‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 57 sur 78 · Dufour, Thèse de Paris · texte numérisé non relu

Dufour, Thèse de Paris

limes du froid. « L’expérience a appris, dit Loyer, que des personnes gelées ont été rappelées à la vie au bout de plusieurs jours », et cet auteur conseille de continuer les secours jusqu’au moment où apparaîtra la putréfaction. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’attendre jusqu’à ce moment pour établir un diagnostic certain, et ce que nous savons de l’état de la circulation chez ceux qui ont subi l’influence du froid nous permet d’affirmer qu’ici comme ailleurs nos procédés nous fourniront des renseignements exacts donnant au problème une solution aussi sûre que rapide. Le froid ralentit la circulation : in hieme pulsus duriores et paulo vehementiores , tcirdiores fiunt , dit Gallien; d’après Blumenbach, le pouls ne bat que trente ou quarante fois par minute chez les Groënlendais. La vie est compatible avec un ralentissement très prononcé, mais non avec un arrêt complet du courant sanguin. C’est l’opinion de tous les auteurs, c’est une vérité qui ressort des observations et des expériences que nous avons déjà indiquées, nous l’avons amplement démontrée et il serait superflu d’insister davantage. Il est certain que la circulation n'était pas suspendue chez les personnes dont nous avons donné plus haut les observations, pas plus qu’elle ne l’était chez le grenadier de Strasbourg dont Pia rapporte le fait. Ce militaire fut trouvé le 1er janvier 1777 dans la rivière de l'ill, debout, la tète hors de l’eau, raide comme un pieu. On le considéra comme gelé et mort sans ressource, et déjà l’on disposait ses funérailles, lorsqu’un jeune chirurgien demanda qu’on lui laissât faire quelques tentatives, et il réussit à rappeler le grenadier à la vie. La congélation chez cet homme n’était pas intérieure, il s’était passé chez lui ce que nous avons observé sur nos sangsues qui, raidies extérieurement par le froid, n’en conservaient pas moins la circulation du sang et revenaient à la vie. Dans bien des cas, du reste, l’examen du cœur, en donnant la preuve de la persis

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tance de la circulation, a permis de reconnaître l’état de mort apparente alors que l’on croyait à un état de mort réelle. Tourdes, après avoir constaté que chez les animaux congelés la mort arrive avec l’arrêt de la circulation, ajoute : « La persistance de la vie n’est pas admissible avec une congélation totale ».

Sans doute, la circulation pourra être arrêtée dans les capillaires extérieurs, les capillaires cutanés, et ce ne sera pas le cas, ici, d’avoir recours au procédé de la forcipressure ou à celui de V hématoscopie, bien que ces deux procédés soient encore applicables après le dégel, alors que la circulation a repris dans tous les capillaires. On emploiera de préférence le procédé des injections en ayant soin de pousser l’injection très profondément dans l’épaisseur des tissus ou directement, avec prudence, dans une grosse veine. La substance injectée sera d’abord recherchée dans l’urine : car le froid, loin de suspendre les fonctions du rein, est au contraire un puissant diurétique.

Art. IX. — Anesthésie.

Les seuls anesthésiques employés aujourd’hui sont le chloroforme et l’éther; quelquefois, lorsque l’anesthésie ne doit durer que quelques instants, on a recours

Iau gaz protoxyde d’azote. Or, il arrive souvent que, pendant l’acte opératoire, subitement la respiration s’arrête et le cœur cesse de battre. L’opération est suspendue, vite des soins sont donnés pour parer à l’acci-

Ident et l’empêcher de devenir mortel ; bientôt les mouvements respiratoires réapparaissent, le pouls reprend, le malade est sauvé. Mais si l’arrêt de la respiration et du cœur persiste, si tous les procédés employés restent sans résultat, c’en est fait, la mort réelle est certaine.

Combien de temps un anesthésié peut-il rester en état de mort apparente? Nous ne pouvons donner à cette question une réponse bien précise; nous ne con-

naissons néanmoins aucun cas de rappel à la vie après plusieurs heures de tentatives infructueuses. L’opinion de Claude Bernard, que nous donnerons plus bas longuement motivée, était que les tentatives « n’ont aucun résultat utile quand le cœur est arrêté ». Si le malade ne revient pas pendant la première heure — et ce délai encore nous paraît bien long — il est sûrement mort et rien ne saurait le ressusciter, à moins qu’il y ait un reste de respiration et de circulation, respiration et circulation latentes échappant à tout contrôle et dont l’existence ne pourra être révélée que par le seul emploi d’un de nos procédés. Ces procédés ne feront jamais défaut, et, dans nos expériences sur les animaux avec le chloroforme, l’éther et le bromure d’éthyle, toujours il nous a été permis de nous prononcer sans hésitation sur l’état de mort apparente ou sur l’état de mort réelle.

Art. X. — Narcotisme.

Les cas de mort apparente déterminés par les narcotiques reconnaissent presque tous pour cause l’emploi de l’opium à dose toxique. Citons les observations suivantes.

Mme P..., à la suite de la perte d’un enfant adoré, éprouva une telle douleur que l’on craignit pour sa raison; une pensée insurmontable de suicide s’empara d’elle. Elle parvint à se procurer une assez grande quantité de chlorhydrate de morphine et, en moins de dix minutes, elle en prit 60 centigrammes. Les ravages du poison furent prompts : il avait été absorbé à cinq heures du matin, vers midi les symptômes du narcotisme étaient arrivés à leur paroxysme. Quatre médecins, appelés en même temps, Guersant, Roger, Corby et Josat, après examen prolongé, déclarèrent qu’il n’y avait plus aucun espoir et que la mort était bien réelle. Mme P... pourtant n’était qu’en état de mort apparente et revint à la vie.

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Josat nous fait remarquer que tous les moyens de s’assurer du triste résultat avaient été mis en pratique. « Nous affirmons, pour ce qui nous regarde, dit-il, avoir eu recours à une auscultation minutieuse de la région du cœur, sans que ce moyen ait révélé aucun symptôme de vie. » Nous ne reviendrons pas sur cette question, nous nous sommes là-dessus, dans le cours de ce travail, longuement expliqué, et nous savons qu’il ne suffit pas de ne pas entendre les battements du cœur pour dire que cet organe ait cessé complètement de remplir ses fonctions. Est-il possible que la malade du Dr Josat ait pu rester de si longues heures (au moins douze heures!) avec un arrêt complet de la respiration et de la circulation, et, après toutes les preuves que nous avons données plus haut, ne sommes-nous pas autorisé à croire que les deux fonctions essentielles de la vie persistaient à l’état latent comme chez les animaux que nous avons soumis à l’action stupéfiante de la morphine et du chloral?

Le narcotisme ralentit la respiration au point de la réduire à huit ou dix inspirations par minute, la fonction peut devenir insensible, mais elle persiste, à moins que l’intoxication ne soit poussée juqu’aux limites extrêmes et que la mort s’ensuive. « Dans les expériences sur les animaux avec l’opium, la digitale, la nicotine, le cyanure de potassium, on détermine, dit Tourdes, un état de mort apparente qui va jusqu’à rendre à peine sensibles les battements du cœur. » A peine sensibles , c’est l’expression dont se servent, pour qualifier la force des mouvements cardiaques, tous les physiologistes qui ont expérimenté l’action des narcotiques sur les animaux.

L’erreur commise, au sujet de l’état de mort apparente de Mme P..., parles quatre médecins distingués dont nous avons donné les noms plus haut, ne peut être imputée qu’à l’insuffisance des moyens dont la médecine a disposé jusqu’ici pour constater l’état du

cœur et de la respiration; mais sûrement pareil cas venant à se reproduire, l’emploi de nos procédés éloignerait toute erreur.

Art. XI. — Ivresse.

Le premier effet de l’alcool est d’exciter les fonctions cérébrales, mais bientôt celles-ci se pervertissent et finissent par se déprimer si la dose de poison absorbée a été considérable. Le coma qui, dans certains cas, accompagne la phase ultime de l’ivresse, est tellement profond que rien ne peut tirer le malade de son état de torpeur. L’intelligence est absolument éteinte, toutes les sensibilités sont anéanties, la résolution musculaire est complète. On peut alors pratiquer les opérations les plus douloureuses sans éveiller chez l’ivrogne aucune sensation : un ivrogne fut amputé de la cuisse par Blandin et n’eut aucun sentiment de l’opération; une femme en état d’ivresse accoucha naturellement et n’eut aucune conscience du travail (Deneux); un autre ivrogne dont les deux maxillaires étaient fracturés comminutivement et les lèvres coupées dans toute leur hauteur ne manifestait aucune souffrance (Thomeuf).

Par suite d’une dilatation des capillaires cutanés, l’ivrogne élimine par le rayonnement une grande quantité de chaleur, d'autre part les globules sanguins fixent une moins grande quantité d’oxygène; aussi la température baisse-t-elle très rapidement, et on a vu des ivrognes dont la température rectale arrivait à peine à 24° ! La pupille est dilatée, l’œil est vitreux et atone, le pouls est misérable lorsqu’il est encore sensible, et la respiration, presque toujours stertoreuse, peut se trouver quelquefois à peine appréciable.

On comprend comment un ivrogne, trouvé ivremort sur la voie publique, le corps inerte, la face pâle ou livide, sans pouls, sans respiration apparente,

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absolument froid, puisse être pris pour un cadavre et abandonné comme tel. Les erreurs de ce genre sont fréquentes; nous citerons seulement les suivantes.

Un mendiant, à la suite de libations copieuses, tombe sur la route et ne peut plus se relever; le lendemain, on le trouve les membres raides; on le croit mort et l’on se dispose à l’enterrer. Un médecin examine le corps : il est froid, sans souplesse, le cœur est sans mouvement, la respiration suspendue. Néanmoins le médecin prodigue des secours qui, après quatre heures, finissent par provoquer le retour à la vie (Yigné).

Un homme jeune encore, en proie à des préoccupations morales très vives, avait beaucoup mangé et bu, bu surtout, jusqu’à tomber ivre-mort dans la rue Yivienne, où il fut relevé à deux heures après minuit par des sergents de ville qui le transportèrent incontinent au poste de l’arcade Colbert. Là, ils se mirent à lui prodiguer des soins plus empressés qu’éclairés, pendant qu’ils envoyaient un soldat à la recherche d’un médecin. Ce fut le docteur Josat qui vint. Lorsqu’il arriva, le corps du malheureux jeune homme était relégué dans un coin du corps de garde et considéré comme privé de vie. L’erreur avait été d’autant plus facile pour ces braves gens que Josat, lui-même, au premier aspect, crut avoir affaire à un cas de mort consommée. Ce ne fut qu’après un examen attentif qu’il reconnut l’état de mort apparente. Le lendemain, au jour, lorsqu’il alla pour reconnaître l’état de l’ivrogne, celui-ci s’était sauvé du corps de garde pour gagner son domicile aux Batignolles.

Au mois de novembre 1843, un mendiant de profession est trouvé gisant sur la route de Nantes à Vannes, près d’un bourg où il s’était enivré. -Il est déclaré mort à l’état-civil, on procède à la levée du corps qu’on dépose sur de la paille en attendant l’expiration du délai pour l’inhumer; le lendemain, à midi, quand

on vint l’ensevelir, l'ivresse était dissipée (Briand et Chaude).

Nous pourrions citer d’autres nombreuses observations dans lesquelles il est indiqué que le pouls était encore sensible ou du moins que le cœur continuait à battre. Est-ce à dire que chez nos trois ivrognes la circulation était arrêtée complètement? Mais alors comment l’alcoolique de Briand et Chaude serait-il revenu spontanément à la vie et comment celui de Yigné aurait-il pu rester si longtemps en état de mort apparente? Et à quel signe Josat aurait-il reconnu chez son ivrogne la persistance de la vie? Le réveil ne serait pas possible après une suspension aussi prolongée de la circulation : les ivrognes que l’on trouvée ivresmorts répandent une odeur d’alcool qui indique très bien la persistance de la circulation et de la respiration. Si la circulation était arrêtée, les femmes qui accouchent durant le sommeil alcoolique donneraient naissance à des enfants asphyxiés, et l’hémostase ne serait pas nécessaire chez les ivrognes que l’on opère pendant le coma.

Art. XII. — Commotion cérébrale.

Consécutive à un traumatisme, la commotion est déterminée par un ébranlement du cerveau ou plus justement par une violente secousse imprimée à tout l’axe cérébro-spinal. Le malade tombe inerte sans connaissance et gît étendu sur le sol comme un cadavre : pâleur de la face, immobilité de tout le corps, résolution complète des membres, dilatation et immobilité de la pupille, vomissements, émissions involontaires des urines et du sperme, incontinence des matières fécales, coma profond s’accompagnant d’une respiration qui, s’affaiblissant toujours, peut devenir invisible, battements du cœur très faibles, pouls petit, dépressible et souvent insensible.

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Tourdes considère la commotion cérébrale comme un des états pathologiques les plus aptes à produire l'apparence de la mort : « C’est à la guerre, dit-il, qu'on voit des cas de ce genre; la stupeur générale produite par le choc des projectiles volumineux, aussi bien que les hémorragies, déterminent la mort apparente; c’est aux médecins militaires qu’il appartient alors de veiller aux inhumations. J. -P. Franck déjà leur rappelait ce devoir. » Au siège de Constantine, le général Trézel, commandant en chef du corps d’armée, tombe frappé d’une halle à la nuque: il resta en état de mort apparente pendant toute la durée de l’assaut, et ne revint à la vie que plusieurs heures après, sur le brancard, alors que les infirmiers croyaient ne transporter qu'un cadavre.

Mais la commotion cérébrale est aussi très fréquente en dehors des champs de bataille. Un petit fumiste de treize ans tombe d’un sixième étage sur le pavé de la rue; il est relevé sans connaissance et transporté chez un pharmacien qui le déclare mort. Amené à l’hôpital de la Pitié, M. Brouardel, alors interne de service, fit mettre le cadavre dans un bain sinapisé, et eut la joie de voir revivre l’enfant une heure et demie environ après l’accident.

Nous pourrions multiplier les observations, nous n’ajouterons que les deux suivantes rapportées par le Dr James Curry i.

Un jeune garçon tombe dans une cour de la hauteur d'un second étage, il est relevé en état de mort apparente. Un chirurgien lui donne sur-le-champ des secours; l’insuccès du traitement décida celui-ci à déclarer la mort réelle et à renvoyer le corps aux parents. Là on appliqua l’électricité et au quatrième choc des signes de vie se manifestèrent, l’électrisation

1. James Curry, Observations sur les morts apparentes, Genève,

an VIII.

fut continuée pendant quelque temps et on parvint graduellement à ranimer l’enfant, au point que deux heures après il fut en état de marcher.

Une lillelte de trois ans fait une chute de la hauteur d’un premier étage; un pharmacien, après un examen attentif, déclare qu’elle est morte sans ressource. Un médecin propose un galvanisme : les premiers chocs ne produisirent aucun effet, mais au bout de quelques minutes le pouls se fit sentir et l’enfant se mit à respirer.

Ainsi que le disent tous les auteurs, la respiration et la circulation ne sont pas arrêtées dans la commotion cérébrale, mais simplement ralenties, réduites à leur minimum, et ce qui le prouve, c’est la rapidité avec laquelle le pouls réapparaît sous l’influence d’un traitement approprié : en cas de doute, l’emploi de nos procédés est donc tout indiqué.

Art. XIII. — Apoplexie (congestion et hémorragie

cérébrales).

Dans l’apoplexie cérébrale déterminée par une congestion ou une hémorragie, le cœur continue à battre et souvent même le pouls est remarquable par sa force et son ampleur, la respiration est conservée et presque toujours stertoreuse. Malgré la perte de connaissance, la résolution des membres et l’insensibilité des téguments, l’incontinence de l’urine et des excréments, la dilatation de la pupille, l’apoplexie ne peut déterminer, pensons-nous, un état de mort apparente, à moins qu’elle ne s’accompagne d’asphyxie ou de syncope, et nous savons comment l’emploi de nos procédés, dans ces deux syndromes, parvient à déceler la persistance de la vie.

Amatus Lusitanus rapporte l’histoire d'une jeune fille de Ferrare que tout le monde crut morte d’apoplexie. La mère, pour garder plus longtemps le

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cadavre de sa fille qu’elle chérissait beaucoup, fit retarder la sépulture, et le troisième jour de la mort apparente, la vie revint spontanément.

« Je puis certifier de bonne foi, dit Zacutus Lusitanus, un événement surprenant dont j’ai été témoin. Un pêcheur, frappé d’apoplexie depuis vingt heures, ayant tout le corps froid, fut enveloppé et cousu dans un suaire et laissé par terre jusqu’à l’heure de l’enterrement. Pendant les funérailles, on entendit dans le cercueil un bruit sourd et inconnu qui obligea les porteurs à reposer la bière; on trouva le suaire mouillé et plein d’écume à la partie qui touchait la bouche. A l’instant où on découvrait le corps, le hasard voulut que je passasse avec deux de mes confrères allant à une consultation. On nous appela à grands cris pour juger de la vie de cet homme. Nous lui prîmes le bras et trouvâmes que le pouls battait au poignet. Il fut rapporté chez lui, où par le secours des moyens révulsifs, tels que les ventouses sèches, les lavements, il commença à revenir à lui, et il fut guéri en peu de jours. »

Ces deux cas de mort apparenté qui nous sont donnés comme ayant été déterminés par une attaque d’apoplexie, très probablement reconnaissaient une autre cause. Quoi qu’il en soit, la longue durée de la mort apparente dans le premier cas, dans le second cas la constatation directe de l’existence du pouls, nous indiquent que la circulation continuait. Si pareil accident se reproduisait, le diagnostic pourrait donc être nettement établi à l’aide d’un de nos procédés.

Art. XIV. — Tétanos.

Certains auteurs, entre autres Deschamps, ont placé le tétanos parmi les causes capables de déterminer un état de mort apparente. Nous n’avons trouvé dans la littérature médicale aucune observation sur ce sujet, et nous ne pensons pas que cette maladie puisse

devenir une cause d’erreur. La rigidité musculaire est le plus souvent limitée à un groupe de muscles ou à quelques groupes seulement : serrement de la mâchoire ( tri sinus ), contraction des muscles du dos et courbure du tronc en arrière ( opislholonos ), contraction des muscles de la région antérieure et courbure en avant ( emprosthotonos ), contraction des muscles d’une des deux régions latérales ( pleuristhotonos ). Dans le cas où la rigidité, frappant tous les muscles du corps, donnerait à celui-ci l’apparence d’un cadavre, apparence accentuée encore par 1a. difficulté et quelquefois par l’impossibilité de percevoir le pouls et la respiration, l’emploi d’un de nos moyens, en rendant évidente la persistance de la circulation, dissiperait toute incertitude.

Art. XV. — Choléra.

Souvent, chez les cholériques arrivés à la période ultime de la maladie, le pouls cesse d’être sensible, les battements du cœur deviennent obscurs, les mouvements respiratoires sont imperceptibles, 1a. peau est froide, les extrémités glaciales, toute sensibilité et tout mouvement disparaissent. Ajoutez à ces symptômes capables d’induire en erreur une personne étrangère à la médecine, la certitude où l’on est que le malade n’échappera pas à la mort, la peur de la contagion, Fempressement que l’on met à se débarrasser du cadavre, et vous comprendrez comment la vie peut encore persister chez des cholériques qu’on s’empresse de porter en terre, alors que quelques heures auparavant, pleins de force et de santé, ils vaquaient encore à leurs affaires. Nous avons été témoin de ces inhumations faites à la hâte durant les épidémies de 1884 et 1885, inhumations d’autant plus dangereuses que le décès n’avait pas toujours été vérifié par un médecin. Tourdes parle d’un cholérique qui, à l’autopsie, présentait encore des battements du cœur.

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La dame Thérèse X..., de la Roche (Yonne), meurt du choléra. On s’occupait des préparatifs de l’inhumation, la bière était déjà dans l’appartement, lorsqu’on s’aperçut que le sang coulait des piqûres des sangsues que le Dr Veyrat avait fait appliquer. On s’empresse de donner des soins, et la malade revient à la vie *.

Chez cette malade, la circulation sanguine persistait, comme elle persiste, du reste, chez tous les cholériques, jusqu’au dernier moment. C’est là une vérité clinique bien établie, les preuves que nous en avons données plus haut (page 147) nous dispensent d’insister davantage, et nous avons dans l’emploi d’un de nos procédés un moyen sûr et infaillible de distinguer le cholérique qui est mort d’un autre qui ne l’est pas.

Art. XVI. — Inanition.

La mort par inanition, c’est-à-dire par défaut de nourriture, n’est pas rare ; mais avant que le malheureux affamé arrive à rendre le dernier soupir, il tombe dans une telle langueur qu’il se trouve exposé à être déclaré comme étant réellement mort alors qu’il est simplement en état de mort apparente. Le fait peut s’observer chez de pauvres infortunés accidentellement privés de tout aliment, chez des aliénés mélancoliques qui refusent de manger, chez des prisonniers découragés qui veulent se laisser mourir de faim, chez des malades qu’un rétrécissement de l’œsophage, un carcinome de l’estomac, empêchent de s’alimenter, chez des enfants débiles incapables de téter ou d’avaler et chez d'autres enfants que l’on sèvre de toute nourriture dans un but criminel.

Lors de la famine qui désola l’Irlande en 1846-1847, tous les membres d’une famille qui depuis longtemps pâtissaient de la faim, épuisés, à bout de force, furent

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