Voir Journal de Dublin du 15 au 20 janvier 1S
2. De la mort par inanition et éludes expérimentales sur la nutrition chez le nouveau-né. Thèse de Paris, 1864.
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Art. XVII. — Faiblesse congénitale et atiirepsie.
La faiblesse congénitale est presque toujours la conséquence d’une naissance prématurée. La respiration est à peine sensible : le thorax, presque immobile, ne présente que très imparfaitement ces alternatives d’élévation et d’affaissement si manifestes chez les enfants robustes. Non seulement l’enfant n’a pas la vigueur de se remuer et de respirer longuement, il n’a même pas la force nécessaire pour téter : sa nutrition languit, et son état le plus souvent se complique d’athrepsie. Lentement il se refroidit, la température centrale s’abaisse à 36, 34, 30 degrés et même jusqu’à 25°, 9 (Parrot). Le pouls suit la marche de 1a. température, il va sans cesse s’affaiblissant et se ralentissant, si bien qu’on finit par ne plus compter que 40 à 60 pulsations par minute. Souvent un coma survient d’où il est fort difficile de tirer l’enfant par des excitations de toutes sortes (piqûres, pression, flagellation), la sensibilité est fortement émoussée, l’analgésie très prononcée et la motilité très affaiblie. Pareil état pathologique, s’il se trouve un peu accentué, pourra facilement être confondu avec la mort réelle.
Le docteur Lambert, vérificateur des décès du 7e arrondissement de Paris, adressait au D1' Josat, le 23 octobre 1848, l’observation suivante : « Je me transportai sur un mandat de la mairie du 7e arrondissement, délivré d’après la déclaration des parents, faite la veille, rue Cloche-Perce, pour constater la mort d’un enfant à la mamelle. A mon arrivée, je trouvai un enfant réduit au dernier degré du marasme; il était emmailloté. Quoique cet enfant ne parût plus respirer, il ne me sembla point que la vie l’eût complètement abandonné; je jugeai seulement qu’il était dans un état d’extrême faiblesse voisine de la mort et que le maillot dont il était enveloppé pouvait bien, par la gêne
qu’il apportait aux mouvements de la poitrine, avoir amené cet état asphyxique. Je fis incontinent déshabiller l’enfant devant moi ; à peine les dernières bandes étaient-elles levées que la poitrine se dilata et que l’enfant se mit à respirer. A partir de ce moment, et malgré son extrême faiblesse, l’enfant vécut encore pendant douze heures. »
Il est certain que chez cet enfant l’emploi de l’un quelconque de nos moyens eût établi le diagnostic de mort apparente, car la circulation chez lui évidemment n’était pas arrêtée, pas plus qu’elle n’est arrêtée chez tous ceux qui paraissent être sans vie par suite de leur grand état de faiblesse.
Art. XVIII. — Mort simulée.
La simulation de la mort, constatée, dit-on, chez des animaux* n’est pas chose facile pour l’homme; elle a été pourtant tentée avec succès par des personnes qui avaient tout intérêt à passer pour mortes et à ressusciter sous un autre nom avec un nouvel état civil.
« Un espion, raconte Bruhier, ayant été pris et voyant son supplice se préparer, essaya de s’y soustraire en contrefaisant le mort; il suspendit sa respiration et ses mouvements volontaires pendant douze heures et supporta toutes les épreuves qu’on lui fit subir pour s’assurer de la réalité de la mort. » Le recueil des Causes célèbres rapporte deux observations de mort simulée; dans l’un de ces faits, il est question d’une femme qui, grâce au stratagème employé, put quitter son mari et sa fille pour suivre son amant, lequel plus tard, comme moyen de défense, déclara qu’il avait retiré sa maîtresse vivante du tombeau. Chez une jeune Anglaise hystérique, dont l’histoire est citée par Van Hasselt, d’après Posner et Nason, la simulation se prolongea si longtemps que l’on crut réellement à une mort certaine. D’autres observations sont données
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par Avicenne, Camerer, Cardan, Monti, Chauvet, Percy et Laurent. Nous avons raconté plus haut, comme preuve remarquable de la possibilité d’une syncope volontaire, l’histoire du colonel Townsend, nous avons dit comment et à l’aide de quels artifices on pouvait arriver à supprimer les battements du cœur ou plutôt à en diminuer véritablement l’énergie.
Nous admettons qu’on puisse imiter l’immobilité, déterminer la pâleur de la face, affecter une insensibilité absolue, rendre les mouvements respiratoires invisibles, en un mot provoquer tous les signes de la mort qui sont sous la dépendance de la volonté, mais on n’arrivera jamais à arrêter la circulation du sang, et si, dans certains cas, l’auscultation était impuissante à déjouer la fraude, une injection d’une petite quantité d’iodure ou l’emploi d’un autre de nos procédés enlèveraient immédiatement et sûrement tout doute.
Art. XIX. — Mort apparente chez les nouveau-nés.
Point n’est nécessaire d’avoir une longue pratique des accouchements pour savoir combien sont nombreux les enfants qui viennent au jour en état de mort apparente. Celle-ci se présente sous deux formes : la forme anémique et la forme asphyxique ou apoplectique .
Dans le premier cas, il existe une pâleur générale des muqueuses et de toute la surface cutanée, la peau est souillée de méconium, les membres sont flasques, la mâchoire inférieure souvent pendante et la bouche entr’ouverte; quelquefois l’enfant présente de légers mouvements et pousse des vagissements, mais ces manifestations de la vie s’arrêtent presque aussitôt, et la mort apparente survient. Dans le second cas, l’anémie est remplacée par une forte congestion de tous les tissus, la peau est colorée (rouge livide, bleuâtre et même presque noire sur les régions de la présentation), les lèvres sont violacées et tuméfiées, le globe de l’œil
est saillant, la conjonctive est injectée, ecchymosée môme; les membres, loin d’être flasques, présentent dans certains cas un peu de rigidité. Nous n’insisterons point sur les causes qui déterminent ces deux formes de mort apparente, si nettement distinctes : la forme anémique est le résultat d’une hémorragie, le plus souvent d’un décollement du placenta; la forme apoplectique survient après un accouchement laborieux et peut être engendrée par toute dystocie s’accompagnant de contractions énergiques de la matrice.
Au point de vue de l’activité fonctionnelle, Nœgelé assigne à l’asphyxie des nouveau-nés trois degrés. Dans le degré le plus prononcé, l’enfant ne respire pas : le seul signe de vitalité consiste dans de faibles mouvements du cœur ; le second degré est caractérisé par des inspirations sanglotantes, convulsives, et par une réaction faible aux excitations vigoureuses; enfin, dans le degré le plus léger, la résistance aux stimulants est moindre, et la respiration est simplement gênée par des râles bruyants.
Plus un sujet est jeune, plus il offre à l’asphyxie une résistance énergique. Ce fait est bien connu depuis les travaux de Bayle, de Bonh et de Buffon et surtout depuis les travaux plus récents de Paul Bert : ces auteurs, expérimentant sur des animaux, ont constaté qu’un adulte mourait sûrement par asphyxie alors que dans les mêmes conditions un nouveau-né sortait sain et sauf de l’épreuve à laquelle il était soumis. A quoi est due cette résistance? Jusque dans ces derniers temps on a cru qu’il fallait l’attribuer à la persistance du canal artériel et à celle du trou de Botal, cette disposition anatomique permettant à la circulation sanguine de s’effectuer en tournant l’obstacle que cette fonction trouve dans l’imperméabilité du poumon. D’après Paul Bert, cette explication ne serait pas la bonne, et la résistance du nouveau-né tiendrait à la malléabilité de son organisme, qui s’adapte plus facilement aux cir-
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constances et dont la vie peut être entretenue par un aliment moindre, suivi aussi d’une moindre dépense. Les tissus chez le nouveau-né sont le siège de combustions bien moins actives que chez l’adulte : les muscles du premier consomment, à poids égal et dans le même temps, une quantité d’oxygène beaucoup moindre que les muscles du second; la différence est indiquée par la proportion de 29 à 47. Le nouveau-né serait dans un état rappelant un peu celui que nous avons décrit au sujet des animaux hibernants, et plus le sujet est jeune, plus le ralentissement des fonctions est prononcé et plus grandes sont les chances de survie.
Combien d’enfants abandonnés comme morts ont été retrouvés vivants au moment où l’on se disposait à les inhumer! On apporta un jour à Portai, premier médecin du roi, un enfant né asphyxié. Le petit cadavre était déjà depuis quelque temps dans l’amphithéâtre, lorsque Portai se mit en devoir d’en faire l’autopsie, mais au moment d’opérer, il eut l’idée heureuse de lui souffler pendant quelque temps dans la bouche : au bout de deux ou trois minutes l’enfant était ressuscité. Un semblable fait a été observé par un anatomiste de Lyon qui le communiqua à Portai, et c’est de ce dernier que le tenait le professeur Depaul. Goodell a rapporté à la Société de gynécologie de Chicago trois observations qui montrent combien la vie est tenace chez les enfants qui naissent en état d’asphyxie : après des tentatives infructueuses de rappel à la vie, trois enfants avaient été déclarés morts par le médecin et abandonnés comme tels; le lendemain, comme on venait chercher leur cadavre pour les ensevelir, on les retrouvait vivants.
Un autre enfant, après une heure de soins inutiles, est considéré comme mort; il est déposé dans un cercueil et après vingt-quatre heures de séjour dans une pièce froide, Marschka parvient à entendre très distinctement les battements du cœur. Mais bien plus encore!
on a pu sauver la vie à des enfants qui étaient restés ensevelis sous terre pendant plusieurs heures. Dans une de ces observations, il est dit que l’enfant retiré du sol après un ensevelissement de trois quarts d’heure présentait des battements nettement apparents du côté des flancs.
La circulation est-elle arrêtée ou continue-t-elle dans la mort apparente chez les nouveau-nés? Quelques auteurs disent avoir pu ranimer des enfants bien que l’auscultation du cœur n’eût laissé entendre aucun battement. Moreau. Chailly, Gazeaux n’ont rappelé à la vie que des enfants chez lesquels les battements du cœur étaient nettement perceptibles. « Le silence prolongé du cœur, dit Gazeaux *, l’absence complète de toute pulsation à la région précordiale, constatée plusieurs fois et à plusieurs reprises, est le seul signe que l’on puisse considérer comme détruisant toute espérance : je ne crois pas qu’on soit jamais parvenu à réveiller des pulsations complètement éteintes. » Un des mémoires les plus importants qui aient été écrits sur la mort apparente des nouveau-nés est celui qui fut présenté à l’Académie de médecine en 1864 par le docteur Bardinet (de Limoges), mémoire ayant pour titre : De la vie sans respiration chez les enfants nouveaunés. L’examen de ce travail fut renvoyé à une commission composée de Tarnier, Depaul et Devergie, laquelle déposa son rapport l’année suivante, 1er août 1865. L’auteur avait admis que la vie pouvait avoir lieu sans respiration pendant un temps plus ou moins long, et, à l’appui de sa conclusion, il citait l’observation d’un nouveau-né qui était resté quinze heures sans respirer. La commission discuta cette conclusion et se demanda si la preuve de la vie extra-utérine de l’enfant, sans participation aucune de la respiration, était bien éta-
1. Cazeaux, Traité théorique et pratique de L’art des accouchements, 10e édition, par Tarnier, p. 410.
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blie soit par le fait cité par le DrBardinet, soit par les faits cités par d’autres auteurs. Comment M. Bardinet pouvait-il affirmer qu’une certaine quantité d’air suffisante pour entretenir l’hématose n’avait point pénétré dans les poumons de son sujet, alors que les muscles du visage se contractaient par moments et que de tout petits cris s’étaient échappés de sa gorge? Bardinet expliquait la persistance de la vie par la persistance de la circulation qui trouvait dans la perméabilité des orifices fœtaux (canal artériel et trou de Botal) des facilités particulières comme pendant la vie intra-utérine. L’existence de la circulation, quel que soit l’état de la respiration, ne saurait être mise en doute, et ce qui le prouve c’est que des nouveau-nés peuvent présenter des ecchymoses et des caillots semblables à ceux que l’on rencontre lorsque des violences ont été exercées pendant la vie, et cela bien que la docimasie démontre que l’enfant n’a pas respiré. C’est pourquoi il est admis en médecine légale que l’absence complète de respiration chez un enfant nouveau-né n'exclut pas la possibilité d'infanticide , à cause de la possibilité de la vie due à la persistance de la circulation \ et les exemples ne manquent pas d’enfants qui ont été tués avant d’avoir largement respiré.
« On ne peut douter, a dit un illustre maître, que l’enfant né en état de mort apparente et pendant tout le temps qu’il reste dans cet état soit cependant très réellement vivant, puisque des soins appropriés peuvent l’en faire sortir et lui' rendre le sentiment et le mouvement; mais par cela même qu’il est vivant, il peut être tué, et périr avant d’avoir respiré, victime d’un infanticide. Ce n’est plus dans ce cas à l’établissement d’une fonction nouvelle et aux changements apportés dans les organes par les premiers actes de la
1. Voir sur cette question le mémoire d’Ollivier d’Angers, dans les Annales d’Iiy g. et de méd. lég. de 1843, t. XXIX, p. 314, et l’article de Devergie, in loco citato , t. I, p. 654.
vie extra-utérine qu’il faut demander la preuve que l’enfant vivait encore lorsqu’il a été l’objet de violences criminelles, et que par conséquent il était sorti vivant du sein delà mère, quoique avec les apparences delà mort. Ces -preuves on les trouvera dans la persistance de la fonction vitale par excellence , de celle qui appartient aussi bien au fœtus qu'au nouveau-né et qui ne cesse qu'avec la vie elle-même , c'est-à-dire la circulation. Même en l’absence de la respiration , elle continue pendant un certain temps à s’accomplir d'une manière régulière et constante chez le nouveau-né et tant que dure l'état de mort apparente. L'enfant n'a pas fait un mouvement, n'a pas poussé un cri , mais le sang circule et porte la vie dans toutes les parties; ce sang lui-même est vivant. » Conclusion. — Ces paroles sont du professeur Ambroise Tardieu 1 et, en terminant ce chapitre, nous ne saurions mieux faire que de nous abriter derrière l’autorité d’un aussi grand nom pour augmenter la force de nos arguments et pour affirmer qu’aucun cas de mort apparente ne s’accompagne d’un arrêt complet et prolongé de la circulation et que, par conséquent, nos procédés sont aptes à révéler tout état de mort apparente. Aux preuves que nous avons développées dans le cours de ce travail et qui nous paraissent suffisamment concluantes, nous voulons en ajouter une autre absolument péremptoire, tirée de l’efficacité même des moyens employés dans le traitement de la mort apparente. Cette dernière preuve donnée, notre thèse, nous l’espérons, ne sera plus à démontrer et alors sera comprise cette parole de Paul Bert que nous citions dès le début de ce travail : « On meurt toujours d’asphyxie », parole qui surprend tout d’abord par sa forme un peu paradoxale, mais qui exprime une des plus solides vérités biologiques.
1. In Nouv. Dict. de médecine et de chirurgie , t. XVIII, art. Infanticide, p. 563.