous a été certifiée par un témoin oculaire, et de celles qui nous ont été laissées parForestus, Licetus, Sydenham, Pomme, etc., observations où il est spécifié souvent que le malade entendait les sanglots de son entourage et voyait les dispo-
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sitions préliminaires de son enterrement sans pouvoir donner aucun signe de vie. II. Bart, dans son étude sur le sommeil non naturel , passe en revue toutes ces observations et nous sommes heureux d’accepter sa conclusion : « Il est rare, dit-il, que les battements du cœur ne puissent être perçus par l’auscultation et presque toujours on observe de temps à autre une inspiration presque imperceptible, mais suffisante pour montrer que, dans ce corps privé de sentiment, la vie n’est pas éteinte. »
Supposons que les mouvements du cœur et ceux des poumons soient si faibles que l’on ne trouve du côté de ces organes, par l’examen le plus minutieux, aucun indice de la persistance de la vie, ne reste-t-il pas l’emploi d’un de nos moyens? Le cas échéant, ceux-ci ne seront-ils pas infaillibles et ne montreront-ils pas en quelques minutes l’absence de la mort réelle en mettant en évidence la persistance de la circulation! Car la circulation n’est nullement arrêtée chez les hystériques en état de mort apparente, nous en avons la preuve certaine, indéniable, dans le sang que Levasseur de Rouen a pu retirer, à l’aide de ventouses scarifiées, de toutes les cataleptiques soumises à son examen, et la preuve non moins certaine aussi dans les résultats de l’analyse des urines et autres produits excrémentitiels des léthargiques. Évidemment la nutrition et les excrétions sont réduites à leur minimum, la quantité des excreta est considérablement diminuée, mais il nous suffit de savoir que les malades, durant leur sommeil léthargique, éliminent de l’urine, de l’urée, des matières fécales, de l’acide carbonique 1
1. A consulter sur celte importante question les auteurs suivants : Gilles de la Tourrette et Cathelineau (La nutrition dans l'hystérie, Société de biologie, 26 avril et 13 décembre 1890, et in Progrès médical, 26 avril et 20 décembre 1890); Voisin et ttarând, Des excreta dans la léthargie hypnotique, communication faite au Congrès de médecine mentale, 1890, et in Semaine médicale,
Icard. — La mort. 13
pour affirmer sans crainte d’avoir un démenti que, durant cet état de mort apparente, la circulation sanguine n’est pas suspendue. Tout état de mort apparente d’origine hystérique sera donc démasqué par l’emploi de nos moyens.
Art. III. — Epilepsie.
Dans le livre de Julia de Fontenelle sur l'incertitude des signes de la mort (Bruxelles, 1837) se trouve rapporté le fait suivant. Un Carme de Clairvaux, nommé Renaud, eut un accès d’épilepsie si long qu’on le crut trépassé : son corps fut déposé dans le caveau du couvent. Le lendemain, on s’aperçut que la pierre qui fermait l’entrée du tombeau était dérangée. On s’empressa d’ouvrir, et l’on trouva le malheureux moine mort, couché sur l’escalier près de l’ouverture : les bouts des doigts étaient tout écorchés.
Un épileptique peut mourir dans le cours d’une attaque, mais nous ne pensons pas que celle-ci puisse se terminer par un état de mort apparente capable d’en imposer à un médecin un peu expérimenté. Néanmoins, dans l’incertitude, pour lever tout doute, on aura recours à nos procédés. Il existe dans cette maladie des modifications de la circulation, modifications qui varient suivant le moment de l’attaque, mais qui ne vont jamais jusqu’à l’arrêt du courant sanguin. Au début, surtout lorsque les attaques se succèdent presque sans interruption et constituent ce qu’on
5 août 1890, p. 278); Hauer ( État des fonctions respiratoires et circulatoires au cours de l’hypnose provoqué , in Prag. med. Woch. 21 août 1889); Strubing, in Dents. Archiv. fur klün. Mcdicin , Bd 27, p. 3; Brock, in Ueher Sloffliche Veranderungen bei der Hypnose. Deuts. Med. Woch., 1880, n° 45; Guntler. Ueber Veranderungen im Stoffwechsel unter dem Einfluss der Hypnose und bei der Paralysis agilans, Inaug. Diss., Breslau, 1883); Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, publiées par Bournevi.'le.
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appelle Y état de mal , le pouls, par suite d’une augmentation de la tension artérielle due à une excitation des filets sympathiques vasculaires, devient excessivement fréquent, petit, filiforme, souvent imperceptible; le tracé sphygmographique, dans certains cas, est presque rectiligne et présente à peine quelques légères ondulations. A la fin de l’attaque, l’excitation du grand sympathique faisant place à la paralysie, la tension vasculaire diminue et le pouls, tout en restant fréquent, reprend son ampleur ordinaire.
Il a été permis aux docteurs Sarlo et Bernardini d’observer directement, chez un épileptique dont le cerveau était à découvert dans la région pariétale, l’état de la circulation cérébrale durant l’hypnose, c’est-à-dire durant ce sommeil lourd, profond, presque comateux qui suit la fin de l’attaque. Ces auteurs ont constaté des variations dans l’état de la circulation, mais jamais un arrêt du courant sanguin, et nous pouvons affirmer que l'emploi de l’un de nos procédés, chez un épileptique, à moins qu’il ne soit réellement mort, révélera toujours la persistance de la circulation.
Art. IY. — Eclampsie.
Il ne sera question ici que de l’éclampsie puerpérale, la seule, croyons-nous, susceptible de provoquer un ; état de mort apparente. Cette maladie comprend deux aériodes : une période convulsive et une période comateuse. Une raideur générale tétanique peut accompagner la première période, mais cette raideur est de courte durée et ne saurait être confondue avec un état le mort réelle. L’erreur, au contraire, est très possible tans la période comateuse : souvent, en effet, la respialion bruyante et stertoreuse du début fait place à
1. In Arcli. ital. de biol. , 1892, et in Revue des sciences médicales
une respiration tranquille dont les mouvements vont toujours diminuant d’ampleur et finissent par devenir invisibles, il peut exister un refroidissement de tout le corps, une teinte livide de la face, une insensibilité complète, une immobilité absolue, une résolution de tous les muscles. En présence de ces signes, surtout si l’on ne peut sentir le pouls ni percevoir les bruits du cœur, on demeure convaincu que la femme a trépassé.
Le célèbre accoucheur Philippe Peu fut appelé auprès d’une femme enceinte que l’on croyait morte, pour pratiquer l’opération césarienne afin de sauver l’enfant : « Je la crus morte aussi, dit-il *, et, portant l’instrument pour faire l’incision, je vis cette femme faire un tressaillement accompagné de grincement de dents et de remuement des lèvres, dont j’eus, une si grande frayeur que je pris alors la résolution de ne plus opérer qu’à coup sur\ » Le même accident arriva à un autre chirurgien chargé de procéder à l’autopsie d’une personne de qualité qui paraissait morte (Winslow) 1 2. Trois autres observations de femmes sur lesquelles on faillit pratiquer l’opération césarienne alors qu’elles étaient simplement en état de mort apparente sont rapportées par Van Swieten et Baudeloque. Le cas dont parle Trinchinnetti est certainement le plus tragique : il y est raconté que le sang artériel fut dardé contre le chirurgien au moment où il incisait la matrice et la femme mourut pendant l’opération.
Gornarius rapporte qu’une femme enceinte, considérée comme morte, fut portée dans sa sépulture; quelque temps après, on retrouva cette femme accouchée tenant son enfant entre les bras 3.
Peut-être, dans les observations qui précèdent, la mort apparente avait-elle été engendrée par une syn-